jeudi, juin 29, 2006

Chili

Santiago du Chili, 28 Juin - Une journée interminable

Me voici a Santiago, capitale du Chili. Suite à un changement de plan de vol, hier 27 Juin, mon avion s´est posé a Auckland en Nouvelle-Zelande pour une escale de quelques heures, puis a redecollé pour Santiago a 21h30. Après un vol d´une durée de 11h30, l´avion s´est posé a Santiago a 17h le ... 27 Juin. C´était ainsi la premiere fois que je remontais le temps ...

Une fois arrivé a l´hotel, lorsque j´ai dit au réceptionniste que je suis francais, il m´a regardé avec une mine réjouie et m´a aussitôt annoncé que la France venait tout juste de battre l´Espagne en Coupe du Monde de foot. Et de me confier dans la foulée qu´il n´aimait pas les espagnols, mais ça, je m´en serais douté.

De nouveau, un pays a découvrir. Et même plus qu´un pays, toute une région car je ne suis pas un habitué de l´Amérique du Sud, le seul pays que je connais sur cette partie du continent étant l´Equateur que j´avais visité avec une amie il y a une bonne dizaine d´années.

Le Chili s´étire sur 4300 km du Nord au Sud, et sa largeur, entre la mer et les pays voisins (l´Argentine pratiquement sur toute la longueur et la Bolivie un peu au Nord) ne dépasse jamais les 200 km. La population est de 16 millions d´habitants, le taux de chomage est de 8%. Il produit 35% du cuivre mondial ce qui représente 45% de ses exportations. Suite au coup d´état de 1973, le Chili a connu 17 ans de dictature sous la ferule de Pinochet (mais si mais si, celui qui se fait passer pour presque mort quand il doit répondre de ses crimes devant une cour). Il a depuis donné une interview a la TV en 2004, au cours de laquelle tout le monde a pu constater qu´il était totalement lucide et absolument maitre de ses paroles.

Le Chili est un pays aux paysages merveilleux et bien entendu, du fait de ses régions très éloignées les unes des autres, très variés. Pour le moment, je vais rester quelques jours à Santiago et dans 3 jours, je m´envolerai pour l´Ile de Pâques a quelque 3700 km des côtes chiliennes (5 heures d´avion). Cette île située dans le Pacifique est en Polynesie mais depuis son annexion en 1888 (suite à la guerre du Pacifique), elle est sous administration chilienne. Je pense descendre ensuite vers le Sud malgré le fait que nous sommes ici en plein hiver et que l´accès à certaines régions semble être particulièrement difficile. Enfin, je monterai vers le nord où je pense rester quelques jours dans la région du fameux désert d´Atacama. Encore plein de photos en perspective !

Je vous rappelle qu´il y une colle concernant une photo prise en Australie, que notre ami Gérard - le seul participant pour le moment - brûle (message perso ..) et que même que c´est lui qui à mon avis va gagner le gros lot si personne d´autre ne se manifeste ...

Valparaiso, 29 Juin - Dans la ville aux mille couleurs

Hier soir en rentrant a la pension ou j´avais demenage dans la matinee, ca m´a pris comme ca : Demain, je pars visiter Valparaiso ... Jolie ville situee au nord de la capitale, a environ 1h30 de bus, elle voit son quartier commercant et de bureaux (El Plan) domine par de nombreuses collines ou sont accrochees de charmantes petites maisons de style colonial aux tons pastel. Une curiosite a eveille mon attention : Figurez-vous qu´on accede a ces collines a pied ou ... en ascenseur. En effet, 15 ascenseurs - construits entre 1883 et 1916 - sont repartis au pied de ces collines et permettent d´eviter parfois une grimpette un peu hardue. Certaines maisons sont assez anciennes, comme par exemple celle de Pedro rencontre en milieu d´apres-midi. Pedro est ne ici, il connait bien entendu la ville comme sa poche. Il est proprietaire d´une grande et belle ancienne maison qu´il est en train de restaurer pour y faire un hotel essentiellement pour etudiants. Voyant que j´etais interesse pas les vieilles pierres, il m´a gentiment fait visiter la batisse dont les travaux seront termines en Septembre prochain, puis m´a invite a prendre un cafe chez lui.


Je m´apprete a passer la nuit ici, dans une petite pension situee au beau milieu d´un quartier repute pour ses peinture murales (en France on dirait "tags"). Et en effet, au cours de ma promenade deambulatoire de cet apres-midi, j´ai pu photographier quelques sujets que je trouve assez photogeniques :



Quelques autres ...



Rapa Nui, 8 et 10 Juillet - Plus pres des etoiles

Hanga Roa, seule et unique ville (plutot en fait un gros village) de l'ile de Paques (Isla de Pascua en espagnol et Rapa Nui en langue locale). Suite a un probleme de retrait d'argent, me voici oblige de modifier ma date de retour sur Santiago et de rester trois jours de plus. Mais bon, comme je disais cet apres-midi a un copain qui habite ici, il y a pire situation ...

Que de mysteres sur cette ile. L'ile de Paques, qui, d'apres certaines informations non confirmees, avait ete annexee par le Chili pour une duree de 100 ans en 1888, devait donc redevenir independant il y a un peu plus de 15 ans. De fait, les rapports entre chiliens et "Rapa Nui" (c'est ainsi que se nomment egalement les habitants de l'ile) se resument a ce qui se dit sur l'ile : Ici, on se sent plus pres des etoiles que de Santiago ... tout est dit.

Je reviendrai prochainement sur l'histoire de cette ile entouree de mysteres. Car a dire vrai, ici, beaucoup de choses sont bien mysterieuses. Des phenomenes "surnaturels" auquels j'ai pu assister et qui - pour certains d'entre eux - sont connus de tous, a l'origine de ces statues qui parsement l'ile. Pour quelle raison, subitement, on a arrete de sculpter ces enormes blocs de pierre ? Mystere .... Et pourquoi je dis subitement, c'est parce que l'endroit ou les statues (appelees ici "Moai") etaient sculptees est connu, et lorsque l'on visite le site - qui porte le joli nom de Rano Raraku - on peut s'apercevoir que de nombreux moais etaient en cours de fabrication a meme la roche, et meme termines pour certains, mais ceux-ci sont restes dans la "maternite" de Rapa Nui. Que s'est-il passe ? Nul ne le sait aujourd'hui, et malgre les theses avancees par les gens de l'art, il nous est impossible de dire avec certitude la raison de ce brusque arret. Et d'ailleurs, quelle est la symbolique de ces moais ? La these la plus probable serait qu'elles repondaient a des croyances liees au culte des ancetres, mais une fois de plus, aucune certitude la-dessus. Et puis tiens, d'abord, d'ou venaient les premiers Rapa Nui a avoir foule la terre de l'ile de Paques ? Apres avoir longtemps pense qu'ils venaient d'Amerique du Sud et plus precisemment du Chili, les dernieres etudes tenderaient a prouver qu'ils etaient plutot originaires des iles Marquises et d'autres iles environnantes, et que leur arrivee remonterait au 8eme siecle. D'autres etudes estimaient precedemment leur arrivee au 4eme ou 5eme siecle. Mais alors pourquoi, a un endroit de l'ile (et un seul), on trouve un "ahu" (nom donne aux plates-formes de terre et de pierres destinees a recevoir les moais et qui servaient apparemment de lieu de rassemblement pour les ceremonies funeraires), pourquoi cet ahu est-il construit dans un style d'architecture unique, celui des incas ? Un autre ahu, plus loin, est en (toute petite) partie construit sur le meme schema, mais les gens qui l'ont edifie sont vite repasse au style qui se retrouve partout ailleurs ailleurs sur l'ile. Un style ou les pierres sont assemblees de maniere nettement moins precise, avec des espaces entre les blocs. Problemes de competence ? Difficultes de construction ? Mystere ...

Ci-dessous le site d'Anakena :

Cinq photos du site de Rano Raraku, la nurserie de l'ile (la plus interessante a mon sens):

Coucher de soleil sur le moai de l'ahu Tahai, a quelques minutes a pied du village :

Site de Puna Pau, la ou etaient fabriques les coiffes recouvrant certains moais :

La cote sud le jour predecent un changement de lune (aujourd'hui):

Au debut du XIXeme siecle, on estime la population de l'ile entre 4000 a 20000 habitants. Au fil des annees, les dissensions entre clans ont engendre de nombreuses luttes sanglantes, entrainant par la la destruction de nombreux moais - du moins leur basculement, toujours face contre terre - ainsi que des actes de cannibalisme (pas facile a prouver, ca ...).

Au debut du XVeme siecle, des bateaux espagnols avaient deja jete l'ancre pres de l'ile, mais un beau jour de 1722, le dimanche de Paques plus exactement, un vaisseau hollandais se presente au large et bientot, les premiers europeens foulent la terre la plus isolee du Monde (l'ile de Paques est en effet l'ile la plus eloignee de tout continent). En 1774, le celebre capitaine James Cook, familier des tribus des iles de la Societe, de Tonga et de Nouvelle-Zelande, concluera que les habitants de Rapa Nui appartiennent a la meme lignee. Il est le premier a rapporter que de nombreux moais sont bien debouts, surmontes pour certains de leurs 'chapeau' (pu kao) mais que de nombeux autres sont detruits et les ahus abimes.

En 1786, le francais La Perouse mettra egalement le pied ici, suivi par un navigateur russe en 1804, qui rapportera que plus de 20 moais sont encore debout. Pour bien comprendre, il faut savoir que l'ile possede a peu pres 800 moais (sculptes sur une periode approximative de 800 ans, soit la moyenne de 1 moai par an, sachant que ceci ne veut rien dire), et que lorsque les premieres restaurations ont commence sous la houlette de Thor Heyerdhal (qui s'en serait mis plein les poches au passage ...) dans les annees 50, plus aucun moai n'etait debout.

Voici le copier-coller d'un petit texte trouve sur Internet et concernant Thor Heyerdhal, avec pas mal d'infos qui me m'ont pas ete communiquees lors de mon sejour ici. Pour info (et parce qu'il est surtout connu pour ca), la fameuse expedition du Kon-Tiki date d'un peu avant, 1952 :

L'EXPEDITION DE L'ILE DE PÂQUES (1955-56)

Ses expéditions sur l'ïle de Pâques sont considérées comme son meilleur travail (The archeology of Easter Island, 1961). Tout commence par un essai d'explication du mystère des fameuse statues géantes. Le travail de la pierre et la statuaire sont indubitablement Inca. En se fiant à la tradition orale des gens du cru, qui disaient que les statues 'marchaient', il peut faire un test pratique en redressant et en déplaçant une de ces énormes figures. Un groupe de 23 personnes se livre à la première excavation jamais tentée sur l'île. Les nombreuses traces de pollen dans les sédiments prouvent que l'île a été boisée avant d'être déforestée par ses habitants originels, qui plantèrent des roseaux d'eau et d'autres plantes Sud-Américaines. La datation au Carbone 14 montre que l'île fût occupée presque 1.000 ans plus tôt que le pensaient les scientifiques. En fait, Heyerdhal détermine trois périodes dans l'histoire de l'île. Pendant la première, les seules constructions étaient d'énormes autels orientés astronomiquement démontrant une très bonne connaissance de la maçonnerie par la précision avec lesquels les blocs de pierre sont ajustés. Pendant la seconde, les célèbres statues géantes on été créées et mises en place. Au point culminant de la production des statues, elles pouvaient atteindre 40 pieds de haut, peser plus de 80 tonnes et porter un chapeau de pierre pesant jusqu'à 12 tonnes sur la tête. Sur une période de 6 siècles, plus de 600 statues furent dressées et les forêts dévastées. La troisième période commence par un abandon des carrières de Rano Raraku dans lesquelles étaient taillées les statues. Des traces évidentes de combat et de destructions apparaissent. La seconde vague d'habitants venus de l'ouest auraient, selon les dires des autochtones, détruit les descendants de la première vague de population, venue de l'est. L'expédition amasse les preuves de leur hypothèse pour la première période. Tout ce qu'ils trouvent ressemblent à d'autres découvertes faites à l'est de l'île, pas à l'ouest : les plantes aquatiques, la construction de bateaux en roseaux, l'utilisation de rames à double palette, les crochets en pierre d'une seule pièce pour la pêche… et l'écriture , qui ressemble à celle des indiens vivants près du Lac Titicaca dans les Andes.

Un des nombreux petrogryphes du site d'Orongo (site de culte de l'homme-oiseau) :


Petrogryphe : Je ne sais pas si ce mot est utilise en francais .... si quelqu'un peut m'aider, il s'agit de sculpture dans la roche.

Si l'on possede aussi peu d'informations sur cette ile, c'est en grande partie a cause du manque de documents ecrits. Les marins qui abordaient l'ile ont probablement du rencontrer quelques problemes de communication. Et puis aussi incroyable que cela puisse paraitre, des plaquettes supportant des textes graves avec une ecriture tres particuliere ont ete retrouvees sur plusieurs sites, mais aujourd'hui, personne n'a encore reussi a les dechiffrer. Lorsque l'on pense a toutes les ecritures de societes bien plus anciennes qui ont deja livre leur secret, ca ne fait que rajouter un mystere de plus ...

Santiago du Chili, 12 Juillet - Resultat concours photos

Retour hier sur Santiago, avec un gout amer dans la bouche. Suite a un different avec mon guide rencontre sur l'le de Paques (ancien legionnaire qui s'avere finalement etre un dingue), et qui m´avait emprunte la voiture louee a mon nom mais probablement legerement accidentee par lui, nous avons tous fini au poste des carabineros pour une explication.

Merci a tous ceux qui ont participe au concours photo, meme a ceux qui ont ete trop timides pour s'exprimer sur le blog et ont prefere m'envoyer un mail (sans mandat comme je l'avais demande ...). Vos idees ont ete tres judicieuses et on peut dire que Gerard avait tout de meme de l'avance sur tout le monde ... mais je retiens la proposition de Pantoufles (dont je salue le retour) et on en reparlera tous autour d' une bonne bouffe ! En fait, il n'y avait rien de bien complique, simplement cette photo a ete prise tot le matin, a partir de falaises surplombant un petit lac. La "vraie" photo est celle-ci :


Pour la suite (et bientot la fin, snif) de ce tour du Monde et devant les pluies diluviennes qui s'abattent en ce moment sur le sud du pays, je vais finalement remonter vers le nord, a la limite de la frontiere bolivienne, pour visiter le desert d'Atacama et sa region.

Enfin, merci a toi, Gerard, de nous avoir communique le lien d'un site sur la langue francaise fort interessant et de nous avoir eclaire via le blog sur la signification du mot "petroglyphe", avec un "l". J'ai du avoir l'"r" bete !

San Pedro de Atacama, Jullet - Se souvenir de Toconao ...

C´etait un dimanche de Juillet, ensoleille comme toujours dans cette region du Nord-Chili. J´avais quitte ma chambre de San Pedro un heure auparavant, tire de mon sommeil au petit matin par les premiers rayons du soleil qui filtraient a travers les rideaux de ma piaule. La route m´avait offert des paysages superbes, le salar d´Atacama a ma droite avec ses vastes etendues de croute salee et a ma gauche, les volcans andins avec une grande plaine en contre-bas offrant au Monde ses petits bosquets de couleur mordoree quelle que soit l´heure du jour, nous sommes en ce moment en plein hiver. Lorsque j´arrivai a Toconao (550 habitants), j´avais dans l´idee de trouver une piaule pour poser mon baluchon avant de decider de la suite du programme. La region regorge en effet de lagunes superbes, de volcans s´elevant a pres de 6000 metres d´altitude, de petits villages andins niches au creux de vallees arides. M´engageant dans la rue qui semblait mener au centre du village, je tombai sur une procession a caractere visiblement religieux. Je decidai de voir ca de plus pres. Je garai la voiture non loin de la place accueillant en son centre un superbe clocher tout blanc et muni de mon appareil photo, me rendai lentement vers la foule. Ce fut pour moi le debut de 2 jours tout simplement inoubliables. Je passai une partie de l´apres-midi a regarder les danseurs evoluer au milieu des villageois, apres quoi je me rendis a la lagune Chaxa pour admirer de plus pres le salar d´Atacama et ses flamands roses. Fin de journee superbe, lumieres changeantes tirant vers le rouge puis le bordeaux, le ciel rempli de nuages de feu s´etirant au loin dans un mouvement desormais fige par la pellicule. De retour au village, l´activite est encore intense et les danses se termineront finalement vers 22 heures. Le lendemain, retour a la lagune vers 7h30 pour profiter de la belle lumiere du matin et observer les flamands rose de plus pres. Puis je decide de revenir au village pour profiter du dernier jour de la fete. Les danses reprennent vers midi, et lorsque tout le monde va se mettre a table pour dejeuner, il est deja quinze heures et une femme que je connaitrai plus tard comme etant Suzanna m´invite a m´assoir moi aussi pour dejeuner. Plus de 100 personnes sont reunies la, et je me retrouve assis a cote d´un groupe de jeunes et non moins talentueux musiciens charges d´animer les trois jours de la "fiesta". Il y aura egalement 2 autres groupes venant de Calama, a 1 heure 30 de route de Toconao, plutot des fanfares de 7 a 8 musiciens. Au moment de la priere, j´ai comme une hesitation ... mais je fais comme tout le monde : Je me leve et regarde le bout de mes pompes. Qui sont deja tres sales malgre le fait qu´elles sont toutes neuves. Mes chaussures de rando qui m´accompagnaient depuis 5 ou 6 ans sur tous les chemins de France et de Navarre ont en effet rendu leur dernier crissement de semelle a Santiago. Malgre cette vie commune de quelques annees, elles n´auront meme pas droit a une vraie ceremonie, terminant lamentablement dans une poubelle de la capitale chilienne, comme un vulgaire pot de yoghourt qu'on aurait leche jusqu'a la derniere goutte. Mais je m'egare ... Sitot le repas termine, les danses reprennent, et je constate une fois de plus que mon espagnol ne me permet pas d´en savoir plus sur la signification de tout ce a quoi je peux assister depuis la veille. Vers 20 heures enfin, on me previent qu´il va falloir que je fasse attention a mon appareil photo, car ca va donner. De la petite chapelle abritant les 3 vierges etant visiblement au centre de la ceremonie, on sort une corde que quelques personnes du village commencent a tirer de chaque cote. Au fur et a mesure que la chaine s´etire, les "combattants" se font toujours plus nombreux. Je decide de participer au combat acharne en laissant mon sac photo a la residence, ne gardant que mon petit numerique. Je l`apprendrai plus tard par Don Eduardo, au plus fort du combat, 100 personnes reparties de chaque cote de la corde de 50 metres se disputaient la victoire finale. La lutte dure ainsi presque 2 heures, nous parcourons plusieurs rues du village a grands coups de "haaa", de "gnnn", de "vamos", la plupart des rues etant en pente. Quand une equipe "lache", celle-ci se doit de trouver rapidement un poteau pour y attacher son bout de corde et prendre ainsi un peu de repos. Lorsqu´enfin nous arrivons a mettre la corde tout entiere dans une petite maison du village, c´est le signe de la victoire et nous nous regroupons alors pour une derniere collation. Avant que les musiciens ne fassent de nouveau monter la pression, de ce que je comprends du discours final c´est que cette fete est une longue tradition dans le village et qu´il est important que celle-ci perdure dans le temps. Au bout de quelques verres, je parle espagnol couramment ... je me coucherai tard dans la nuit avec la tronche en biais et le lendemain, je decide de rester la journee entiere au village pour en savoir plus sur cette fete. Et soigner ma gueule de bois. Ce que je ferai en allant visiter la "Quebrada de Jere", petit oasis de verdure au milieu du desert. Deux heures de marche auront finalement raison de mon etat comateux. De retour vers la chapelle, je rencontre alors de nombreuses personnes avec qui, c´est sur, je garderai contact. Cesar, qui m´aidera a comprendre cette fete et qui m´invitera a une partie de "rayuela" : Un bac rempli d´une sorte de terre glaise, separee en deux parties par une petite ficelle, et des palets de fer, ronds, que l´on lance dans le bac d´une distance de 7 a 8 metres en essayant de les placer le plus pres possible de la ficelle. Une sorte de petanque locale. Je ne serai pas le plus maladroit a ce jeu et a chaque fois, on m´encourage par le surnom dont je suis affuble depuis la veille au soir et par lequel tout le monde me connait maintenant ici : Zizou .... un retraite ... remarquez, ca m´irait bien si j´avais la salaire qui allait avec. Pablo et Alejandro, travailleurs de la societe biiiiiiiip (auto-censure), qui sentent bon la vinasse des le petit dejeuner (on etait dans la meme residence), et qui sont charges de l´installation de l´infrastructure ayant servi a accueillir les invites. Suzanna, adorable et souriante du matin au soir. Don Eduardo, chapeau eternellement visse sur son crane degarni, parlant peu mais n´en pensant pas moins. Eda, que je reverrai je pense dans quelques jours a Calama. Claudia, belle comme le jour, me reclamant mes photos prises au cours de la fete. Fernando, et tous les autres ... merci a vous de m´avoir fait partager cette fete, meme si je ne partage pas toutes vos idees sur la religion. A present c'est mardi apres-midi et pour certains, il est temps de rentrer car la route est longue. On se donne l'accolade, on s'embrasse, on s'echange les coordonnees et on s'embrasse encore. C'est dur de voir partir tous ces gens avec qui on a tant partage depuis presque 3 jours, mais c'est ainsi. Un dernier repas, le soir, avec les deux "grands buveurs" de la societe biiiiiip, et on va se coucher. Le lendemain, c'est a dire hier, visite prevue de 2 lagunes a quelques encablures de la frontiere argentine.

A gauche, jeune danseuse pendant une pause. A droite, le groupe de danseurs.



Photo de la Laguna Chaxa :

2 photos de la vallee de la Luna, a 15 km de San Pedro :



Enfin, pour ceux qui cherchent un bouquin divertissant et tres drole pour leurs vacances, je conseille un petit bijou de clins d´oeils, de concupissance et de drolerie : Le monsieur s´appelle Joseph Connolly (je ne suis pas tres sur de l´orthographe mais ne pas confondre avec son homonyme Michael qui ecrit des polars d´ailleurs fort bien faits) et le bouquin s´appelle "vacances anglaises". Les femmes reconnaitront les hommes et les hommes reconnaitront probablement certaines femmes .... (voir le commentaire de Gerard au sujet du bouquin).

Calama, 22 Juillet - Plouf ...

Retour precipité sur Calama en fin de matinée pour soigner une guibole ayant fricoté bien involontairement avec un bain d'eau bouillante sur le site - fantastique par ailleurs - de "El Tatio". Hier matin, j'avais quitté San Pedro bien decide a dormir dans un petit village dont on m'avait dit beaucoup de bien, Machuca. Situe a 4300 metres d'altitude, on accede a ce village andin par une petite route charmante aux paysages tous plus beaux les uns que les autres. Et puis il y a de nombreux troupeaux de lamas dont il faut se mefier car ils ne traversent jamais sur les clous. Ca me fait penser que "les clous", je suis sur que les djeunes, ils ne savent meme pas ce que c'est, ca n'existe plus. Bref, une fois arrive au village, je pensais m'y installer pour une nuit pour repartir le lendemain afin de visiter le site de El Tatio, le maitre des lieux .... mais la seule femme du village que je reussis a voir me fait comprendre qu'il y a effectivement de quoi dormir, mais que la personne qui s'occupe du logement est partie ... elle ne sait ou, et ne sait pas quand elle rentrera. Peut-etre demain , dans une semaine ... et il n'y a strictement RIEN dans ce village. Et pour faire bonne mesure, le "monsieur parti" s'occupe aussi de la petite epicerie, qui est donc bien evidement fermee. Pas de restaurant, rien. Euh .... ouais mais c'est pas ce que j'avais prevu, moi ... et pour une fois que je pars sans rien a manger, pas de bol. Il me bien reste 2 yoghourts de la veille (avales en moins de temps qu'il n'en faut a un patron pour empocher ses stock-options) et un tout petit carre de chocolat que je me reserve donc pour le dessert. Royal .... non, pas elle, le repas. La vieille dame (pas Segolene, celle du village) me propose bien la piece communale, mais choisir entre dormir par terre ou sur une des deux tables ne me convient guere. Meme les carabineros qui me demandent mes papiers ainsi que ceux de la voiture ne peuvent rien pour moi, alors je decide de pousser jusqu'a Caspana, de l'autre cote du site de El Tatio. Toute l'apres-midi, je traverse alors des paysages aux couleurs incroyables, je suis subjugue par ce que la nature m'offre pour mes tous derniers jours sur l'Altiplano chilien. Une fois de plus, je me remets en memoire ce que m'avait dit Catwoman (qui intervient de temps en temps sur ce blog), une grande specialiste de l'Amerique du Sud. Elle m'avait dit, peu de temps avant de partir, et alors que j'evoquais ma faible attirance pour cette region, elle m'avait dit "tu verras, Philippe, tu verras ...". Elle n'avait rien rajoute, elle avait simplement sourit. Eh bien oui, je peux le dire aujourd'hui, je suis scotche tous les jours devant ces paysages grandioses qui defilent sous mes yeux et que meme, a mon avis, les photos ne sauront rendre totalement leur majestuosite.

Arrive donc hier soir dans la nuit au village de Caspana, je demande si on peut y dormir. Oui, me dit-on, a la maison ou il y a de la lumiere. Ca tombe bien, car ce minuscule village est dans l'obscurite la plus totale. Je me gare, descend de mon petit 4 x 4 qui me rend bien service sur ces routes de terre ou de graviers, monte les quelques marches qui me separent de la maison, c'est en fait une epicerie. Le monsieur derriere le comptoir, dont le visage est faiblement eclaire par une lampe au gaz qui procure une lumiere douce et tamisee, me dit qu'il n'y a pas d'electricite et que donc on ne peut pas dormir. Je le sens mal ... bon, on va prendre les problemes un par un. Je lui dit que j'ai une frontale et que cela ne me gene pas. Du coup, il retrouve le sourire et moi aussi. Et pour manger ? Ah ben ici il n'y a rien, me repond-il. Decidemment, je finis par croire qu'ici c'est la region des "il n'y a rien". Sachant qu'il dispose d'une petite cuisine, il me propose d'acheter quelques bricoles et de faire la cuisine moi-meme. Alors c'est parti, une boite de thon, trois petits paquets de chips (je pense au lendemain), un potage aux asperges, 6 oeufs et des biscuits. Pas de pain, tant pis. Je cuisine donc ma soupe qui me remplit bien l'estomac avec la boite de thon. A 20h30, je suis couche, dans un dortoir de 10 lits qui sentent bon la moisissure, mais c'est mieux que rien. Ce matin, lever a 5h30 pour une bonne heure de route pour assister au lever de soleil sur le site de El Tatio par une temperature de -5 ou -10 degres ... la suite, je l'ai deja raconte. Beaucoup de photos sur ce site extraordinaire puis vers 11h, alors que je revenais tranquillement vers la voiture, la jambe gauche qui s'enfonce dans un trou d'eau bouillante. Ma premiere vraie galere de ce voyage, alors sans trop reflechir, je retourne vers Caspana et file droit vers Calama, la ou il y un hopital digne de ce nom. J'ai RDV demain pour une consultation mais je devrais pouvoir continuer mon voyage normalement.

De nouvelles photos dans quelques heures ...

Calama, 24 Juillet - Des nouvelles et plein de photos

Je sors a l'instant de l'hopital pour ma troisieme seance de soins et le diagnostic effectue par le medecin est plutot rassurant. Pourtant, hier, j'ai pu voir l'etat de ma jambe au cours du traitement et j'etais plutot inquiet. Europe Assistance a meme evoque un possible rapatriement sanitaire mais je ne pense pas que l'evolution des blessures le justifie. Je garderai une photo (un peu gore) de ma guibole en souvenir ....

Je voulais vous parler un peu de Calama ou je me trouve en ce moment, car ma premiere impression en arrivant ici a ete "mais ... c'est une ville de muchachos !". Il est impressionant de voir la disproportion du nombre d'hommes par rapport aux femmes. Et il y a une raison bien simple a cela : A quelques kilometres de la sortie de la ville se trouve la plus grande mine de cuivre du Monde, Chuquicamata. Le cuivre est la raison d'etre de Calama, son poumon.

Chuquicamata ... mine a ciel ouvert de 4,5 km de long sur 3.5 km de large, 1 km de profondeur. Son exploitation a commence en 1911. Un ami travaillant pour la societe exploitant cette mine a telephone pour moi ce matin afin de m'inscrire a une visite, mais celles-ci sont "bookees" pour toute la semaine. Grace a ses connaissances, il semblerait que cela puisse tout de meme se faire demain. Dans cette mine circulent des camions pouvant charger jusqu'a 370 tonnes (!) de cuivre, aux roues parait-il monstrueusement grandes. Et pour vous donner une idee de la chose, deux camions sont en train d'etre testes dans l'enceinte meme de la mine, deux camions sans chauffeur, s'orientant par ... satellite ! Le Chili est ainsi le plus grand producteur de cuivre du Monde (630 000 tonnes par an). La production de cuivre represente 47% du total des exportations totales du pays, et mon ami m'a dit ce matin qu'il existait 3 mines en attente d'exploitation, sachant qu'il y en avait encore pour 50 ans du potentiel de production de la mine de Chuquicamata.

Voici quelques photos prises ces derniers jours, au cours de la fete de Toconao et au cours de mes balades dans la region autour de San Pedro de Atacama :

Tout d'abord, un hommage aux musiciens de la fanfare ...

Hommage ensuite aux danseuses, jeune fille de la troupe de danse pendant une pause :


Vieille femme veillant visiblement au bon deroulement de la ceremonie :

Un jeune du village dans un des costumes traditionnels de la fete :

Hommage aux organisateurs, Don Eduardo et la cuisiniere de la fiesta :

Suzanna et Cesar (ou l'inverse, a vous de voir) :

Claudia. Photo bougee mais personnalite dont je souhaite la presence sur ce blog :

Une villageoise :

Enfin, hommage aux grands forcats de l'alcool ... Alejandro, de la societe biiiiiiiiiiiiiip .

Une photo qui en dit long sur l'etat qui etait le sien ce jour-la ...

Les photos suivantes ont toutes ete prises a des altitudes situees entre 4300 et 4600 metres.

Laguna Miniques :

Laguna Miscanti :

Laguna Aguas Calientes, a quelques kilometres de la frontiere argentine :

Assez curieusement, malgre son nom ("eaux chaudes") et le fait que nous soyons en plein hiver ici, ses eaux sont gelees ..

Une autre lagune dont j'ai oublie le nom (cette fois-ci tres proche de la Bolivie ) :

Lagune proche du Salar de Tara :

Paysages de montagnes de l'altiplano chilien :

Une lagune pres du site de El Tatio :

... Et enfin El Tatio, sources d'eaux chaudes et source de mes ennuis :

Bestioles croisees sur la route de Machuca et de la lagune Aguas Calientes :


Arica, 28 Juillet - Fin du blog

Je n'avais pas mesure l'ampleur de mes blessures lorsque j'avais ecrit le dernier "post", mais les soins que necessitent mes brulures m'empechant de marcher trop longtemps, je me vois contraint de ralentir un peu la machine. De plus, il me faut un centre de soins assez proche d'ou je suis pour m'y rendre 2 a 3 fois par semaine. Aussi pour les quelques jours de vacances qu'il me reste (je dois rentrer le 11 aout sur Paris car tous les vols sont pleins ensuite jusqu'au 5 Septembre), je vais probablement me poser chez les amis rencontres a Toconao ou a Calama. Il n'y aura donc a priori point de Bolivie ni de Perou meme si mon vol retour part de Lima, a moins d'une subite amelioration de mon etat - bien improbable - ou d'un changement de date eventuel pour mon retour.

Ce blog arrive donc a sa fin, il demeurera la trace de quelques anecdotes croustillantes accumulees au fil du voyage, de rencontres inattendues ou insolites, il a ete le reflet de ma vision du voyage, une sorte de second carnet de route, le premier etant au format papier (un peu delaisse ces derniers temps je dois avouer). Je suis content de l'avoir mene a terme, meme si j'aurais souhaite une fin un peu plus heureuse a ce periple. Pero algunos dias me duele mucho ...

Je ne peux que vous encourager a en faire autant, je sais d'ailleurs que certain(e)s ont deja mis en route un projet identique. Sachez que si vous travaillez dans la meme entreprise (du moins dans le prive) depuis plus de 3 ans et si vous pouvez justifier de 6 ans d'activite professionnelle, vous pouvez pretendre a un tel conge sabbatique (entre 6 et 11 mois). Comme beaucoup de choses, il suffit de le vouloir. Sachez que dans des pays comme l'Inde ou le Viet Nam, on vit aisement avec entre 5 et 15 euros en poche par jour. Et puis la vie est courte, alors relevons le museau pour voir ce qui se passe au-dela de nos frontieres. S'il y a beaucoup de misere ou de pauvrete de par le Monde, cela n'empeche pas les personnes qui subissent cette situation d'avoir un coeur grand comme ca, et ils vous apprendront beaucoup de la vie, surement plus que TF1 dans ses moments de gloire (pecunierement parlant, j'entends, car pour le reste il n'y a pas grand chose a attendre). Sachez que l'on garde une sensation tres particuliere d'un tel periple, c'est d'appartenir a un Monde ouvert sans veritables frontieres (sauf quand on arrive a la douane australienne), un Monde ouvert avec des pays differents et autant de coutumes ou de symboles a savoir interpreter, de problemes internes a resoudre, aussi de cuisines differentes, elaborees ou non, et a chaque fois c'est une nouvelle decouverte. C'est tout simplement passionnant et particulierement enrichissant d'un point de vue humain. C'est aussi un Monde ou presque partout le fric a pris le dessus sur toute valeur morale, un Monde egalement ou Coca-Cola (entre autres boissons sucrees) et Mac Do (la m.... en boite cartonnee) sont en train de faire des ravages chez les gamins : J'ai en effet constate pas mal de cas d'obesite infantile dans de nombreuses villes du Monde.

Et puis ce fut bien evidemment un espace d'echange sympatique avec quelques-uns de mes amis ou connaissances, et aussi entre personnes qui ne se connaissent pas mais qui seront amenees a se rencontrer rapidement, je n'en doute pas. En tout cas tel est mon souhait.

Merci a vous d'avoir fait vivre ce blog, et puis merci a tous ces gens croises ces derniers 10 mois et qui m'ont tant apporte. Je ne doute pas que je garderai contact avec certains d'entre euxº.

Un dernier petit mot, Gerard m'a communique dernierement un lien vers un site sur lequel il a depose quelques photos de son cru. Je vous invite a y jeter un oeil, ses cliches font preuve d'un regard tres personnel et tres interessant sur les choses simples qui nous entourent. Pour ceux qui connaissent (pour la plupart des boulonnais), il y a une serie sur les serres d'Auteuil que je trouve fort sympatique. Un regard tres affute et un peu decalle sur cet endroit qui fut le lieu de mes promenades du jeudi avec ma grand-mere quand j'etais gamin. Souvenirs souvenirs ...

http://www.flickr.com/photos/gherm/

A bientot

Philippe, le 28 Juillet 2006 face a l'hotel "Mar Azul" de Arica, Chili

lundi, juin 12, 2006

Australie - The red centre

Alice Springs, 12 Juin - The red centre

Apres un vol tranquille de Honk-Kong vers Cairns - via Brisbane - ou je n'ai passe qu'une nuit, me voici a Alice Springs, petit ville situee au centre de l'Australie, en plein dans ce que l'on appelle "the red centre". Le premier contact avec le pays fut bien entendu les douanes au cours de mon transit a Brisbane et ma foi, je n'ai pas ete decu : On me demande d'abord si j'ai une autre piece d'identite que mon passeport, qui prouverait que je suis francais. J'avais envie de lui repondre que meme au fin fond du Nepal, quand on me voit arriver avec mon grand nez, on me parle direct en francais. Bon, je sors mon permis international, ca a l'air de le rassurer un peu. Neanmoins, malgre le fait que mon passeport commence a etre bien garnie de cachets et de visas de toute sorte, j'ai droit a un interrogatoire de 10 bonnes minutes qui porte surtout sur mes motivations a venir en Australie. De fait, a cet instant precis, des arguments, j'en avais pas mal mais surtout pour en repartir le plus vite possible ...

Alice Springs ... ici, la terre est rouge est elle est peuplee essentiellement d'aborigenes. Pas tres loin du centre de cette petite ville (25 000 habitants), ils se rassemblent d'ailleurs par petits groupes, la plupart du temps une bouteille a portee de main et criant contre je ne sais quel ennemi invisible, discutant peut-etre du temps pas si lointain (debut du XIXeme siecle) ou cette terre tout entiere leur appartenait ...

Il y a de nombreux sites interessants a voir dans les environs et apres une apres-midi de reflexion quant a la meilleure formule pour que je puisse profiter d'une certaine liberte de mouvements (hors de question de partir avec un groupe de 25 personnes), j'ai decide de louer une voiture equipee pour le camping et la cuisine. J'ai redige une annonce que j'ai affichee dans les deux plus grandes guest-houses du coin pour essayer de partager les frais du trajet jusque demain soir. Demain matin, je pars donc pour 10 jours sur les routes de ce vaste territoire et je commencerai par me diriger vers le sud-ouest, en direction du plus celebre rocher des environs, le Mont Uluru, connu aussi sous le nom de Ayers Rock. Il s'agit du plus gros monolythe au monde, avec ses 3.6 km de longueur et ses 350 metres de hauteur. Puis ce sera ensuite Kings Canyon et bien d'autres sites avec pas mal d'heures de marche en perspective. Que du bonheur .... la voiture m'attend demain matin a 7 heures, et les provisions sont faites grace au supermarche du coin. Car ici, inutile de chercher le moindre petit commerce d'alimentation. Je me demandais pourquoi il y a pas mal ici de personnes en surcharge ponderale, maintenant je sais. Tous les emballages de plats pre-cuisines indiquent comment les preparer au micro-ondes, et tout ca n'est pas sans rappeler les Etats-Unis.

Je resterai donc silencieux pendant au moins 10 jours, mais j'espere revenir avec de belles photos des nombreux canyons et gorges qui font la specificite de la region. Ici, la temperature est plutot basse (pres de 10 degres) mais le peu que j'ai pu voir jusque maintenant est une lumiere d'une clarte extraordinaire (on est en plein desert). Cet apres-midi, derniers achats, gants et bonnet polaires.

Les australiens sont tres joueurs : Hier soir, apres le diner (je me suis paye mon premier "T-Bone" depuis plusieurs mois, avec une puree excellentissime), je me suis rendu aux toilettes pour m'y laver les mains. 2 lavabos, 2 robinets, jusque la rien que de tres normal. Etant a gauche, j'ouvre donc le robinet de gauche et surprise, c'est le lavabo de droite qui coule ... bon, je me marre interieurement, j'avoue ne jamais avoir vu ca .... pour me secher, 2 sechoirs a air chaud avec bouton-poussoirs incorpores, comme on a chez nous. Et bien figurez-vous que le bouton installe sur le sechoir de gauche allume la soufflerie de celui de droite.

Vu hier soir dans une vitrine de la rue principale :

On n'est pas au Texas, mais pas loin ...

Message perso pour Pantoufles : Ben non, je ne ramene pas d'echarpe de tissu blanc, d'ailleurs je voulais en acheter une pour moi lorsque j'etais dans la region limitrophe du Tibet mais je ne l'ai pas fait, j'ai oublie. Mais ne t'inquiete pas, Tonton Gougou trouvera bien quelque chose a la mesure du talent de la Fee Clochette ... ou peut-etre est-ce deja fait, d'ailleurs, qui sait ?

"The Alice", 23 Juin - De retour de 11 jours dans le bush (Hein ? Beuaaaark, mais c'est degoutant ...)

Comment raconter en quelques lignes ces onze jours que je viens de passer sur les routes de "l'Outback" australien ? Je risque fort de manquer tres rapidement de superlatifs ... 2500 kilometres a sillonner les environs, pour accumuler au fil des jours des images fortes qui resteront gravees a jamais dans ma memoire . Aussi ce soir je vais faire une large place aux photos qui, je l'espere, parleront mieux que moi de ces canyons aux couleurs flamboyantes, de mes rencontres parfois surprenantes avec les animaux du cru, mais pas vraiment de mes sorties matinales parfois un peu difficiles. Je l'ai appris en revenant cet apres-midi a Alice Springs, "The Alice" comme on la surnomme ici, en lisant la Une du journal local (The Advocate) : C'est le mois de Juin le plus froid que la region ait connue depuis 30 ans. Aussi au petit matin, lorsqu'il fallait s'extirper de mon sac de couchage (excellent par ailleurs) vers 6h ou 6h30, je devais affronter des temperatures de -2 a -5 degres. Le plus dur etait la douche, quand il y en avait et apres, ma foi, ca allait (presque) tout seul ...

J'ai donc d'abord pris la route de Yulara, au sud, pour rejoindre le camping situe a quelques kilometres du Mont Uluru (connu aussi sous le nom de "Ayers Rock"), le Dieu parmi les dieux .... pour y arriver, 450 kilometres de routes presque en ligne droite, ou j'ai ete tout d'abord surpris de voir le nombre de kangourous victimes de conducteurs nocturnes qui n'en peuvent mais. De nombreux morts sont a deplorer ici chaque annee a cause d'animaux traversant les grands axes de nuits, eblouis par les phares. Kangourous, mais aussi chevaux, chameaux, anes, vaches parfois ....

On croise egalement de temps en temps ces fameux "trains de la route" (road trains), ces camions qui peuvent tirer jusque 3 remorques pour une longueur totale de 55 metres. C'est tres impressionnant a doubler .... A titre de comparaison, un Boeing 737-800 embarquant pres de 160 personnes ne mesure que 40 metres.

Et c'est encore plus difficile a doubler ...

Deux Vues du Mont Uluru (Ayers Rock) :


Pour les aborigenes dont cette terre etait la leur avant que les "blancs" ne se l'approprient, le Mont Uluru est toujours un lieu sacre, aussi ceux-ci ne souhaitent pas que les touristes en fassent l'ascension. Alors donc, les australiens ont regle le probleme de la facon suivante : Un panneau situe au pied de la montagne stipule que ce lieu est sacre et qu'il convient de ne pas monter au sommet. Puis ils ont installe une rembarde pour faciliter le travail ... Ainsi, chaque jour que l'annee compte, des centaines (des milliers l'ete ?) de touristes avides de sensations fortes (et peut-etre aussi pour avoir quelque chose a se raconter le soir juste avant de regarder le jeu a la con dont je parle dans un post precedent) partent a l'assaut de la montagne. Affligeant, tout simplement ...

Tandis que je revenais tranquillement vers mon camping en voiture, et alors que mon esprit etait tourne vers cette forme de betise humaine et mon regard encore perdu sur le sommet du Dieu Uluru, je tournais le bouton de la radio a la recherche de quelques notes de musique. Apres quelques accords joues, je mettais un nom sur le groupe : ACDC .. ca faisait au moins 20 ans que je n'avais pas ecoute ca (du hard), mais je me suis laisse prendre par le truc en mettant plus fort. Et la, je mettais egalement un nom sur le morceau ... comble de l'ironie dans une telle situation, le titre etait ... Let There Be Rock !

Le lendemain je prenais la route de "Kings Canyon" ... arrivee peu avant le coucher du soleil :

Puis balade le lendemain sur les hauteurs du canyon, fantastique, je ne vois pas d'autres mots pour qualifier cette journee ....


L'arbre au dessus est un eucalyptus, et le simple fait de se frotter contre son tronc denude vous laisse une sorte de poudre blanche sur la peau, poudre bien sur a tres forte odeur ... d'eucalyptus.

Paysages lunaires, formes futuristes (villes englouties ?), lumieres chaudes ..

Ces paysages se sont faconne il y a quelque 400 millions d'annees. Le centre de l'Australie etait alors recouvert d'un ocean dont la surface etait equivalente a la Mer Mediterranee. Les changements climatiques et les differentes contraintes phyiques ont alors faconne les dunes de sable qui se sont lentement erode pour composer ce merveilleux paysage ....

Rencontres sympa avec quelques animaux ...

Sans oublier une flore merveilleuse :

Ne pouvant faire la boucle pour revenir vers Alice Springs (reservee aux 4 x 4), je revenais donc sur la capitale provinciale par la meme route pour y faire quelques achats puis repartais le jour-meme vers les "East Mac Donnels Ranges", une chaine montagneuse divisee en deux au niveau de "The Alice" (on distingue les "West" et les "East"). Ce fut alors ma premiere recontre avec un kangourou, un vrai, mais surtout avec un "black-footed rock Wallabie" (deuxieme photo) petit animal craintif dont l'espece est parait-il en danger :

Ce passage dans le coin fut egalement pour moi l'occasion d'aller visiter Artlunga, "ville fantome" qui a connu son heure de gloire a la fin du XIXeme siecle et jusqu'en 1912, lorsque de l'or fut decouvert dans la region. Des lors, des irlandais, des ecossais, des anglais et d'autres europeens, mais aussi des americains et des chinois se precipiterent vers ce nouvel Eldorado en se rendant dans la region pour travailler dans les mines des environs, a la recherche du precieux metal ...

Photo de gauche, une des mines d'or en activite au debut du siecle. Photo de droite, un des nombreux elements actifs servant a l'extraction de l'or a partir de la roche (a forte concentration de quartzite) extraite de la mine:

D'autres photos du bush. Sur la route de Kings Canyon :

Ombre insolite ...animal mythique ...

... ou peinture rupestre ?

Simplement un peu de temps a observer les formes mysterieuses que la nature nous reserve parfois !

Memorial en souvenir de "Fish", conducteur de Harley mort un beau jour d'aout 1988 alors qu'un chameau traversait la route ... :

Et puis ben tiens, quelques chiffres sur l'Australie :

- Presque 20 millions de personnes vivent sur ce continent, 64% vivent en ville.
- La densite de population est la plus faible du monde avec 2,5 personnes au km carre.
- 85% des australiens vivent a moins de 50 km de la mer
- Le pays compte plus de 36 000 km de cotes (presque le tour de la Terre ! )
- D'apres le dernier recensement (2001), 23% de la population ne serait pas nee sur le sol australien. Apres la 2eme guerre mondiale, de nombreux italiens et grecs ont imigre ici, mais ensuite des neo-zelandais, des anglais, de nombreux chinois et vietnamiens, des africains et des indiens sont venus chercher un monde meilleur au pays du kangourou. De fait, les panneaux demandant de se serrer la ceinture (sur la route, pas a table, malheureusement pour certains) sont traduits entre autres langues en italien, et il est vrai que j'ai beaucoup entendu parler cette langue pendant mon sejour).
- Je n'ai pas vu de koala, mais d'apres certaines etudes serieuses, ce petit animal n'aurait pas de cervelle (!). En fait, s'il est vrai que nous autres humains avons des cerveaux qui ne pesent que 2% de notre poids total, il utilise 20% de l'energie totale que nous consommons. Pour le koala, animal fort sympatoche au demeurant mais qui a la mauvaise idee de se nourrir de plantes extremement toxiques telles que les feuilles d'eucalyptus (gum leaves), il doit utiliser 20% de son energie a desintoxiquer ce qu'il ingurgite. Son cerveau aurait donc diminue au fil du remps pour ne devenir qu'une petit chose minuscule. Etonnant, non ?

Et maintenant, une devinette : La photo suivante a quelque chose de particulier. Mais quoi ? Le premier a repondre juste aura droit ... je ne sais pas moi, a une photo de son choix en grand format, par exemple (s'il en a envie). Ou un resto, mais un resto ou je veux pas voir un grain de riz trainer !

Sidney, 24 Juin - On continue la boucle

Le depart de Alice Springs fut pour le moins agite. De retour en ville finalement hier en debut d'apres-midi, alors que j'avais telephone la veille pour prevenir que je gardais la voiture deux jours de plus, je me rendais chez Qantas pour reserver mon vol pour Sidney. Le gars qui me recoit, quelqu'un avec une tete sympa sur un corps de pas loin de 140 kilos, me dit apres 15 bonnes minutes de consultation sur son ecran et quelques moues qui me laissent dubitatif, que tous les vols sont pleins dans les 10 jours a venir au depart de "The Alice" .... je me vois mal rester 10 jours de plus par des temperatures pareilles dans un bled comme Alice Springs ou il n'y a RIEN a faire. Il a l'air tres embete car en plus, l'agence va fermer dans une heure et peut-etre commence t-il a penser que son week-end est foutu ou du moins qu'il va fort mal commencer. Il me dit qu'il y a peut-etre une solution, que le changement me coutera 70 USD, mais je suis de toute facon pret a quitter la ville a n'importe quel prix. Ou meme un peu plus. Il me dit que je pourrais eventuellement partir de Ayers Rock, il y a la-bas un petit aeroport. Aller et retour rapide a ma guest-house pour savoir s'il y a moyen de me rendre a Ayers Rock en transport en commun, la reponse est oui, depart a 6h tous les jours. Retour a l'agence, il me propose finalement de repasser peu avant la fermeture. Lorsqu'enfin je reviens vers 17h, il me tend une enveloppe avec un billet d'avion pour aujourd'hui, je lui tend ma carte bleue. Il me regarde avec un grand sourire et me fait : "No charge". Je lui aurait bien fait la bise, mais pas de risque inutile a quelques heures de quitter la ville. Alors je me contente d'un "thank you very much, Michael", car tous les aussies (surnom des australiens) s'appelent par leur prenom, et je rajoute qu'avec un nom comme le sien, j'etais sur qu'il me trouverait une solution. Il s'appelle en effet Michael ... French !

Bonne route, Pantoufles ! Comme tu dis, nous avons tous un reve different, l'important est de le vivre ou de tout faire pour qu'il en soit ainsi. Alors sache que mes pensees t'accompagneront pour ce periple sur le chemin de Compostelle !

N'oubliez pas ma devinette, un peu plus haut ! Et pas de reponse par mail, seulement via le blog. Ou alors avec un mandat postal en fichier joint ... ca marche, ca ?

Et pour memoire, le site sur lequel vous trouverez l'article de Henri concernant l'Australie, ou il a vecu pendant plusieurs annees : http://www.chaumont-sur-tharonne.org (rubrique à brac - l'Aventurier Solognot). Vous avez de quoi y passer un certain temps, mais cet article fourmille d'infos tres interessantes et il y a pas mal de photos, tres anciennes pour certaines d'entre elles ! Henri est visiblement quelqu'un qui merite d'etre lu, a defaut d'etre connu. En effet, nous avons noue un contact par Internet il y maintenant plusieurs mois, au sujet du Vietnam, mais nous ne nous sommes jamais rencontres. Enfin, pas encore ! Henri, tu as encore 2 jours pour acheter un billet Chaumont-Sidney, apres ce sera trop tard pour me voir ici !

Sidney, 25 Juin - Derniers jours en Australie ?

Ce matin, j'ai assiste a un concert ou plutot une demonstration de didgeridoo, par un artiste qui n'a connu sa famille paternelle qu'a l'age de 16 ans. Il ira alors passer deux ans avec son geniteur et passera surtout du temps avec son grand-pere, qui lui apprendra le rythme, le chant, et bien sur a jouer de cet instrument qui n'est joue qu'ici dans la region du Nord (Northern territory) et du Nord-Est (le Queensland). Il apprendra egalement la respiration continue et la demonstration a laquelle nous avons eu droit a ete plutot impressionnante. Cet instrument qui est taille dans un tronc d'un petit arbre subit quelques traitements avant de servir, et est utilise par les hommes des tributs aborigenes, en particulier au cours des diverses ceremonies se tenant dans les villages. Peu de femmes en jouent car de par sa forme, il symbolise egalement le phallus.

Concours photo : On dit que le Monde appartient aux gens qui se levent tot. Alors Gerard, je ne dis pas que le Monde t'appartient, pas encore, mais tu es le premier a repondre alors je vais donner quelque element (tu remarqueras le singulier) de reponse. Effectivement, cette photo a ete prise tres tot la matin, comme j'aime le faire car la lumiere est belle. Il n'y a aucun apport d'eclairage exterieur autre que celui-ci. Malgre tout, cet eclairage particulier est sans aucun doute un indice et devrait te mettre sur la voie. Voila voila ....

Photos prises aujourd'hui dans les rues de Sidney et a "Darling Harbor" :


jeudi, juin 08, 2006

Hong-Kong et Macao

Hong-Kong, 8 Juin

Me voici depuis avant-hier a Hong-Kong, ville trepidante s'il en est. 7 millions d'habitants repartis sur un territoire d'un peu plus de 1000 km carres, reintegre depuis 1997 au sein du plus grand pays communiste au monde.

Premiere nuit dans un "placard a balais", c'est le lot de tout voyageur a petit budget ici. 4 metres-carres pour 220 dollars HK, c'est a dire a peu pres 22 euros ... c'est pratiquement ce que l'on trouve de moins cher, du moins sur l'ile de HK elle-meme. Le lendemain, Annie, l'amie de mon amie dominique (qui etait en poste ici lors de mon premier sejour en 2003) me propose de m'heberger dans un appartement proche du metro et de l'artere principale de l'ile de HK.

Aeroport de Hong-Kong, 9 Juin

Voila, le depart est maintenant proche. Je m'apprete a quitter Hong-Kong, mais je quitte surtout l'Asie ou je commencais a avoir mes habitudes et ou je me sens si bien. Je sais qu'a present cela va etre un autre voyage, mais que je vais devoir finir ce periple au pas de charge, ce qui ne correspond pas vraiment a ma vision du voyage. Mais tant pis, le Laos m'ayant attrape par la manche, je savais que j'aurai un jour a "payer" ce retard ....

Hong-Kong est une ville epatante, et tout ce qui touche au service est d'une efficacite impressionnante. Le metro est un exemple de modernite : Ca peut paraitre idiot, mais pour les endormis ca peut etre utile : La direction et la situation de la rame (entre quelles stations nous sommes) sont indiquees dans les voitures et les correspondances sont egalement indiquees sur les memes panneaux lumineux par des led's clignotantes. Le reseau comprend 7 lignes - dont une ne fait que deux stations - et l'integralite de celles-ci sont representees dans les rames.

HK, ville de contrastes .... car quelques metres au dessus de ce metro hyper-moderne, un vieux monsieur se deplace tranquillement en suivant le chemin qu'on a trace tout specialement pour lui : Je veux parler du tramway, dont les premieres rames ont ete mises en service en 1904 ! Celles-ci font toujours partie du paysage, et il en coute 2 dollars HK (20 centimes d'euro) pour aller d'un bout a l'autre de l'ile. C'est un excellent moyen de se deplacer ici, car meme aux heures de pointe, il circule presque normalement. Normal, on est en Asie, alors on respecte les vieux messieurs ... on ne circule donc pas sur les rails qui lui sont reserves !

Autre exemple de facilite : Lorsque l'on se rend a l'aeroport pour ou prendre un avion (ouais, bon, on y va rarement pour y prendre un cafe), on a la possibilite de faire enregistrer ses bagages a la station de metro "Central" en plein Hong-Kong. Il suffit alors de se presenter a l'aeroport quelque 45 minutes avant pour les formalites de douane. Et puis surtout, partout a HK, j'ai trouve que l'on avait un reel sens de l'accueil et chaque fois que j'ai eu besoin d'un renseignement, j'ai toujours trouve sourire, patience et conseil avise.

La visite de Macao, hier, fut assez interessante. Des hydro-jets partent de HK toutes les 15 ou 30 minutes et en un peu plus d'une heure, on arrive a la ville du jeu. Les vieilles ruelles valent le coup d'oeil, et j'avoue que mon sens de l'orientation m'a a cette occasion quelque peu fait defaut, car je me suis plusieurs fois "perdu". Reparti de Macao vers 19h30, j'ai juste eu le temps de voir les neons des casinos s'allumer et clignoter et qui, pour le coup, donnent a certains quartiers un petit air de Las Vegas. La chaleur ecrasante associee a l'humidite qui doit froler dans la region les 95% ont fait de moi un marcheur epuise en rentrant hier soir sur les hauteurs de HK.

Photos (tres personnelles) de HK :



jeudi, mai 11, 2006

Chine du Sud - Yunnan / Guizhou / Guangxi

La Chine ...


Jinghong, 11 Mai - Premiers pas au Pays du milieu

Apres presque 2 semaines passees dans le Nord-Laos, a me balader dans les montagnes, me baigner dans les cours d'eau, visiter quelques grottes et villages alentour, et accessoirement me bouffer quelques sangsues affamees, me voici en Chine du Sud, plus precisement dans le Sud du Yunnan, dans une region appelee le "Xishuangbanna", tout pres des frontieres de la Birmanie (appelee maintenant Myanmar par la junte militaire au pouvoir) et du Laos. Il s'agit d'une region montagneuse ou les rizieres et les plantations de the dominent le paysage.

Ma premiere impression de la Chine est assez mitigee : Accueil parfois moyen, alors que la communication est deja relativement difficile : Je n'ai encore rencontre personne parlant anglais, a part chez Yunnan Airlines. Alors on se debrouille pour montrer ce que l'on veut manger, et pour le reste, il suffit de montrer dans le guide une des quelques phrases toutes pretes, et ca marche a peu pres. Par contre, qu'est-ce que l'on mange bien ! Les plats sont vraiment delicieux et tres souvent copieux. Le cout de la vie est plutot faible, je depense en moyenne 8 a 10 euros par jour depuis dimanche, jour de mon arrivee.

Le plus surprenant ici ? C'est bien la folie du portable qui a bel et bien envahi le pays : Des dizaines et des dizaines de boutiques, parfois sur un meme trottoir et cote a cote, proposent cet objet diabolique et tout ce qui va autour.

J'ai decide de lever un peu le pied sur ce blog, car avant mon depart je le revais en quelque sorte espace de liberte (ce qu'il est) mais aussi espace d'echanges et de ce cote-la, je reste un peu sur ma faim. Je tiens a remercier neanmoins tous ceux qui y participent de pres ou de loin, les Dorothee, Momo, Joelle, Henri, Beatrice, Gerard, Francoiss (je mets 2 "s" car il y en a deux), Pantoufles (que je ne sais toujours pas qui c'est, au fait), et tous les autres qui font vivre ce blog depuis Octobre dernier (et oui, deja ...). Je continuerai neanmoins a l'alimenter, aussi n'hesitez pas a me faire part de vos commentaires, a critiquer, a proposer, a questionner !

Vues de Jinghong :


Photo des environs de Jinghong (Menghun) : Une femme et sa fille, ethnie Dai :


Lijiang, 12 Mai

Me voici arrive a Lijiang, petite ville du Nord-Ouest du Yunnan. J'ai fait le voyage en avion, car figurez-vous que d'une part ce n'est pas tres cher (460 yuans), que ca me fait gagner quelques miserables heures de bus (plus d'une vingtaine) dans une ambiance enfumee (les chinois fument beaucoup et de preference dans les bus, c'est surement plus confortable). J'avais beaucoup entendu parler de cette ville dont la partie ancienne remonte a plus de 800 ans. Les paves de granit aux cinq couleurs, lisses comme l'esprit d'un adjudant en fin de carriere, sont encore la pour temoigner de son histoire. Malheureusement, le tourisme a son revers : Partout dans le centre de la vieille ville, les petits canaux et les maisons anciennes ne peuvent faire oublier les innombrables commerces en tout genre qui ont envahi les ruelles. On se croirait au Mt St Michel ... par chance, ma guest-house est a quelques centaines de metres de cet endroit qui sent bon le superficiel (toutes les serveuses des restos sont en tenue traditionnelle, histoire de ne pas oublier que nous sommes en plein pays Naxi).

Vue de Lijiang :

Fillette jouant dans une ruelle de Baisha, vieux village non loin de Lijiang :


Zhongdian, 20 Mai - Emotions intenses

La Chine, quel choc .... je suis en ce moment a l'Ouest de la province du Yunnan, une des 21 provinces du pays (qui comprend egalement 5 regions "autonomes"), dans une region ou la population est majoritairement tibetaine. Le Yunnan, la sixieme province par la taille, voit a lui tout seul s'epanouir 50% de la flore et de la faune du pays, et un tiers des minorites ethniques y demeure. Cette province est appelee "Royaume des plantes", "Jardin des fleurs divines" et "Foyer du parfum".

Le Tibet est proche, et autant la population du Tibet (pays qui fait 2 fois la France en superficie) n'est que de 2,7 d'habitants, autant les tibetains sont egalement - et surtout - 4 millions repartis dans 4 provinces chinoises proches du Tibet.

Vignes dans la region de Benzilan :

Grace au petit bouquin dont je parle plus loin, j'ai reussi a apprendre que les vendanges intervenaient ici egalement en aout. Quant a savoir de quel cepage il s'agissait, je manquais quelque peu de vocabulaire (desole Valerie ...)

Parait-il que les tibetains adorent danser. Ici, a Zhongdian, tous les soirs et sous l'oeil attentif de quelques policiers, ils envahissent la place principale de la vieille ville, certains dans leur costume traditionnel, et se lancent dans des danses qu'ils semblent tous connaitre par coeur. Il se degage de ces moments de fete beaucoup de bonne humeur et une chaleureuse convivialite.

Que dire des quelques jours passes depuis mon dernier post sur ce blog ? Comment resumer ces 8 jours en quelques lignes, d'autant qu'il est midi et demi et que mon estomac traine par terre ? Mmmmmmmm ? Disons-le franchement, comme ca, pas possible.

Je rencontre des chinois fort sympatiques qui s'amusent beaucoup de me voir trainer dans leur cuisine, car ici si on veut bouffer, il n'y a pas d'autre solution que d'aller montrer ce que l'on a envie de manger. Et la, premiere surprise : Quand on montre par exemple de la viande de Yack avec des tomates et une herbe folle que l'on ne connait pas, esperant avoir un bon plat avec tout ca dedans, on se retrouve en fait avec ... 3 plats differents : 1 plat de viande excellent assaisonne avec des oignons, une sorte de ciboulette parfois, du piment, des poivrons, plus d'autres trucs que je ne connais pas, puis un plat avec l'herbe cuite et enfin un dernier plat avec de la tomate souvent melangee avec de l'oeuf. Generalement, les portions sont pour deux personnes affamees, ce qui parfois me convient tres bien. Le prix est souvent de 15 a 20 yuans, sachant que l'euro vaut a peu pres 10 yuans. Concernant l'hebergement, c'est tres bizarre mais par exemple hier a Benzelan, petit village tibetain ou j'ai passe la matinee a visiter le monastere, pour 10 yuans j'ai eu droit a une piaule au lit delabre (a eviter pour une lune de miel), avec un carreau proche de la serrure casse (autant dire que la chambre ne fermait pas), les chiottes (j'ai envie d'etre un peu familier aujourd'hui) a l'etage en dessous, et a la chinoise : 3 fentes separees par des petits murets juste bons pour jouer a cache-cache, et encore (bonjour la discretion), les fentes donnant juste en dessous, 1 metre plus bas. Le lendemain j'ai change d'hotel apres avoir prospecte pendant une bonne demi-heure (et j'ai eu des propositions de chambre aux tarifs assez farfelus) et pour 40 yuans, la piaule etait dotee d'une salle de bain avec eau chaude et baignoire (j'ai pris mon premier bain depuis 7 mois), de 2 grands lits avec couverture chauffante. Je ne sais pas si vous avez deja essaye ca, mais c'est d'laaa baaaaalle, comme y dizent les djeunes. Pour vous dire, moi qui ne connaissais pas le truc, j'ai demande une couverture supplementaire au cas ou. On m'a assure que la simple couverture chauffante etait bien suffisante, si si si, mais j'ai explique que c'etait psychologique, je VOULAIS une deuxieme couverture, bon. Je me suis donc endormi avec ma polaire, mon fut' et ma deuxieme couverture (ca caillait a mort). Une heure apres, j'avais vire la deuxieme couverture et j'etais dans le plus simple appareil, meditant sur le fait qu'il faut finalement toujours ecouter ceux qui savent ....

Et puis il y avait la TV dans la chambre, mais la TV on l'oublie, because a part les programmes chinois, il n'y a pas grand chose a se mettre sous les lunettes : Series B a l'eau de Lotus, jeux a la con (on a les memes chez nous, parait-il), et parfois quand meme un peu de sport (golf et surtout badmington ou les chinois excellent).

Vue generale du monastere de Ganden Sumsteling, a la sortie de Zhongdian :

Interieur du monastere :

Moines de la secte des "bonnets jaunes" (remember Tintin au Tibet ?) :

J'ai achete par ailleurs un petit bouquin qui m'aide a me debrouiller pour les besoins de tous les jours, et j'avoue qu'il est tres bien fait. Je fais donc mes premiers pas en chinois, ca a commence par l'apprentissage des chiffres, puis par "je suis francais", "j'ai faim", "combien ca coute ?". De temps en temps, je rencontre une bonne ame pour m'apprendre les rudiments de la langue de Confucius, telle la proprio de la guest-house ou je suis en ce moment (voir photos un peu plus loin), mais des qu'on aborde les differents sons de "she", ca se complique a mort. Palatal, qu'ils disent dans le manuel ... je vous assure que rien ne ressemble plus a un "she" qu'un "che" ou qu'un "q". A moins que ce ne soit un "x'. Ou encore un "zh" .... Par contre, la ou le vietnamien comprend 6 tons, le chinois n'en compte que 4 : Le ton normal (plutot haut), le ton montant, le ton descendant, et le son descendant puis montant. Concernant l'ecriture, inutile de vous dire que pour un esprit occidental, il est parfois complique de faire l'association d'idees composant un mot chinois. Par exemple, un toit abritant un soldat signifie un hotel. L'Ouest est represente par un oiseau dans son nid ... en effet, quand le soir se couche, l'oiseau rentre au bercail.

Pour moi, ce voyage en Chine est vraiment d'une grande richesse et les emotions sont nombreuses. Comment faire autrement que de passer plusieurs mois ici pour essayer de comprendre cette societe aux multiples facettes et a la richesse culturelle si imposante ?

Souvent, je me demande quand nous sommes. Je n'ai aucune idee du jour qu'il est depuis bien longtemps, la banque fermee me rappelant parfois qu'on est samedi ou dimanche. Les seules contraintes de temps que j'ai etant la date de fin de visa pour le pays visite. Je fais mon parcours au jour le jour, mais le temps passe ... j'ai donc decide de quitter rapidement cette region au risque d'y passer le reste de mon sejour tellement on y est bien. Je vais retourner faire quelques photos sur Lijiang que je n'ai toujours pas vu sous le soleil, puis je file sur Kunming (qui ressemble maintenant a Las Vegas, d'apres un ecossais rencontre il y a peu) avant de filer sur la province du Guizhou qui compte bon nombre de minorites ethniques dans la region de Kaili (merci Jeff !). Puis je compte me rendre sur Giulin et Yangshuo, region de montagnes karstiques du meme type que celles vues au Laos, et que je reve de visiter depuis un moment.

Mon voisin de bus, hier. Photo "volee" .... :

Quelques chiffres sur la Chine :

- Ce pays est le troisieme au Monde en superficie, apres la Russie et le Canada.

- Les projections donnent pour 2010 la population de la Chine a 1,5 milliards d'habitants. On compte 55 ethnies differentes reparties sur 50 % du territoire et representant 7% de la population totale.

- 900 millions de tonnes de charbon s'en vont en fumee tous les ans au pays du milieu, provoquant des pluies acides qui touchent 40% du territoire.

- Neuf des dix villes les plus polluees de la planete sont situees en Chine.

- Il existe ici 300 sortes de bambous.

- La Chine compte 14 millions d'enseignants. Outre les profs diplomes, on compte 3 millions d'enseignants sans formation, le tout pour enseigner a environ 230 millions d'ecoliers.

- La plus haute autorite du pays est detenue par le Comite permanent du Bureau politique du PCC qui compte 25 membres. A l'echelon inferieur, le Comite central se compose de 210 membres. Au bas de l'echelle, le Parti forme un systeme d'administration parallele a celui de l'armee, des universites, des institutions politiques et des industries. Dans chacun de ces organismes, l'autorite reelle est entre les mains du Parti.

Interieur de ma guest-house (maison traditionnelle tibetaine), et le matou de la maison :

Moulin a prieres du petit temple au dessus de Zhongdian. Celui-ci mesure une quinzaine de metres de hauteur :

Je viens a l'instant de prendre connaissance du commentaire laisse il y a tres peu de temps par "Pantoufles", et j'avoue que j'en suis reste sans voix ...

Moment de prieres :

A ce sujet, tiens, avant-hier, deux femmes et un ado m'ont demande de les aider a lancer le moulin a prieres, et bien je peux vous dire que nous avons eu toutes les peines du monde a le faire. Sa structure est faire de toles d'acier soudees et de sculptures de bois (pour les motifs).

Papys attendant une ceremonie de mariage :

Vieille femme en tenue du pays :

Lijiang, 23 Mai - La recompense

Me voici de retour a Lijiang en esperant trouver un peu de soleil (mon premier passage avait ete salue par trois jours de flotte), me voici honore par Dame Meteo (mais attention, en tout bien tout honneur, hein). L'architecture locale prend alors toute sa dimension, a travers les centaines de maisons naxi qui parsement la ville. Toutes a peu pres sont construites sur le meme schema, a savoir un mur exterieur en pierre (pour la partie basse) et en briques de torchis pour le reste, abritant les batiments de bois de couleur rouge ou en bois naturel pour certaines et au milieu, une petite cour interieure de 20 a 40 metres carres. Depuis l'ouverture de l'aeroport (il y a je crois deux ans) et pour repondre a l'afflux de touristes toujours plus nombreux (et chinois a 95%), nombre de ces maisons ont ete amenagees en guest-house ou en hotel plus ou moins luxueux. Il est a noter qu'en 1996 a eu lieu dans la region un tremblement de terre de niveau 7 et que les vieilles batisses ont bien mieux resiste que les edifices recents. Le gouvernement en a pris acte, et nombre de nouvelles maisons sont a present construites en materiaux "traditionnels" : Pierre, torchis, bois.

A gauche, maison traditionnelle naxi. A droite, etudiants en dessins

A gauche, sans commentaire. Je precise que ce n'est pas un accident, qu'en Chine tous les enfants en bas age portent ce type de vetement ouvert par le dessous. Ainsi, pas besoin de deshabiller le mome pour changer de couches. Quand il en porte. Qu'en pense Papy ?

2 etudiantes rencontrees aujourd'hui, et qui souhaitaient pratiquer l'anglais :

On s'est revus pour le lendemain matin pour un petit dej' rigolo comme tout.

Vieille femme naxi :

Joueuse de mah-jong sur un marche :

Quant a ces deux-la, a la base, je ne suis pas persuade qu'ils etaient faits pour se rencontrer ...


Kunming, 23 Mai - Il manque quelque-chose

Apres un saut de puce en avion, me voici donc a Kunming, capitale provinciale du Yunnan. 4 millions d'habitants, apres Lijiang, ca calme ... mais des mon arrivee ici, j'ai senti qu'il manquait quelque chose. Trop preoccupe par l'indicateur de batterie de mon appareil photo qui passait de "pleine charge" a "presque vide" au gre des allumages, je n'y pretais pas attention. Mais c'est sur, il manquait quelque chose. Je suis aborde dans le hall de l'aeroport par un gus qui me propose un herbergement, je l'ecoute d'une oreille distraite tout en me dirigeant vers le niveau haut pour y faire l'acquisition d'un billet a destination de Guiyang, capitale provinciale du Guizhou. Le gars me parait correct, je le suis. On prend le bus (1 yuan) pour nous rendre dans le centre, et je me retrouve dans une belle piaule pour moitie prix que le tarif affiche dans le hall. Je lui file un pourliche, il me laisse son numero de portable et on se serre la louche comme deux vieux potes qui vont se revoir le lendemain. Mais il manque quelque chose ...

Je pars me balader a la decouverte de la ville et il faut que je fasse vite car je pars demain. Matin. Je prefere consacrer du temps aux petites villes et aux villages de minorites qu'aux grandes agglomerations trepidantes. Ici, ce n'est pas Las Vegas comme l'avait dit mon pote ecossais, il avait quelque peu exagere. Beaucoup moins de neons qu'a la nuit tombee dans la ville du Nevada, et pas encore vu un seul casino. Par contre, il y a une petit Tour Eiffel, comme dans la ville du jeu. Mais decidement oui, il manque quelque chose, ici .... je regarde alentour ... les voitures, des velos, des bus, des becanes, plein de becanes, tout y est, ca trepide, ca vibre, ca klaxonne un peu, ca freine, ca tourne, pourtant, mais decidement oui, il manque quelques chose. Un peu comme si un groupe jouait un morceau sans le bassiste, un truc comme ca. Sensation etrange ... me cacherait-on quelque chose ? Mon ouie me jouerait-elle des tours ? Alors j'observe mieux, et d'un coup, je comprends : Toutes les becanes ont des moteurs electriques ! Des 3 heures passees a me promener a la decouverte de la ville, je n'ai vu que deux motos fonctionnant au petrole ! D'ou ce cote surrealiste ou la circulation, sans etre d'une densite extreme, est neanmoins assez soutenue, mais pas un bruit ne s'echappe des dizaines et des dizaines de mobylettes ou scooters qui passent.

Il manquait bien quelque chose.

Retour rapide sur mon bouquin de chinois. Mon avion avait une bonne heure de retard aujourd'hui, j'en ai donc profite pour le parcourir en detail. Alors ouvrons-le ensemble. Page 23. Vous y etes ? En bas a gauche, vous lisez quoi ? Non, plus bas, ouiiiii, la ! Alors ? Je cite pour ceux qui auraient dechire la page par accident : "Dans quel avion sommes-nous ?". Bien. Soyons lucide, analysons froidement la situation. Le mec est alle achete son billet, il a (en principe) fait enregistre son baggage, son billet a donc ete controle avant la fourniture du coupon de bord. Il a passe la douane puis il est monte a bord du zinc, son coupon de bord a donc ete verifie. Il serait donc temps qu'il se pose la question. Remarquez, il est vrai que si le coucou n'a pas encore decolle, il y a encore de l'espoir. Par contre, si on en est aux consignes de securite avant atterissage, c'est un peu loupe en cas de gourance ....

Bon, je precise tout de meme (a la lecture des reponses proposees) que la question juste aurait ete "a bord de quel type d'avion sommes-nous ?".

Quelques curiosites des ideogrammes chinois :

- Bonjour = 2 ideogrammes

- Nous sommes cinq : 7 ideogrammes

- Autobus : 4 ideogrammes

- Arret (d'autobus) : 2 ideogrammes

- Prochain arret (d'autobus) : 2 ideogrammes

Guiyang, 25 Mai - Emotions matinales

Hier matin, derniere balade tres matinale dans Kunming, et sur une des places qui emaillent la cite, je suis tombe sur une foule de pratiquants de diverses disciplines : Tai-Chi (photo de gauche), sabre, tui-shu, sabre, eventail et meme ... danse. Un monsieur d'une cinquantaine d'annees enseignait les rudiments du tui-shu a quelqu'un qui etait peut-etre son fils, et c'etait impressionnant : Cles, blocages, torsions, tout ca sans bouger les pieds de place. Seul le pied avant passait de temps et temps de la position fermee a la position ouverte, et parfois tout ca se deroulait alors que le vieux monsieur regardait ailleurs ..

A droite, a un feu rouge ...

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Maintenant, retablissons une verite : Si les chinois savent faire fonctionner leurs becanes a l'electricite, ils savent aussi faire tourner leur velo au petrole. Demonstration :

Vu hier dans un parc ou je m'etais arrete ecouter des musiciens qui accompagnaient des gens qui se relayaient pour chanter :

Cet instrument, s'il ressemble un peu au luth vietnamien, n'en est pas moins un violon a deux cordes, instrument traditionnel chinois. Meme que son petit nom est "erhu" (quand je vous disais que mon petit bouquin de chinois est bien foutu, je ne mentais pas ....). Une curiosite au sujet de celui-ci : Les cordes de l'archet sont situees precisement entre les deux cordes.

Une vue de Guiyang, la nuit ... les parisiens ne vont pas de sentir trop depayses !

Congjiang, 28 Mai - Quand toupie rime avec Papy (et autres joyeusetes)

Il y en a certains qui vont se dire a la lecture du titre d'aujourd'hui que le Gougou il a pete les plombs ... "quand toupie rime avec Papy" .... ou alors c'est l'alcool de riz ! Mais que nenni. Laissez-moi plutot vous compter une histoire, au lieu de ricaner comme vous le faites ... Il y a maintenant 2 ou 3 jours, je me promenais en fin d'apres-midi dans les rues animees de Guiyang. Au brouhaha de la circulation se melangeaient les bruits des travaux en tout genre dont la Chine semble etre la grande specialiste depuis quelques annnees (de nombreuses routes sont en cours de refection, beaucoup de batiments sont en construction, de nouveaux barrages voient le jour, etc ...). Alors quoi de plus normal que parmi ce fracas acoustique, en m'approchant sans que je m'en rende compte d'un espace vert ou quelques personnes etaient reunies pour bavarder, acheter quelques prunes aux vendeurs ambulants presents tout autour ou tout simplement attendre l'heure du diner, je distingue des claquements secs meles a des sifflements divers. Je m'approche encore, et la, surprise : Des papys (enfin, certains n'en sont pas encore) font tourner d'etranges objets sur l'espace couvert de dalles blanches. J'avoue avoir ecarquille les yeux, car je crois que decidement la Chine n'a pas fini de me surprendre. Munis de baton au bout duquel un bout de ficelle est attache, les papys lancent leur fouet en l'air et dans un claquement sec, les font retomber sur le bord de ce qui ressemble fort a la toupie de mon enfance (sauf que la mienne etait plus grosse, na na neeeere). Ces toupies sont en fait de simples cones metalliques sur lequel une fenetre a ete taillee dans le sens de la hauteur, produisant ainsi, selon l'energie qui leur est soumise et leur diametre, des sons differents mais relativement forts qui, en se melangeant, donnaient parfois l'impression d'etre sur le tarmac d'un aeroport. Je ne connaissais pas cette activite qui semble si populaire ici et quand je suis repasse un peu plus tard, vers 18h, ils etaient une bonne quinzaine de chinois a s'activer de la sorte.

Etonnant, non ?

Quand le tephone sonne dans ma piaule le soir entre 22 et 23 heures, ce n'est pas Mona Lisa Klaxon que j'ai au bout du fil. Mais ici en Chine, dans les hotels 2 ou 3 etoiles, on vous propose direct un "massage". Au debut, je n'ai pas compris, je savais simplement que la dame posait une question (utilisation du mot "ma" a la fin de la phrase). Puis un jour, en lisant une rubrique "pratique" dans mon guide sur la Chine, j'ai decouvert quelques lignes sur le sujet. Il parait que le telephone peut ainsi sonner jusqu'a trois heures du mat'. Alors on debranche, c'est plus sur !

Hier soir justement, en rentrant vers 22h30, j'ai allume la teloche pour gagner des millions. Je n'ai pas gagne un centime, mais j'ai pu voir de mes propres yeux Depardieu, Reno, Dussolier et le tres regrette Ticky Holgado causer en chinois dans le poste. Eh bien figurez-vous que nos amis du pays du milieu se debrouillent fort bien pour les doublages, je dois avouer que j'ai meme ete assez impressionne.

Pour repondre enfin a a la question de Henri (que je ne peux relire car les commentaires du blog ne sont accessibles qu'en consultation, et d'ici, les blogs sont verouilles. Je ne peux donc pas visualiser mon blog comme vous, je ne peux que le modifier), je dirais simplement que le Sud-Est asiatique et la Chine n'ont rien a voir. Si les francais sont plutot bien acceptes partout (merci Zidane et Henri), les laotiens - et dans une moindre mesure les cambodgiens pour ne pas parler des vietnamiens - ont bien plus de questions a poser sur notre pays que les chinois. Les rapports sont totalement differents, mais il faut dire qu'ici, la barriere de la langue ne favorise guere les echanges. La France fait partie de l'histoire du Sud-Est asiatique, et j'ai ete tres etonne de rencontrer autant d'inscriptions en francais au Laos. Les pharmacies, les ecoles, les hopitaux, certaines administrations sont indiquees en Lao et en francais. Ici, c'est plutot amusant car quand on prend le bus et si on veut etre sur de s'arreter au bon endroit, il vaut mieux s'entrainer a reconnaitre les ideogrammes, au risque de se retrouver au terminus. En principe, pour revenir a la Chine, tous les ecoliers chinois apprennent l'anglais a l'ecole. Aussi je me suis etonne un jour de rencontrer si peu de gens le parlant ne serait-ce que pour me renseigner sur un lieu ou je devais me rendre. En fait, j'ai appris que l'examen d'anglais qui sanctionne ces connaissances est uniquement ecrit, il n'y a aucun test oral. Parfois, je croise des enfants qui font preuve de plus de courage que d'autres et qui se lancent .... il faut alors s'armer de patience car leur vocabulaire est somme toute limitee et l'accent parfois terrible. Je sors alors mon bouquin de chinois et tout s'arrange. Ils reviennent en terrain connu ...

A gauche, joueurs de go dans une rue de kaili. A droite, reparateur de chaussures :

Zhaoxing, 29 Mai - Le village au milieu des rizieres

Arrive aujourd'hui a Zhaoxing, "plus grand village dong de Chine" parait-il. Premiers rayons de soleil depuis plusieurs jours, et balade dans les rizieres qui cernent le village. Des les premiers pas dans celui-ci, la magie opere : On croise souvent dans les ruelles etroites des paysans avec deux paniers de rotin rempli de bottes de paddy (voir photo ci-dessous). En effet, nous sommes en pleine saison de repiquage du riz et il arrive que les rizieres ou vont etre replantees les longues tiges (elles font une quarantaine de centimetres de haut, les racines une dizaine) du precieux feculent se trouvent loin des bassins ou elles avaient pousse. Ainsi, les tiges sont extraites des rizieres puis reunies en bottes. Les racines sont lavees - parfois dans la riziere elle-meme parfois a l'eau de la riviere toute proche - les bottes sont alors pretes a etre emmenees vers la riziere ou elles sont pouvoir donner le precieux feculent.

Les canards barbotent dans les bassins qui parsement le village, quelques chevaux sont arnaches et prets a partir travailler dans les champs voisins. Ils sont utilises en particulier pour retourner la terre des rizieres mises en eau avant le repiquage.

Vue de Zhaoxing. Au fond, une des tours du tambour et un des ponts "du vent et de la pluie" :

Galerie de portraits :






Zhaoxing, 31 Mai - Faut y aller

Hier soir, diner en compagnie de 3 jeunes retraites tres sympas, Marcelle, Michel et Rene. Ca parait bete, mais quand on voyage en individuel dans un pays comme la Chine, ou il est plutot rare de pouvoir s'exprimer par la parole, il est appreciable de temps de trouver a qui parler. Alors en plus quand on tombe sur des voyageurs qui concoivent le voyage comme vous, c'est d'autant plus chouette.

Parait-il que dans la region, il pleut 250 jours par an, je m'estime donc heureux d'avoir pu voir - certes un peu furtivement - un coin de ciel bleu aujourd'hui. Mais ce matin, n'empeche, malgre la bruine qui tombait, je suis tout de meme parti en balade sur les hauteurs de Zhaoxing, et quelle surprise : A plus d'une heure de marche par un petit chemin rendu boueux par les averses de la nuit passee, parseme ca et la de crotins de cheval et de bouse de boeuf, on trouve de magnifiques terrasses. Certaines sont deja pleines de nouveaux plants de riz fraichement repiques, d'autres sont simplement en eau, d'autres encore sont abandonnes.

Hier apres-midi, j'etais aller trainer dans les quelques boutiques que l'on trouve ici dans le but de me denicher une chemise de style chinois fabriquee avec un tissu local, que j'appelle le tissu "dong". Je suis revenu avec un porte-bebe. Bon, si un jour j'ai a postuler chez Prenatal, ca pourrait produire son petit effet. Pourquoi un porte-bebe ? D'autant que j'en avais deja achete un au Laos, d'origine hmong. Peut-etre devrais-je consulter un psy ? Et bien parce que si les habits traditionnels ont parfois tendance a disparaitre au profit de vetements plus communs, les porte-bebes sont toujours realises avec le plus grand soin et dans le style et les couleurs correspondant a l'ethnie auquel appartient le rejeton. Et celui que j'ai sur le dos en ce moment (mon tee-shirt n'est pas encore sec) n'echappe pas a la regle.

Demain je quitte le Guizhou pour passer dans la Guanxi voisin pour mes tous derniers jours en Chine.

Longsheng, 3 Juin - Tranche de vie ...

Dans ma guest-house de Zhaoxing, je disposais d'une petite TV qui m 'a permis de voir que la semaine derniere, a Guilin ou je me rends demain, des pluies torrentielles se sont abattues, entrainant des glissements de terrain. De fait, mon sejour a Zhaoxing (a quelque 150 km de la) fut indiscutablement place sous le sceau du seau. Le mois de Juin est tres pluvieux dans le sud de la Chine, ce n'est pas nouveau, et ce n'est pas Albert Simon qui aurait dit le contraire. Mon sejour en Chine se terminant alors 5 jours apres, je decidais de tailler la route rapidement sans m'attarder dans les petits bleds qui bordent la jolie route qui va de Zhaoxing a Sanjiang. Galere. Le premier bus qui devait aller jusqu'a un bled d'ou je devais prendre un autre bus pour Sanjiang n'ira pas jusqu'au bout, la route est coupee pour cause de pose de canalisation. Je continue le dernier quart d'heure a pied avec mon baluchon de 25 kg sur le dos (j'ai fait quelques achats a Zhaoxing ...) et mon sac photos qui en fait pas loin de 10 sur la poitrine. Puis arrive dans le patelin que je traverse en 5 mn, je me pose sur le bord de la route pour attendre le bus qui doit me conduire a Sanjiang puis Longsheng. Il est 11h30, les gus qui attendaient avec moi trouvent une becane pour les amener a destination, je me retrouve seul sur le bord du chemin. 13h30, toujours rien. Je sors ma bible du moment (mais ouais vous savez, le petit bouquin de chinois que je ne voudrais quitter pour rien au monde) et me lance : A quelle heure le prochain bus pour Sanjiang ? 14 heures me dit-on. Bon. 14h30, rien. Normal, on est en Chine sur une route perdue au milieu de nulle part, les bus arrivent quand ils arrivent, point. Il fait lourd, j'ai a peine mange. On me fait signe que non, finalement c'est 15h. Ok. 16h, toujours rien. Pendant ce temps, j'assiste aux premiers rayons de soleil depuis plusieurs jours et je suis un peu decontenance de ne pouvoir en profiter (avec un gros sac a dos, pas facile de bouger). 16h15, dans un etat de de semi-lethargie, je vois debouler vaguement un truc qui ressemble a un bus. Malheureusement, je suis mal place, l'arret du bus devait etre un peu plus haut et aucun coup de klaxon n'a precede l'arrivee du bolide. Le chauffeur ne me voit pas, et je reste comme un couillon sur le bord de la route. Je n'ai plus qu'a trouver une piaule. Elle sera miteuse, mais le repas sera succulent. Le lendemain, le bus de 8 heures est arrive a 8h15, et j'etais pret a me mettre au milieu de la route, les bras ouverts (je m'etais entraine toute la nuit) pour le faire s'arreter. Arrive a Sanjiang, je comprends que je dois changer de terminal pour aller a Longsheng. Donc je change, mais comme on ne me la fait pas deux fois, je mange d'abord. Au guichet, je demande un billet pour la ville sus-citee, on me dit "no bus". Holla, Bijou ! On se calme ... Vite, la bible. Memes maux, memes remedes. "A quelle heure le prochain bus pour Longsheng ?". 13h30. Alors ca, si ce n'est pas une information en beton, dites-moi ce que c'est. Alors un billet SVP. "No bus". Je respire fort, je prends un grand bol d'air et me dis que comme il n'est que 12h15, il est peut-etre trop tot pour acheter le billet. Je finis par lever mes fesses du banc de la salle d'attente a 13h petantes et me dirige vers le guichet. "Longsheng". Je fais court cette fois-ci, je me dis que ca peut simplifier la comprehension du bidule. "No bus". Je ne comprends plus rien a l'histoire, alors a tout hasard je balance mon joker, "wo yao mai piao Longsheng" (je precise que je m'etais aussi entraine avant). Son oeil s'eclaire alors d'une lueur d'espoir imperceptible pour quiconque n'est pas dans le desespoir le plus profond, puis elle leve un doigt pour me demander "un ?", je suis tres fatigue mais je reussis quand meme a faire "oui" de la tete. Et la, un miracle se produit : Elle pianote de ses petits doigts febriles sur son clavier et me tend un billet pour Longsheng. Je regarde le billet que je tiens maintenant dans la main d'un air incredule, en esperant que ce soit pas un billet de loto. Parce que non seulement je ne vais pas aller bien loin avec ca mais et en plus je ne gagne jamais aux jeux de hasard. C'est un vrai billet de bus, avec indiquees une ville de depart et une d'arrivee.

Ce matin, mon sac etait fait pour partir sur Guilin. Le temps pourri de ces derniers jours m'incite a quitter la ville et a me rendre sur Guilin puis Yangshuo pour mes 2 derniers jours au Pays du milieu. Mais au moment de quitter l'hotel, je vois un rayon de lumiere a travers les rideaux (ouais j'ai parfois les moyens de me payer un hotel avec des rideaux aux fenetres). Je decide donc de tenter le coup, aller visiter les fameuses rizieres en terrasse dites de 'l'epine du dragon". Je chope un bus et une heure apres j'entame l'ascension. Bonne pioche : Je ne peux pas dire que le temps fut radieux, mais la courte pluie de 10 minutes ne me fera pas oublier les merveilleux paysages dans lesquels j'ai evolue toute la journee. Il parait que ce site de rizieres est l'un des plus beaux de Chine :

Du bon usage du chapeau local :

Yangshuo, 5 juin - La Chine, c'est fini ...

Je quitte Yangshuo ce soir par bus de nuit vers Shenzhen, poste frontiere avec Hong-Kong, ou j'arriverai demain vers 8 heures. Je quitte donc la Chine avec beaucoup de regret et aussi pas mal de questions. Mais quoi que de plus normal quand on a la sensation d'avoir vu un pays par le petit bout de la lorgnette ? Je me serais beaucoup interesse aux ideogrammes qui sont - a mon sens - a la culture et a la comprehension du pays ce que les fraises sont a la creme chantilly : indissociable. Cette Chine qui possede 8 grands groupes de dialectes : Le putonghua (mandarin) , le yue (cantonais), le wu (shanghaien), le minbei (parle a Fuzhou), le minnan (hokkien-taiwanais), le xiang, le gan et le hakka. Ces dialectes se subdivisent a leur tour en multiples sous-dialectes. Du fait que le systeme de transcription est le meme pour l'ensemble du pays, tous les films chinois, par exemple, sont sous-titres en ... chinois. Et puis on compte evidemment bien d'autres langues parlees par les nombreuses minorites ethniques du pays. Il existe environ 56000 caracteres (ideogrammes), mais on estime qu'un chinois de bonne instruction peut connaitre et utiliser 6000 a 8000 caracteres. Pour lire et comprendre un journal, la connaissance de 2000 a 3000 caracteres est necessaire, meme si 1200 a 2000 caracteres suffisent pour en comprendre le sens general. Il est interessant de noter que certains dialectes ne possedent aucune forme ecrite.

Petit chose deroutante au debut, grace a des gestes particuliers le chinois compte jusqu'a 9 avec les doigts d'une seule main, le chiffre "10" etant represente en croisant les deux index, tel que le signe figure en ideogramme (+).

Enfin, j'aurais vraiment apprecie la cuisine sous toutes ses formes et dans les 3 provinces visitees, meme si les plats sont tres differents. Seul le bol de nouilles du matin ne suffisait pas forcement a remplir mon estomac habitue aux tartines de confiture qui degouline ...

Mise en ligne de photos demain (PC tres tres lent)

samedi, avril 08, 2006

Nord-Laos - Fete de Songkan (Bun Pi Mai Lao)

Savannakhet, 8 Avril - T'as voulu voir Savannakhet ...

Me voici de retour au Laos, le sac plein de pellicules et des idees plein la tete. Et comme je ne fais jamais les choses vraiment en ordre, malgre le fait que ce post s'appelle "Nord-Laos", et bien je commence cette deuxieme visite par ... le sud. Pas longtemps, juste le temps de revoir rapidement mes amies Touy et Pick, qui avaient ete si sympas avec moi lors de mon precedent passage a Savannakhet. Puis je remonterai sur Vientiane le temps de faire faire mon visa pour la Chine, je filerai ensuite sur Luang Prabang pour assister aux festivites du "Bun Pi Mai Lao", le nouvel an lao, appele traditionnellement "Songkan". Puis je vais enfin pouvoir visiter le nord du pays, a la rencontre des minorites ethniques, en esperant pouvoir ramener quelques photos.

Savannakhet, 9 Avril - Retour vers le bonheur

Comment decrire le bien-etre que l'on eprouve dans ce pays ou il est de tradition que les gens vous disent bonjour avec un grand sourire ? Ce retour au pays lao est un veritable enchantement, et la perspective de passer encore 2 ou 3 semaines ici me titille fortement les neurones.

Ci-dessous, decorticage de kapok dans une famille lao. Il faut a peu pres 12 "gousses" de kapok pour faire un oreiller. Le duvet ainsi extrait sera mis a secher au soleil pendant 3 jours avant de servir a la fabrication d'oreillers ou de coussins.

Luang Prabang, 13 Avril

Les preparatifs vont bon train. Dans la rue, une equipe chargee de monter les infrastructures des stands sont a l'oeuvre jusque tard le soir, tirant, decoupant, sciant de longues tiges de bambou, formant ainsi le long des trottoirs un long squelette s'etirant du bout a l'autre de la ville. Bun Pi Mai Lao commence officiellement demain par des processions dans les rues et se prolongera ainsi jusque dimanche. Dans les temples egalement on prepare des ceremonies, et l'occasion m'a ete donnee hier de suivre la sortie du temple du "naga", et animal mythique, une sorte de serpent d'eau, qui ne sert ici qu'a l'occasion du nouvel an lao. Apres demontage de ce qui peut l'etre, le naga est soigneusement lave par les novices, avant d'etre installe a l'entree du "sim" sur une sorte de support en bois. Je reviendrai plus tard sur les traditions du nouvel an ici.

De nombreux laotiens font le voyage jusque Luang Prabang pour assister aux ceremonies du nouvel an dont la reputation a depasse les limites de la commune depuis deja longtemps. A cette occasion, le prix des chambres double, la piaule qui m'avait coute 80 000 kips (8 usd) me coute a present ... 120 000 kips apres negociation (elle est "affichee" en principe a 150 000). Ici, certains n'hesitent pas a proposer des chambes tres rudimentaires a 100 000 kips sans toilettes et encore moins de salle de bains, qui se trouve a l'exterieur sous la forme de sanitaires communs. L'offre et la demande ....

Vieille femme en train de s'activer a la cuisine :

Scene de marche :

Luang Prabang, 15 Avril - Il pleut des seaux d'eau ..

Depuis quelques jours que j'etais ici a assister aux preparatifs de Bun Pi Mai Lao, je me disais bien qu'il allait se passer quelque chose de pas ordinaire. Et bien hier, premier jour de la fete, je n'ai pas ete decu. Sorti a 7h de ma guest-house, je vois que les commercants sont bien tous deja la a attendre le client (photo ci-dessous)

Certains sont deja juches sur des vehicules ou des murets et arrosent copieusement a coup de seau ou de tuyau d'arrosage tous ceux qui passent a proximite. J'ai pu d'aileurs constater qu'a ce petit jeu, les filles seules sur des mob avaient moins de chance que les autres : Les nombreux groupes de jeunes stationnes a certains endroits de la ville les arretent, commencent par leur verser un seau d'eau sur la tete avant de les colorer au noir de charbon ou a la farine, voir au colorant bleu ou vert. L'ambiance est partout a la bonne humeur, mais visiblement certains n'apprecient que tres moyennement le ceremonial. D'autres se promenent a travers la ville avec des pistolets a eau (je devrais plutot dire des mitraillettes a eau vue la taille des engins), un reservoir en plastique porte sur le dos (photo en haut a droite). En debut d'apres-midi, nous traversons le Mekong pour nous rendre sur l'autre rive ou traditionnellement, on vient y construire un stupa - en fait un chateau de sable - et y planter un baton garni d'une banniere ou sont representes les signes du calendrier bouddhique lao (grande photo, affacee par megarde, j'essaierai de la remettre bientot), puis copieusement arrose de l'eau du Mekong, afin de s'attirer la chance pour l'annee a venir. A peine debarque du bateau, j'ai juste le temps de planquer mon appareil. Ca y est. Mes amis et moi sommes tout blancs et tout mouilles (photo en bas a gauche).

Sabai di pi mai, bonne annee ...


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Luang Prabang, 17 Avril - Quel calme, mes aieux ...

Bien. Il est temps de revenir sur Terre .... apres ces deux jours de folie qui ont envahi la ville et qui ont plonge celle-ci dans un deluge d'eau, de rires, de bieres, de nuages de farine, ce matin le calme est revenu. Une ceremonie se deroule non loin de la, au temple Vat Mai. Ce matin, une courte procession a vu la sortie du Bouddha sacre du musee du Palais Royal et l'installation de celui-ci dans l'enceinte du Vat Mai. Les animaux mythiques a l'origine de la liberation de la ville (voir photo ci-dessous) entament quelques minutes plus tard la danse qui ouvre la ceremonie, au son du tambour joue - fort a propos - par le maitre de ceremonie.

Les laos viendront ensuite verser l'eau sacree dans la partie superieure du naga, qui viendra se deverser sur la tete du Bouddha sacre installe au centre d'un petit sanctuaire. Puis vient l'instant de la priere ...

Retour sur les deux jours de folie. La lente procession s'etire sur quelques centaines de metres, avec en tete les "deesses" qui ont ete elues la veille dont Miss Luang Prabang, juchee sur le dos d'un taureau. A ce sujet, il m'aurait ete possible de suivre de bout en bout ces festivites mais assez curieusement, il est assez difficile d'avoir la moindre information sur le deroulement d'icelles. C'est alors le pur hasard (que celui qui ne croit pas au hasard me le fasse savoir, ca fera le premier debat de ce blog qui dort un peu trop a mon gout) qui fait que je tombe sur un evenement lie a Bun Pi Mai. Beaucoup de laos interroges hier soir m'avaient dit que tout s'arretait apres le retour de la procession d'hier or aujourd'hui encore, cette ceremonie tres importante se tenait dans un des plus beaux temples de Luang (photos ci-dessous).

Parmi les motifs de rigolade, il m'a ete permis de voir hier que la 2 CV est un vehicule indispensable a la bonne sante du festival : Une de ses representantes - du moins ce qu'il en reste -, sortie de je ne sais ou tellement elle semblait hors d'age, a parcouru les rues de la ville pendant une bonne partie de l'apres-midi. Plus de portieres, plus de sieges (une petite chaise en bois faisait office de siege conducteur), plus de capote evidement, et plus d'amortisseurs ou plutot des amortisseurs qui reagissaient de maniere assez curieuse. Simplement un chassis, un moteur et quatre roues ont amuse la galerie pendant un bon moment. Partie avec 4 ou 5 personnes a bord, je l'ai vu repasser avec plus de 10 personnes debout a l'interieur (tiens, ca me rappelle mes vacances en Corse, ca ....).

Une bande de "lady-boys" ont egalement mis le feu aux rues de la ville ..

Pour le reste, je prefere une fois de plus laisser s'exprimer les photos !



Si je devais ne garder qu'une image ...

Luang Prabang, 19 Avril - Fin des festivites

Ce matin s'est deroule la derniere ceremonie de ce festival qui m'aura coute mon objectif grand-angle. Celui-ci s'est recu avant-hier l'equivalent d'un seau d'eau dans les narines, et malgre mes efforts - un peu tardifs - pour le secher, rien a faire. J'essaierai donc de le faire reparer sur Kunming, en Chine, car je ne souhaite pas faire un nouveau sejour a Bangkok.

Vat Mai. C'est le nom du temple (de son vrai nom le Vat Mai Suwannnaphunaham - voir details sur photos ci-dessous) qui accueille, au cours des festivites de Bun Pi Mai, le bouddha sacre, le Pha Bang.

Ce matin, le Pha bang est donc parti retrouver sa demeure habituelle, le musee royal, situe a quelques encablures du temple. Durant ces trois jours au cours desquels les laos sont venus se recueillir au pied du Pha Bang, installe dans un petit pavillon dore monte sur une estrade destinee a recevoir les offrandes et au son de musique traditionnelle jouee par quelques musiciens installes dans l'enceinte du temple, ce fut un defile incessant d'hommes et de femmes habilles pour la circonstance :

C'est egalement a cette occasion qu'est versee de l'eau dans les nagas installes de part et d'autre du pavillon, l'eau tombant directement sur la tete du Pha Bang. Egalement, on vient participer au "sieng sop" : Au moment de la priere, on agite une boite dans laquelle se trouvent des tiges de bois qui portent chacune un numero. Apres quelques mouvements, une des tiges finit par tomber par terre. On la ramasse alors et on la porte au moine novice qui, en echange, donne le bulletin correspondant au numero inscrit sur celle-ci. Amour, travail, sante, il parait qu'on apprend tout grace au sieng sop ... nous retrouvons d'ailleurs ce meme systeme au Viet Nam mais les sentences sont directement inscrites sur les tiges elles-memes.

Apres la ceremonie c'est pas le tout, mais il faut rentrer :


Luang Prabang, 20 Avril - Toujours pas parti ...

Hier soir, je suis alle rendre visite a Claire et Franck, un couple franco-laotien que j'avais rencontre quelques jours auparavant. Ils habitent dans le sud de la France mais sont en vacances dans la famille de Claire. A cette occasion, j'ai eu la chance non seulement d'etre invite a diner mais par la meme occasion de pouvoir revoir et revisiter cette merveilleuse maison familiale qu'ils habitent a quelques pas du Vat Mai. Vieille de 300 ans et desormais classee au patrimoine de l'Unesco, cette vielle dame demeure telle qu'elle etait lors de sa construction. Une grande piece au milieu, ou l'on devine aisement que des dizaines de generations ont foule ce plancher dont la patine ferait rever n'importe quel antiquaire, puis plusieurs autres pieces plus petites dans le prolongement de la grande. A l'arriere de la maison, dans un espace en plein-air, est installee la cuisine ou la cuisson des aliments se fait toujours au feu de bois, les ustensiles accroches au mur noirci par le temps. Le repas d'hier fut pour moi un enchantement, parmi la famille de Claire et Franck, malgre le fait que la maisonnee se soit considerablement videe depuis la fin de Bun Pi Mai Lao (ils etaient parait-il plus de 30 personnes a dormir la). Et alors donc, lorsque j'ai pointe le bout de mon museau sur le marche de nuit, il etait deja 21h30 et ca s'annoncait bien court pour trouver ce que je cherchais et negocier en toute tranquillite. J'ai donc decide de rester une journee de plus, qui risque fort de se prolonger encore une petite journee ...

Aujourd'hui, visite des caves de Tam Tin (Pak Ou) a 2 heures de bateau de Luang :


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Chat alors !

Phonsavan, 22 Avril - Le mystere des jarres

Arrive hier en fin d'apres-midi a Phonsavan, ville situe au Nord-est du Laos non loin de la frontiere vietnamienne. C'est le point de depart pour aller visiter les sites de la Plaine des jarres, repartie en 3 sites principaux, numerote de 1 a 3, et plusieurs autres sites de moindre importance dissemines dans les environs de Phonsavan. Le site n1 est proche de la ville, le site n3 en est eloigne de plus de 40 km. Je me suis rendu au site n1 en fin d'apres-midi, grace a l'extreme gentillesse d'un laotien rencontre ce matin, ami d'un ami photographe rencontre a Luang Prabang il y a quelques jours. Je lui ai rendu visite ce matin, et apres m'avoir retenu pour dejeuner (du poisson frit excellentissime), celui-ci m'a accompagne jusqu'a l'entree du site et est venu me rechercher 2 heures apres.

Ces jarres n'ont semble t-il pas encore livre tout leur mystere. Faute d'avoir retrouve des restes d'origine organique (fragment d'os, nourriture ...), leur veritable signification reste de nos jours une enigme, meme si certaines hypotheses sont bien entendu avancees par les gens de l'art. Certaines choses sont cependant bien etablies : Elles seraient vieilles de 2000 ans et malgre la legende, celles-ci ne sont pas issues de moulages mais sont belles et bien taillees dans le roc, dans de la molasse du tertiaire pour la plupart (une sorte de gres) et certaines dans du granit. De ce qui m'a ete permis de constater cet apres-midi, il en existe de formes diverses : La plus grosse est de forme plutot arrondie et fait plus de 2 metres, et son poids est estime a plus de 6 tonnes (au 3eme plan sur la photo ci-dessus), mais d'autres sont de forme presque carree, tandis que d'autres encore sont de forme ovale ou rectangulaire et ne mesurent pas plus de 50 cm de haut.

Phonsavan, 23 Avril - Les hypotheses

Deux explications sont couramment avancees pour expliquer la presence de ces jarres disseminees dans les environs. La premiere serait que ces recipients auraient servi a la fermentation ou a la conservation du riz. La deuxieme serait liee a des rites funeraires pratiques il y a maintenant fort longtemps. Cette deuxieme explication me plait bien a moi (personnellement), car ces jarres sont pratiquement toutes situees sur des promontoires dominant la campagne environnante. Il est a noter que certaines d'entre elles ont ete decouvertes surmontees d'un couvercle fait d'une grande pierre plate.

Vue tres partielle de la plaine des jarres :

lundi, février 27, 2006

Sud et Centre Laos

Savannaketh, 27 Fevrier

Premier jour au Laos, et la premiere impression qui se degage de la ville ou je suis arrive hier en fin d'apres-midi, Savannaketh, est la serenite. Peu de circulation, pas de harcelement d'aucune sorte et des gens qui vous disent bonjour en lao (sabai dii) et en souriant. Cette ville de 125 000 habitants n'est separee de la Thailande que par le Mekong, un peu en amont de la ville de Kratie (Cambodge) ou j'avais pose mon baluchon il y a quelques semaines. Non loin du quai qui, toute la journee, voit debarquer de nombreux thais venus faire leurs courses ou traiter quelques affaires, se dresse le vieux quartier avec ses maisons decrepies de style colonial, triste temoignage d'un passe encore recent. Avec le Cambodge, le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine, le Laos appartenait en effet a ce vaste territoire que l'on appelait l'Indochine.

Qu'il est bon de flaner dans ces rues plutot larges en regard de la circulation en essayant de s'imaginer quelle put etre la vie trepidante avant l'independance de ce pays et le depart definitif des colons en 1953. Ici on reconnait l'entree imposante de ce qui devait etre sans aucun doute un cinema, un vaste edifice aux portes desormais closes, dote d'un petit guichet sur le cote. A present, du linge seche sur des cordes tendues en travers des colonnes et quelques fauteuils de cuir rouge eventres doivent servir de trampoline depuis au moins 2 generations aux gamins du quartier ...

Demain, je pars dans le Sud du pays afin d'essayer d'y retrouver Jeff, rencontre au Cambodge mi-Janvier. Depart donc pour Pakse puis pour la region de Si Phan Don ("les 4000 iles"). En effet, cette region regorge de petites iles perdues au milieu du Mekong qui, a cet endroit et pendant la saison des pluies, ne mesure pas moins de 14 km d'une rive a l'autre. C'est d'ailleurs ici que le fleuve atteint sa plus grande largeur, parmi les 4350 km de son cours. La-bas il n'y a rien ou pas grand chose, meme pas l'electricite, du moins elle doit etre en cours d'installation. Les habitants y vivent en autarcie grace a leur propre production : riz, canne a sucre, legumes et noix de coco, ajoutons a cela le tissage et bien entendu la peche.

La-bas, je crois que je me sentirai vraiment au Laos, le pays ou "les habitants ecoutent pousser le riz" ....

Je vous avais deja parle de Jeff et de ses photos superbes, alors meme si celles-ci font passer les miennes pour des photos de calendrier des P&T, profitez-en et mettez-vous en plein les yeux :
http://www.errances-nomades.blogspot.com/

Momo, j'ai comme l'impression qu'une des photos ci-dessous va t'evoquer quelques souvenirs ...




Pakse, 8 Mars - Journee de la femme

J'aurais pu appeler ce nouveau post "on est bien chez Mr Vong", ou encore "retour sur Terre", ou encore "j'ai connu le paradis" ...

Me voici de retour des iles apres 1 semaine de pur bonheur. Apres 3h30 de bus de Pakse a Ban Na Kasang et 20 minutes de bateau pour acceder a Don Det, une des iles situees le plus au sud, puis encore une petite heure de crapahute, j'ai pose mon baluchon dans la guest-house de la famille de Mr Vong, jeune lao d'une petite trentaine d'annees fort sympatique et tres accueillant. 6 bungalows de bois, de bambou et de chaume ou pour un peu, on risquerait de tomber dans le Mekong en en sortant un peu trop precipitemment. Heureusement, ceux-ci sont implantes dans une riziere et ca laisse tout de meme un peu de marge.

Cuisine excellente, preparee par Phimphone, la patronne, et servie par la jeune Sila, 15 ans, qui en parait au moins ... 12. A la nuit tombee, on allume les lampes a huile pour eclairer autant que possible l'interieur du bungalow et puis aussi l'exterieur, au cas ou un accident de hamac surviendrait. Cette discipline semble etre une des principales activites de l'ile, ce qui la rend bien entendu fort sympatique a mes yeux. Alors oui, on est bien chez Mr Vong ... la vie s'ecoule paisiblement, sans que l'on ait la moindre perception du temps qui passe. Des que les premiers rayons soleils viennent lecher la piece qui sert de salle a manger, la chatte de la maison s'etale langoureusement sur le plancher pour permettre a ses petits de teter. 3 petits chats que l'on surprend parfois a lecher les assiettes ou a plonger leurs pattes dans le lap (specialite du Laos, en fait une sorte de hachis qui peut se preparer avec du boeuf, du poisson et meme ... des larves de fourmis : delicieux !).

Lorsque l'on croise quelqu'un sur le petit chemin de terre, on se lance des grands et genereux "sabai di". Et puis au fil du temps, on se reconnait les uns et les autres, alors les regards sont differents et les sourires se font plus genereux. On est parfois (souvent) invite a venir boire le "lao lao", espece d'alcool de riz local.

Et que dire des nombreuses balades a faire dans les alentours ? Toutes plus belles les unes que les autres, car cette region regorge de chutes d'eau splendides, de plages de sable accueillantes, de forets aux essences aussi variees qu'odorantes, d'arbres aux formes incroyables et qui semblent parfois, lorsqu'ils vont par deux, entreprendre une danse d'amour compliquee.

Et le Mekong, veritable poumon de la region. Mon meilleur souvenir restera je crois le retour des chutes de Don Pha Pheng, de nuit sur le Mekong, un jour sans lune ... le pilote du bateau connait visiblement tres bien le fleuve car durant l'heure qu'a dure le retour, il n'a pas eu une hesitation, tant au niveau des petits rapides qu'il devait remonter avec la puissance necessaire qu'au niveau des obstacles naturels (bosquets d'arbustes, rochers). Pour faire bonne mesure, nous revenions avec - au fond du bateau - un beau poisson d'au moins 3 kilos que nous avions paye 30 000 kips (a peu pres 3 dollars) a notre guide-pecheur. Nous l'avons bien entendu deguster chez celui qui nous a accompagnee au cours de la plupart de nos balades, notre ami Noy. Alors que la nuit etait tombee depuis longtemps, nous nous sommes repus de la bete a la lueur des bougies ...

A gauche : Jeune laotienne de 20 ans, connaissance de Jeff

A droite : Le petit copain d'une laotienne travaillant a la guest-house, au cours d'une "bun"

Ci-dessous : Notre ami Noy (a gauche) et Mister Chan, au cours d'une soiree "lao lao" ....

Ci-dessus : Jeff en bonne compagnie. A droite, ambiance de "bun"

Ci-dessous : Arbres de la region de Si Phan Don

Ci-dessus : Paysage typique des 4000 iles (Si Phan Don)

Ci-dessus : Des enfants sur l'ile voisine de Don Khon

Photo prise par Jeff :

Pakse, 10 Mars - Vat Champasak

Ce matin, depart en mob vers le Vat Champasak, temple khmer accroche au flanc d'une montagne a 40 km au sud de Pakse, anciennement situe sur la route d'Angkor. Depart matinal, Une bonne heure de route, traversee du Mekong sur une sorte de ferry-radeau-planche a repasser, puis encore 15 minutes de route. Tout le long de ce dernier trajet, quelques maisons colonniales en parfait etat, des temples bouddhistes en nombre et beaucoup de jolies petites maisons traditionnelles. Une fois l'entree passee (30 000 kips, soit 3 USD), je contourne les bassins et je laisse la mob au parking. Au Laos, pas de gardien pour surveiller les becanes. On laisse le casque dans la petite corbeille fixee a l'avant et on s'en va. Au premier coup d'oeil, seulement 2 edifices en ruine, dans le pur style khmer de certains temples du site d'Angkor. Nous sommes au niveau bas du site. Une allee de pierres mal assemblees s'eleve doucement vers la montagne toute proche, vers l'inconnu. Nul ne peut deviner ce qui attend celui qui decouvre le site pour la premiere fois .... tout juste peut-on distinguer, un peu plus haut, ce qui ressemble a des petites murets de pierre, un peu comme des cultures en terrasses qui auraient ete abandonnees par faute de main d'oeuvre, celle-ci etant partie chercher du travail a la ville voisine.

Une volee de marche franchie et me voici au niveau intermediaire. Une statue de Bouddha veille sur les lieux depuis bien longtemps, et a voir les nombreuses offrandes deposees a ses pieds, nul doute que celle-ci est l'objet d'un veritable culte dans la region et meme au-dela. Pour monter au niveau superieur dont je ne devine toujours rien, il me faut maintenant monter un escalier datant lui aussi du XIeme dont les marches centrales sont tellement usees qu'elles en sont fortement incurvees (voir photo). Les frangipaniers dont les fleurs diffusent cette odeur si agreable bordent cet escalier majesteux qui me mene vers le dernier niveau, en lancant leur branches vers le ciel comme autant de bras maladroits cherchant la lumiere. Lorsque j'atteinds le dernier niveau, je reste sans voix .... car en me retournant, je peux maintenant apprecier la beaute extraordinaire de l'ensemble du site. A Angkor, je pensais avoir vu les plus beaux temples khmers qui puissent exister ... mais je n'avais pas encore visite le Vat Champasak. S'il n'apporte rien de par ses ruines, l'ensemble du site est assurement un des plus paysages qui nous ait permis de voir autour d'un temple khmer.






















Le retour sur Pakse sera par contre un peu delicat. Voulant prendre une piste longeant le Mekong, apres 1h30 de sentiers, de rizieres et un peu de sport pour traverser certains gues pourtant asseches, je me retrouve finalement au soleil couchant dans un petit village cul-de-sac. Le pecheur aura vite fait de voir mon etat et de me proposer la traversee du fleuve sur son bateau pour ... 50 000 kips, 5 fois le prix paye a l'aller a l'embarcadere. Mais bon, c'etait ca ou repartir en arriere dans la nuit qui commencait a tomber et c'est le genre de choses que je ne pouvais souhaiter a personne meme a mon pire ennemi ...

Ci-dessous : Dans le village cul-de-sac ...

Pakse, 10 Mars - Plateau des Boloven

Region reputee a juste titre pour la production de son cafe, le plateau des Boloven jouit d'un climat bien plus agreable (et moins etouffant) que Pakse, 50 km plus a l'ouest. Partout ou je m'arrete, des "sabai di" retentissent, et malgre mes 3 mots de lao, je reussis toujours a passer un moment sympatique avec des personnes rencontrees au detour d'une maison ou d'un jardin. Ce qui me surprend le plus dans ces petits villages dont les jardins attenants sont envahis par les cafeiers, c'est toujours l'extreme proprete des lieux. Derriere les portes entrouvertes des maisons, on devine plus que l'on ne voit des corps languissants laissant passer la chaleur accablante de ce milieu d'apres-midi. La quietude des lieux et l'extreme proprete (pas un papier en traine sur la terre rougeatre), associees aux nombreuses allees arborees donnent a ces villages un faux air de lieu de villegiature pour retraites ...

En balade toute la journee dans le coin, voici quelques photos prises ca et la ...
















Savannaketh, 13 Mars

L'autobus est parti depuis a peine 10 minutes, et deja la sono puissante diffuse de la musique tantot style "chanson d'amouuuuuur" tantot rock, parfois teintee d'un zeste de rap. Mais toujours, on retrouve a travers ces courants musicaux un fond de musique lao traditionnelle, ce qui le rend le rap assez sympatique a mes chastes oreilles. Le bus est dans un tres bon etat, de fins rideaux de couleurs vert, mauve et rose ceinturant le haut des vitres, rideaux eux-memes proteges par un filet de dentelle blanche. Les housses de tete sont propres et uniformes. Au Laos, contrairement au Viet Nam par exemple, il semblerait qu'il n'y ait pas de competition entre les chauffeurs de bus, ceux-ci adoptant une conduite prudente et responsable. Il faut dire que la circulation n'a rien a voir, il y a assez peu de vehicules sur les routes. Je suis sorti de mon demi-sommeil par des cris. J'ouvre un oeil et j'apercois, depassant de la rangee de sieges devant moi, des dizaines de longues brochettes sur lesquelles sont empalles des gros morceaux de poulet grille, des oeufs par 3, des beignets, des saucisses. En tout, une vingtaine de momes ont envahi le bus, se bousculant pour etre le premier sur le client. Et lorsque quelqu'un achete, tout le monde se precipite sur lui dans l'espoir de lui refourguer encore un petit quelque chose.

Il n'en reste pas moins que cette intrusion me fait echanger quelques sourires avec certaines personnes dans le bus ...

Depart pour Ta Khaek aujourd'hui, d'ou je partirai visiter l'est du pays en becane pour 2 ou 3 jours. Ce sera ensuite la montee sur Vientiane, la capitale, puis Luang Prabang et probablement la Plaine de Jarres.

Vientiane, 17 Mars - La grotte



L'homme a l'habitude d'aller chasser la chauve-souris et ce matin-la, il decide d'aller se promener vers la montagne, a quelques pas du village. Cette montagne, il la connait car il est ne dans la region, elle a donc ete temoin de ses premiers balbutiements, de ses premiers jeux d'enfants, peut-etre de son premier - et unique - amour. Depuis des milliers d'annees elle demeure la, offrant aux visiteurs sa majestueuse paroi de plus de 150 m de haut, recouverte de buissons et de taillis impenetrables. Et pourtant ...

L'homme est curieux et tout en escaladant comme il peut les premiers metres de la falaise a la recherche d'infractuosites ou pourraient se nicher quelques chauve-souris, il voit une zone sombre dans la roche, a une quinzaine de metres de hauteur. Il lui faut certes couper bon nombre de branches et de buissons pour y arriver mais qu'importe, le jeu en vaut peut-etre la chandelle. Alors il coupe, il cisaille, il arrache ... et arrive devant ce qui ressemble a l'entree d'une petite grotte. Il s'accorde alors quelques minutes de repos. Il ouvre son paquet de cigarettes et en retire une dont l'aspect semble quelque peu flettri, l'allume et d'un geste lent, la porte a sa bouche. Tout en tirant une premiere bouffee, il contemple le spectable que lui offre a present Dame nature. Tout autour de lui, ce ne sont que montagnes karstiques dont la palette des verts semble tendre vers l'infinie. A gauche, quelques arbres a papayes allongent leur tronc haut dans le ciel tandis que de gros fruits un peu oblongues attendent d'etre cueillis. Mais le temps passe, il lui faut aller voir ce que cache cette infractuosite. Alors tout en se penchant, il penetre dans ce qui va bientot etre un sanctuaire sacre, mais ca, il ne le sait pas encore .....

A la lueur de la bougie, il penetre tout d'abord dans une salle d'environ 60 metres carres. De magnifiques stalactiques s'offrent a ses yeux, certaines ressemblant a de fines cascades de glace figees la pour l'eternite. A la lueur de la bougie vacillante, les ombres dansent sur les parois, formant par moment des motifs inquietants ... mais ses yeux se font peu a peu a l'obscurite qui envahit la grotte. Et puis ce n'est pas nouveau pour lui, la region etant composee de milliers de grottes, depuis tout petit (deja) il a pris l'habitude d'aller trainer ses sandales dans ces lieux sombres et aureoles d'une teinte de mystere .....

A present qu'il avance encore un peu, il peut admirer une stalactique aux formes extraordinaires : Une grande "tombee d'eau" figee dans un merveilleux mouvement de drape. Une sorte de rideau de scene s'offrant au public avant que les trois coups n'aient ete frappes ...

La encore, on pourrait croire qu'un vendeur de guimauve facetieux a fait don de sa marchandise aux dieux de la montagne, car ce ne sont que formes voluptueusement gonflees retombant comme autant de bouts degoulinants de cette friandise collante et sucree qui fait le bonheur des enfants. Soudain, il sursaute : L'espace d'une fraction de seconde, dans la lueur de la bougie qui danse toujours au rythme de la legere brise qui balaye la grotte, il croit avoir vu une tete ... non ce n'est pas possible, il doit avoir reve. Mais tout va aller tres vite. Il respire fort, ses mains tremblent, et c'est un sentiment de peur mele de surprise et de curiosite qui le tenaille a present. Il tourne de nouveau la tete vers le centre de la grotte, approche la bougie et .... non, ce n'est pas possible, c'est incroyable, il n'en croit pas ses yeux : Devant lui, tout autour d'un bassin naturel qui s'est lentement forme aux cours des siecles et surement des millenaires, un spectacle pour le moins inattendu et insolite se revele a lui : Des dizaines de statues de Bouddha se dressent la, certaines ne mesurant pas plus de 5 cm de haut, d'autre mesurant pres de 1,5 metre ...

J'ai un peu "habille" ce recit mais sachez que cette histoire est veridique. Cette grotte a ete decouverte par un vieil homme du village, en 2004. Certaines de ces statues auraient 500 a 600 ans, et personne ne sait par quel miracle elles ont atteri dans ce lieu pour le moins insolite. Certains historiens pensent qui suite aux nombreux combats qui de tout temps ou presque ont oppose les thais et les laos, quelqu'un aurait voulu sauver ces statues en les cachant dans un endroit inaccessible ...

A present, cette grotte est un lieu important de pelerinage pour les fervents bouddhistes, et devant la frequentation importante de l'endroit, la visite est limitee a 15 mn. Hier matin vers 9h, il y avait peu de monde et j'ai eu le loisir de rester une heure dans l'endroit, attirant vers moi la curiosite de nombreuses personnes venues se reccueillir et qui se demandaient ce que je pouvais bien ecrire qui semblait si important dans un endroit pareil et a une heure pareille.




Vientiane, 18 Mars - En vrac ...

Je suis donc rentre hier de la region de Tha Khiek ou se trouve cette fameuse grotte. Apres une premiere journee passee a visiter cette petite ville de province, j'ai trouve une becane pour visiter les environs. Des la sortie de la ville, la route goudronnee cede la place a une large piste de terre rougeatre qui s'enfonce dans les terres, vers la frontiere avec le Viet Nam. De chaque cote de la route, des grottes sont accessibles par des petits chemins accidentes qui menent egalement parfois a des villages perdus, tel celui ou je me suis arrete il y a deux jours. Partout , l'accueil est sympatique, parfois une fois passe l'effet de surprise et quelques "sabai dii" aux personnes du village. Dans un de ces villages, voyant ma mine perplexe devant un engin pour le moins insolite, un vieux monsieur m'a explique comment fonctionnait ce piege a souris compose de morceaux de bambou, de ficelle et d'elastique. Lorsque la demonstration fut terminee, une vingtaine de gamins etait autour de moi ainsi que quelques (tres) jeunes filles dont on m'a fait comprendre qu'elles etaient celibataires ... mais le contraire m'aurait inquiete. Si j'avais pu repondre, j'aurais dit que j'etais ouvert a toute proposition mais que neanmoins je ne souhaitais pas - du moins pour le moment - proceder a une adoption.

Le Laos est decidement un pays ou l'on se sent tres bien. Meme a Vientiane, la capitale, il y a relativement peu de circulation meme si celle-ci n'a plus rien a voir avec ce qu'elle etait il y a quelques annees, d'apres certains voyageurs habitues du pays. La vie se deroule calmement, ici on prend son temps. Les laotiens disent que "trop travailler est mauvais pour la tete". Par ailleurs, si une activite (travail ou autre) n'apporte pas une trace de "muan" (plaisir), elle conduit inevitablement au stress. Et j'avoue ne pas encore avoir vu de laotien stresse ...

Article 9 de la constitution laotienne : Tout proselytisme et toute diffusion de documents religieux en dehors des eglises, temples ou mosquees est interdit. Tout etranger pris en flagrant delit risque l'arrestation et l'expulsion.

L'homosexualite est plutot bien acceptee ici, et ceux qui l'affichent ouvertement sont parfois sujet a une certaine curiosite. L'autre jour, un homme tres effemine est monte avec nous dans le bus (en fait un "sawngthaew, sorte de betaillere a 2 rangees de sieges), j'ai saisi alors des regards parfois etonnes mais souvent amuses d'habitants de la region.

Aujourd'hui visite entre autres du Vat Si Saket, qui possede en son cloitre une merveilleuse collection de bouddhas. Puissent ces visages sereins - et meme rieurs, voire enigmatiques - attenuer la colere qui gronde en France ...



Luang Prabang, 22 Mars - Totale serenite

Pas vraiment envie d'ecrire en ce moment, ni le temps pour ca, alors je laisse parler les images.





Vientiane, 26 Mars - Ce n'est qu'un au revoir ...

Demain 27 mars, mon visa expire. Il me faut donc quitter le pays, et j'ai choisi de repasser par la Thailande, Bangkok plus exactement. Pour vous mettre dans la confidence (mais que tout ca reste entre nous), j'accumule depuis le debut de mon voyage un certain nombre de photos dont les supports dorment tranquillement dans mon sac a dos. J'avais fait developper un certain nombre d'entre elles a Bangkok fin Novembre, et comme c'est l'endroit de la region le plus sur pour trouver un labo digne de ce nom, je porterai dans quelques jours mes 70 films a developper (ce qui represente a peu pres 2500 cliches) apres quoi j'envisage de rapatrier ceux-ci (plus ceux que j'ai dans mon sac) en France via un service de messagerie expresse. Et puis je sais que mes problemes de sante ne vous interessent guere, mais il y a 10 jours, je me suis casse une quenotte, ce qui va probablement m'obliger a me faire poser une couronne. La Thailande etant un pays repute pour sa medecine de maniere generale et pour les travaux dentaires, je mettrai a profit mon sejour la-bas pour aller souffrir un peu ...

Je vais donc quitter le Laos qui ne m'a pas particulierement inspire au niveau de mon blog. Non pas que je n'avais rien a dire, bien au contraire. J'ai plaisir a passer regulierement du temps dans les cyber-cafes pour vous faire partager ce voyage, mais cette fois j'ai ressenti le besoin de garder certaines sensations pour moi. Ce voyage hors du temps fut extremement enrichissant tant sur le plan culturel que sur le plan des rencontres. Ca aura ete une revelation pour moi, a tel point que j'envisage d'y revenir sitot ma nouvelle quenotte en place. Et ne me demandez pas comment je compte finir mon tour du Monde avant fin Aout, je n'en sais rien moi-meme. Par contre, ce que je sais, c'est que j'ai envie de m'autoriser ce retour dans un pays ou il fait vraiment bon voyager. Hors du temps ...

Et puis je pense qu'a l'avenir mon blog sera un peu moins causant, d'autant qu'en Chine il n'est pas assure que je puisse y avoir acces. Ca s'appelle la censure, un peu comme au Viet Nam il y a quelques semaines. Sachez que par exemple mes amis vietnamiens sont dans l'incapacite de regarder mon blog, car les flux sont controles par les deux ou trois fournisseurs d'acces du pays et si la modification du blog est possible (ce qui m'a permis de l'alimenter), la consultation en est interdite depuis l'interieur du pays.

Dernieres photos du Laos a venir ...

Bangkok, 31 Mars

Pas encore eu le temps de trouver un cyber cafe avec CDOM pour charger quelques photos du Laos. Premieres journees a Bangkok plutot sympas : Les travaux dentaires avancent bien, et j'ai retrouve Nu, un jeune thai rencontre en Janvier dernier sur un site d'Angkor. J'ai retrouve aussi Tip, rencontree au Laos, et ces personnes me font visiter la ville comme seuls des thais peuvent le faire. Ma premiere soiree fut consacree a une serie de photos prises au cours de la manifestation (pacifique) pour le depart du Premier ministre Thaksin, qui s'est apparement permis de vendre a des puissances etrangeres et a titre personnel des choses qui ne lui appartenaient pas vraiment. Prochaine manif prevue le 7 Avril.

Bangkok, 7 Avril

Le Premier ministre Thaksin a signifie a la TV qu'il prenait la decision de partir, je n'ai donc plus rien a faire a Bangkok ... je n'aurai meme pas eu l'occasion de revetir mon beau tee-shirt jaune achete lors de la derniere manif, dommage.

Je quitte Bangkok ce soir, avec une quenotte toute neuve et l'impression d'avoir replonge pour quelques jours dans un monde tres occidentalise. Les thailandais ont une frenesie d'achat assez incroyable, et les nouveaux "department stores" fleurissent a tout va, surtout dans le centre de la ville (Siam, National Stadium, etc ...). Sur les milliers de metres carres s'etalent des fringues, de l'electronique, des fast-food, des salles de jeux, des magasins de meubles, des joalleries, des complexes de cinema ...

Imaginez le BHV ou la Samaritaine (paix a son ame) mais avec seulement de l'electronique : C'est Pantip Plaza, le centre nevralgique de la vente d'ordinateurs et d'appareils photos a Bangkok. Sur 5 ou 6 niveaux, des appareils numeriques ou argentiques, des PC, des pieces detachees en tout genre (c'est 50 fois la rue Montgallet reunies en 1 seul endroit), et toujours bien sur de quoi se nourrir. C'est la que j'ai trouve mon nouvel appareil numerique, encore un Olympus mais avec un zoom un peu plus puissant que le precedent qui montrait des signes de grosse fatigue.

J'aurais passe pas mal de temps avec mon ami Nu et sa copine Kaka, qui m'auront fait decouvrir certains quartiers excentres de la capitale thailandaise. Nu m'a egalement invite a me joindre a sa famille lorsqu'il s'est rendu a Nakhon Phanom (a 60 km de Bangkok) pour une ceremonie au temple, en souvenir de son pere decede il y a maintenant 8 ans. A cette occasion, des offrandes ont ete deposees devant le petit stupa ou reposent ses cendres, sous forme de bol de riz, de viande, de couronnes faites par nos propres soins a partir de feuilles de papier dore. Un peu plus loin, des billets sur lesquels sont inscrits des sommes plus ou moins vertigineuses sont jetes au feu, de facon a ce que la-haut son pere ne manque de rien, tout ca se faisant dans une ambiance fort sympatique. Nous en avons profite pour visiter ensuite le plus grand stupa du pays (et peut-etre au Monde), il mesure je crois me rappeler quelque 130 metres de haut. La fin d'apres-midi fut propice aux couleurs chaudes qui nous ont permis de prendre la pleine mesure de la beaute du temple.

Je quitte Bangkok ce soir - en principe - pour retrouver le Laos et sa douceur de vivre ....

jeudi, février 02, 2006

Vietnam - Fete du TET - Delta du Mekong

Hoi An, 2 Fevrier - Scenes de maneges (la casquette est morte, vive le beret)

Me voici donc de retour au Viet Nam, en pleine fete du TET. Si on me demande un jour ou j'etais pour le nouvel an chinois en 2006, je pourrai repondre sur un ton blase "bof, un peu partout, au Cambodge, au Vietnam ...". J'etais en effet encore a Phnom Penh pour le premier jour du TET qui en compte traditionnellement trois et a cette occasion, j'ai pu assister a quelques scenes qui se renouvellent chaque annee a pareille epoque ou plus regulierement pour d'autres. Celle-ci en fait partie : Des potron-minet, les habitants sortent un seau (ou un autre recipient solide) sur le trottoir, puis allument un feu a l'interieur pour y bruler des papiers sur lesquels figurent soit des billets de banque, soit de l'or ou encore de l'argent. Par ce geste, on fait un don aux ancetres dont la memoire, partout en Asie, revet une importance qui touche presque au sacre. La nourriture est egalement tres importante, et on se doit d'avoir une profusion de plats pour que l'annee a venir soit la plus profitable possible. Il n'est pas rare que l'on achete beaucoup plus que ce que les estomacs de la famille peuvent ingerer.

Je me suis donc rendu au Viet Nam au cours du 2eme jour du TET. Lorsque je suis arrive a Saigon, qui s'appelle maintenant officiellement Ho Chi Minh ville mais que tous les vietnamiens du Sud (jusqu'au centre) continuent d'appeler Sai Gon envers et contre tout, je suis reste scotche : Cette ville, d'habitude si bruyante, trepidante, petaradante, grouillante de mobs, de velos, de bus, de voitures, de pietons, s'etait pour ainsi dire videe de ses habitants. On aurait dit qu'un souffle monstrueux etait passe par la quelques heures avant, emportant tout ce que la ville compte de mobile tres loin dans la campagne environnante. Dans le courant de l'apres-midi, j'ai pu assister au defile traditionnel du TET. Les proprietaires de restaurants aiment a payer pour que les lions fassent une petite visite dans leurs locaux, ceci afin d'assurer richesse et prosperite a l'etablissement pour l'annee a venir.

Apres etre remonte sur Hoi An, j'ai pu constate que les festivites durent bien apres les trois jours "officiels"de la fete. Ainsi, a quelques centaines de metres de mon hotel, des maneges ont ete installes sur un terrain en friche et tout le monde s'en donne a coeur-joie. Il ne me restait plus qu'a bien prononcer "Chuc Mung Nam Moi" (Bonne Annee) et ... les sourires etaient pour moi ! Mais ici, point de "Grand Huit" ou d'autos-tamponeuses hyper-modernes. Non, ici, on doit faire tomber des canettes de biere vides a l'aide d'une boule en caoutchouc pour gagner une bouteille d'eau de 50 cl, ou encore jeter une bassine sur une bouteille d'un litre de soda en esperant qu'elle la recouvre completement pour avoir le droit de repartir avec la victime de cette attaque impitoyable, ou encore mettre une boule de ping-pong dans le bon trou pour rentrer chez soit avec un petit paquet de gateaux sous le bras.

Voici donc quelques scenes de maneges. A noter que le tendance du moment est au beret, meme si ca ne se voit pas forcement sur ces photos.




Ha Tien, 13 Fevrier - Ca sent la crevette

Petite citee aux confins du Delta du Mekong, a une petite dizaine de kilometres de la frontiere cambodgienne, Ha Tien semble vivre en bonne partie de l'industrie de la crevette. Il y en a un peu partout sur les trottoirs, et les roles sont bien repartis entre les personnes chargees de leur preparation : On les fait d'abord secher - parfois a meme le goudron -, puis certains les trient, d'autres les passent au tamis, d'autres encore les epluchent ....

Cela faisait une dizaine de jours que ce blog etait silencieux, mais cette pause volontaire etait la bienvenue apres les heures passees dans les cyber-cafes d'Inde ou du Cambodge. Et puis pourquoi le cacher, cela a ete aussi l'occasion pour moi de mener de longues reflexions sur le sens de la vie, sur les perspectives pour les annees a venir que je n'envisage guere plus derriere un bureau (c'est mon boss qui va etre content s'il lit ces lignes), et surtout, aussi curieux que cela puisse paraitre, sur la difficulte de vivre parfois l'instant present. Je pense sans cesse aux personnes que j'ai rencontrees jusqu'a maintenant et qui pour certains me sont tres chers. Je n'ai qu'une envie, c'est de les revoir pour partager encore d'autres bons moments avec eux. J'avais discute de ce sujet avec Francois, qui est revenu de son tour du Monde il y a maintenant presque 15 ans. Il me disait qu'il ne fallait pas s'attacher aux gens que l'on rencontre sur notre route, car il y a des personnes epatantes partout. Il a totalement raison sur ce dernier point, d'ailleurs je sais d'avance que j'en rencontrerai encore et encore, mais decidement, je ne peux m'empecher de penser a eux !

Pour revenir au Viet Nam, ce pays me fascine toujours autant. Le Viet Nam, c'est le pays ou les camions diffusent "happy Birthday to you" sitot que la marche arriere est enclenchee, le pays ou de bons fruits delicieux tels que les jaquiers ou les lichees vous attendent sur le bord de la route. C'est le pays ou pour eviter de vous rendre la monnaie (c'est pas bon pour la tresorerie de rendre de la monnaie ...), on vous donne un chewing-gum a la place. Et puis c'est aussi le pays ou quand un mini-bus met 2 heures pour faire un trajet qui en prend en principe 3, on n'a pas le droit de se lever pour gueuler au chauffeur de rouler moins vite. C'est pourtant ce que j'ai fait il y a trois jours. Le chauffeur devait probablement se croire encore devant sa console de jeu video, avec laquelle il doit entretenir une relation intense et reguliere, car je n'ai jamais vu un bus aller aussi vite, et j'ai vraiment eu peur, pour la premiere fois je crois en Asie. Quand je me suis lever pour crier "di cham lai", ca a fait rigoler presque tout le mini-bus. Meme si ma phrase etait incorrecte dans sa forme, tout le monde a bien compris ce que je voulais dire, et la femme qui aidait le chauffeur a faire monter et descendre les gens (enfin plutot a les pousser ou les hisser, vu le peu de temps consacre a cette tache ingrate qui devait faire baisser la moyenne de facon considerable), cette femme, donc, m'a fait comprendre que mes paroles etaient deplacees. Je lui ai fait comprendre que les siennes l'etaient tout autant, car il s'agissait non seulement de la vie des passagers du bus mais aussi de celles des gamins qui rentraient de l'ecole et dont le guidon du velo frolait a chaque depassement le pare-choc avant du bus. Ma gueulante a pourtant calme le chauffeur pendant un bon moment, au moins ... disons ... allez, 4 minutes. Apres quoi, un bus s'est presente a l'horizon de sa casquette qui recouvrait assurement une cervelle pas plus grosse que celle d'un moineau, et ca, il ne pouvait pas le supporter. Alors la chevauchee "fantastique" a repris de plus belle. Klaxon bloque, le depassement s'effectue a moins de 50 cm du molasson qui se traine lamentablement a 60km/h sur cette route dont le flux reflete celui de la majorite des routes au Viet Nam : De chaque cote, des gamins qui rentrent de l'ecole ou d'autres qui jouent devant leur maison, puis des velos, des mobylettes qui ne roulent pas forcement bien a droite, et enfin le reste de la voie ou c'est un peu la loi de la jungle et le pouvoir d'intimidation qui joue en premier lieu. Bien entendu, le plus gros est prioritaire, et l'usage du klaxon a remplace depuis longtemps celui du frein en cas de danger. Alors sur la route tout le monde klaxonne, et on essaie de se frayer un passage au mieux. Malgre les mesures de securite prises assez recemment (je crois 2 ans) qui consistent entre autres a imposer la presence de retroviseurs sur les mobs et le port du casque pour les deplacements inter-villes (aucune obligation de porter un casque en ville), de nombreux accidents ont lieu tous les jours sur les routes du pays. Une de mes connaissance connait une amie qui a perdu sa soeur de 23 ans il y a deux semaines dans un accident de la route, poussee par un 4 x 4 .... et hier midi, en rentrant de Can Tho, j'ai vu une famille de 3 personnes se faire balancer sous mes yeux pendant que je dejeunais, heureusement sans gravite pour aucun des membes de la famille. En principe, une personne responsable d'un accident mortel doit payer les funerailles a la famille du defunt et aller croupir en prison pour quelque temps, la notion de temps etant j'imagine assez elastique, et la duree du sejour en prison probablement inversement proportionnelle a l'etat du compte en banque. Pour le neophyte qui arrive au Viet Nam pour la premiere fois, la conduite ne repond a aucun critere de securite ni de logique connu. Et les "petits arrangements" qui sont monnaie courante (c'est le cas de le dire ...) dans le pays n'arrangent rien. Quand un engin est arrete sur la route car il ne remplit pas les conditions de securite suffisantes, le billet glisse sous la carte d'identite ou le permis permet generalement de s'entendre et de considerer le probleme sous un autre jour. Tiens au fait, notons au passage qu'ici, mis a part les empreintes des deux pouces, l'adresse et les signes particuliers de la personne, la carte d'identite indique egalement l'ethnie et la religion.

Hoi An, 18 Fevrier - Retour du Delta du Mekong

De retour du Delta du Mekong ou j'ai passe quelques jours avec des amis. De Can Tho, ville centrale dans le Delta et point de depart pour l'ensemble de la region, je suis parti ensuite poour Chau Doc ou j'ai rencontre Ly Minh et Francois, routier (donc forcement sympa) a la retraite. Nous avons passe une journee ensemble, Ly Minh etant trop heureuse de nous faire visiter sa region natale. Nous avons visite une pagode qui a vu le propre pere de Ho Chi Minh s'occuper des plus demunis pendant presque 3 ans. Le Delta est considere comme le "grenier a riz" du Viet Nam, ce que je trouve personnellement tres injuste pour les autres regions qui regorgent elles aussi de grandes rizieres qui s'etalent a perte de vue, mais les statistiques sont la : Le Delta du Mekong fournit assez de riz pour nourrir tout le pays (83 millions d'habitants) et permet a celui-ci de se hisser au rang de deuxieme exportateur mondial (record etabli de 4,5 millions de tonnes exportes en 1999). La culture de celui-ci occupe 70% de la population active. Au fait, "riz" en langue indienne ancienne se dit "dhanya", ce qui signifie "soutien de la race humaine".

Apres Chau Doc, je suis parti pour Ha Tien, petit port de peche bien sympatique dont les effluves de crevette emplissent les rues du matin au soir. On y accede par un pont flottant compose de poutrelles d'acier posees sur des barques, moyennant 200 dongs a l'aller comme au retour (pour rappel, 1 euro = 20 000 dongs). La frontiere avec le Cambodge n'est qu'a 8 km, et lorsque l'on arrive non loin de cette petite bourgade, la presence de mitrailleuses pointees vers le voisin proche nous rappelle que ce territoire doit toujours etre l'objet de revendications et que tous les differents sont loin d'etre regles. Neanmoins, j'ai appris que des papiers avaient ete signes tres recemment pour reconnaitre l'appartenance de l'ile de Phu Quoc au Viet Nam. Cette ile, effectivement sous controle vietnamien depuis fort longtemps, est pourtant le prolongement direct de la pointe du Cambodge.

D'un point de vue historique, le Delta a toujours appartenu au vaste empire khmer et encore aujourd'hui, les khmers appelent cette region le "Bas-Cambodge". En fait, ce ne fut qu'au 18eme siecle que le Roi du Cambdoge, pour s'assurer le soutien du Viet Nam contre les thais alors tres puissants, et aussi pour satisfaire a la demande de sa femme d'origine vietnamienne, autorisa les vietnamiens a s'installer a Prey Nokor, petite bourgade plus connue maintenant sous le nom de Hi Chi Minh ville. Aujourd'hui, de nombreux habitants du Delta sont d'origine khmer, ils sont connus sous le nom de "khmers krom". Meme s'ils ont des cartes d'identite vietnamiennes et s'habillent comme les vietnamiens, ils n'en continuent pas moins a suivre certaines traditions seculaires toujours vivaces au Cambodge. D'autres sont d'origines cham, empire disparu dont j'avais un peu parle dans mon post sur la Thailande.

Et puis comment parler de cette region sans evoquer le fleuve mythique, le Mekong .... il prend sa source au Tibet, traverse la Chine sur 4500 km, puis s'ecoule entre la Birmanie et le Laos, puis entre la Laos et la Thailande, traverse le Cambodge ou il se separe en 2 bras : Le Bas-Mekong (ou Hau Giang ou Bassac) qui arrose entre autres Chau Doc et Can Tho et le Haut-Mekong (ou Tien Giang). Le debit du Mekong varie selon la saison de 1 900 a 38 000 metres-cube/seconde (voir le post sur le Cambodge pour plus de precisions sur cet etrange phenomene d'inversion du cours des eaux). Enfin, autre phenomene naturel, par un lent processus de sedimentation, le Delta gagne sur la mer a raison de 79 metres par an.

Hoi An, 21 Fevrier - ca se passe comme ca, ici ...

Il est 10h, je me balade dans les petites rues de Hoi An, ou contrairement aux rues adjacentes remplies de touristes en quete de la bonne affaire, je ne rencontrerai pas un seul etranger de la matinee. Je prends quelques photos des maison au charme si particulier, et soudain, au detour d'un petit jardin, mes oreilles sont attirees par la voix d'une femme semblant enseigner le vietnamien. Je m'arrete pour jeter un oeil par la fenetre, il s'agit d'une mere de famille qui entraine sa petite fille de 6 ans a la bonne prononciation. Je decide donc de suivre le cours en meme temps qu'elle, parce que c'est pas tout ca mais j'ai un certain retard a rattraper par rapport a la gamine, et l'occasion est trop belle de suivre le b-a-ba du vietnamien sur un bouquin de fin de maternelle. Nous echangeons des regards complices avec la gamine qui doit trouver pour le moins insolite qu'un "blanc" s'interesser a son programme d'ecole ....

Il est maintenant 11h, toute la famille est reunie et je suis retenu a dejeuner .... tout ca avec un minimum de paroles, car comme d'habitude quand j'echange en vietnamien, la communication n'est pas toujours facile, meme si nous pouvons nous comprendre sur des choses simples. Ils savent maintenant comment je m'appelle, d'ou je viens, quel est mon age, mon job, depuis combien de temps je suis ici, si je suis marie, si j'ai des enfants, combien de temps je vais rester a Hoi An, et aussi ... quand je serai libre pour revenir de nouveau manger chez eux. Alors apres quelques photos dont je tiens a vous faire partager certaines, je m'en suis retourne a mes occupations du moment.


Maintenant, quelques photos prises ces derniers jours dans le Delta :

Tan Chau : Bras donnant sur le Bassac / Ha Tien : Specialite regionale, le tamarin



En haut a gauche : A la pagode ou vecut quelque temps le pere de Ho Chi Minh

En haut a droite : Une grand-En mere et sa petite-fille pres de Chau Doc

En bas : Vielle femme et moine a la pagode de Hon Chong (cote sud)


En haut a gauche : Boutique vendant du poisson, des crevettes et des tissus a Can Tho

En haut a droite : Fillette a Ha Tien (cote sud)

En bas a gauche : Mon ami Phuc Mai, 71 ans aux prunes. On se connait depuis 5 ans, et on a toujours autant de plaisir a se revoir ...

En bas a droite : Mon amie Hiep, c'est a cause d'elle et de sa famille que je me suis lance dans l'apprentissage du vietnamien par la methode de la torture ...

Tous deux habitent a Can Tho

Enfin, quelques cliches pris a Hoi An, dont j'avoue avoir un peu de du mal a decoller .... je devrais en principe etre au Laos depuis 3 semaines, alors depart prevu dans le courant de la semaine. Pour ceux qui se desolaient de ne plus avoir de nouvelles de Tintin, j'ai retrouve sa trace, il est visiblement passe du reportage au repassage ....

Pour ceux que ca interesserait, j'echange volontiers son adresse contre un mandat postal de 0.85 euro afin que ce soir, je puisse manger ma soupe de nouilles quotidienne.



Hoi An, 22 fevrier

A bien observer comment se deroule la circulation ici, je souhaite juste revenir quelques instants sur des mesures elementaires de securite qui pourraient etre decidees ici s'il y avait la volonte de faire baisser le taux de mortalite sur les routes :

- Interdiction de s'assoir sur la route, particulierement a la nuit tombee

- Obligation d'allumer les phares, particulierement le nuit :-)

- Interdiction de monter a plus de 4 sur une mob (2 adultes et 2 enfants). Il ne faut pas rever, vu le cout d'un tel engin, il est quasi-impossible pour de nombreuses familles d'acheter 2 mobylettes. Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir 4 adultes ou meme une famille de 6 personnes sur un de ces engins

- Interdiction de doubler en 3eme ou 4eme file, voire plus ....

- Obligation de regarder si un vehicule arrive quand on sort d'une route ou d'un chemin. Ca peut paraitre idiot, mais ici personne ou presque ne le fait. On s'engage sur la route sans regarder, et on evalue la quantite de decibels produits par le klaxon du vehicule qui arrive - s'il y en a un -pour adapter son comportement

- Creer une brigade anti-corruption chargee de punir ceux qui acceptent de l'argent pour fermer les yeux sur une faute grave ou pour laisser repartir un vehicule n'etant pas en etat de rouler (ouais je sais, autant demander a Lelouch de faire du cinema)

- Apprentissage obligatoire des la maternelle de la fonction et de l'utilite du clignotant

- Port du casque obligatoire pour les 2 roues motorises

- Respect de la signalisation (les sens interdits sont interdits)

- Interdiction de doublert par la droite

- Interdiction de rouler a 2 de front, encore moins a 3, a 4, a 5 etc etc ....

Voila, la liste n'est bien entendu pas exhaustive, si certains ont des idees, on peut toujours les rajouter.

Bon, maintenant, ne soyons pas serieux juste un instant ... une derniere photo prise dans une rue de Saigon :

Hue, 25 Fevrier - Dechirement

Hue, ancienne capitale du Viet Nam imperial, domaine des seigneurs Nguyen ... Aujourd'hui est mon dernier jour au Viet Nam. Je comptais passer une journee ou deux a Hue, mais hier soir, au cours du diner que je partageais avec une amie, je me suis subitement reveille : Mon visa se termine aujourd'hui 25 Fevrier ... parait-il que l'on peut se presenter neanmoins a la frontiere le lendemain de l'expiration de celui-ci sans rencontrer de probleme. Alors aujourd'hui est un jour de dechirement, il me faut quitter le Viet Nam ... dire au revoir aux amis de longue date, rendre une derniere visite a ceux rencontres dernierement, regarder encore une fois attentivemnent ces femmes portant leurs paniers au bout d'une longue tige de bambou coupee en deux, adoptant pas la-meme, afin d'accompagner le balancement de la charge, une demarche me faisant parfois penser au deplacement de certains grands animaux a l'allure si majestueuse. Il me faut aussi rendre hommage a tous ceux qui m'ont offert leur sourire, laissant parfois juste apparaitre le pli de leurs yeux au dessus de la bande de tissus recouvrant une bonne partie de leur visage afin qu'ils puissent se proteger du soleil. Comment ne pas penser a tous ces enfants au sourire spontane et aux yeux remplis plein de malice ? Comment ne pas etre touche par la grace des etudiantes en habit traditionnel, l'Ao Dai (se prononce Ao Yai au Sud et Ao Zai au Nord), coiffees encore parfois du non moins traditionnel chapeau conique et chevauchant leur velo comme autant de chevaliers se rendant fierement au combat sur leur monture ? Comment oublier ces vieux au visage burine par le temps et aussi peut-etre par de longues annees de guerre et de souffrance, faisant un petit signe de la tete a votre passage, un leger sourire aux levres ?

Et il y a encore tant a dire sur ce pays ...

Je sais que peu de voyageurs se rendant au Viet Nam souhaitent y retourner, tant la pression sur le touriste est parfois fatiguante. Mais je crois que ma curiosite et le fait de parler un peu la langue m'a permis de faire quelques rencontres vraiment sympas et m'a ouvert en grand les portes de certaines familles, ou j'ai vecu des moments de complicite inoubliables, bien loin des cliches dont sont porteurs la majorite des gens qui reviennent d'ici. Alors si vous vous rendez au Viet Nam, j'ai envie de dire "sortez des sentiers battus, apprenez trois mots de vietnamiens et vous serez accueillis de fort belle maniere" !

Je sais que le Laos va m'apporter mon lot de plaisirs et de surprises, aussi j'ai fait grave aujourd'hui je crois mon 10eme CD d'images afin de faire place nette dans mon petit numerique.


J'ai souhaite que la toute derniere photo de ce post soit un hommage a la famille rencontree au hasard de mes promenades dans les petites rues de Hoi An. Invite une nouvelle fois a partager leur repas au cours duquel nous avons pas mal rigole, j'ai du les quitter non sans difficulte ... mais j'ai promis a Huynh, Hoang, Loan, Phuong et Bich que nous nous reverrons.

vendredi, décembre 30, 2005

Cambodge

Peut-etre le prof d'histoire que j'avais au college aurait du nous initier a l'histoire du Monde, je n'en aurais ete que moins cancre et plus ouvert sur ce qui nous entoure. Au lieu de ca, notre bon vieux prof, redoute de tout le college, etait visiblement un peu nostalgique de la guerre qu'il n'avait probablement pas faite. Il etait - je crois me souvenir - officier de reserve, et dans les cours, j'ai le sentiment qu'il s'entrainait a ne pas perdre la main quant a l'autorite dont il etait sense etre pourvu. Vous me direz, ce n'est evidemment pas lui qui faisait les programmes, il y a des gens qui sont payes pour ca : Les cranes d'oeuf qui sortent tout droit de notre bonne vieille ENA, machine bien huilee (c'est le cas de le dire ...) destinee a la reproduction de clones en costumes sombres qui decident toujours au mieux pour l'interet du pays, et jamais pour le leur. Enfin, sauf quand on les prend la main dans le sac. Mais je digresse ... revenons a notre prof. Je me souviens que ce qui devait lui procurer le plus de plaisir (je le soupconne meme d'avoir eu a l'occasion quelque erection discrete au moment decisif), c'etait les interros ecrites, qui etaient inmanquablement reglees comme du papier a musique : 3 questions de 5 minutes chacune avec parfois 3 minutes de rab et au bout de tout ca, sa regle en fer atterissait invariablement sur son bureau dans un fracas epouvantable, et gare a celui qui dans la seconde suivante avait toujours son stylo posee sur la feuille. Ca aurait pu valoir 3 jours de trou, mais voila, on etait a l'ecole. Pourquoi je vous parle de ca maintenant, au fait ? Peut-etre parce que je trouve que les programmes d'histoire etaient (sont toujours, je ne sais pas ?) tres mal faits. Je ne me souviens pas d'avoir appris la moindre information sur un autre pays que la France pendant un cours d'histoire. Certes, je me suis arrete au BAC, mais jusque la combien ont souffert de se coltiner les lecons sur la prehistoire, sur les Goths et les Wisigoths, les Huns, le moyen-age, le calvinisme, et j'en passe (de toute facon je ne me souviens de rien). L'histoire du Monde et la place de la France dans celle-ci ne serait-il pas un beau sujet, meme pour des eleves attardes de seconde ou de premiere dont je faisais partie ? Si quelqu'un connait un gus au ministere de l'education, il peut toujours me repondre.

Le Cambodge. On sait peu de choses du Cambodge prehistorique (c'est ici que j'aurais du etudier l'histoire, tiens ...). Il y a 6000 ans, une vaste superficie du pays etait sous les eaux, d'ou la richesse de la terre actuelle des regions telles que le Delta du Mekong. Des decouvertes archeologiques prouvent en tout cas qu'en l'an 1000 avant JC, les habitants vivaient deja dans des maisons sur pilotis et se nourissaient de poissons et de riz. L'indianisation du cambodge debuta probablement avec l'installation de comptoirs commerciaux le long de la cote meridionale du pays, l'actuel Vietnam. Un royaume important occupait la region, le Funan. Entre le 1er et le VIIIeme siecle, le Cambodge etait alors compose de petits royaumes dont le Funan faisait partie. Comme celui-ci avait un acces a la mer, il a joue probablement un grand role dans la diffusion de la culture indienne dans le pays. Des temoignages de source chinoise montrent qu'a l'epoque, la Cambodge venerait Vishnu et Shiva, deux dieux importants du pantheon hindoues, mais pratiquaient aussi le bouddhisme. A partir du VIeme siecle, l'importance maritime de l'empire du Funan declina et la population se concentra alors dans le Delta du Mekong et autour du lac Tonle Sap, ce qui est toujours la cas aujourd'hui. Ce fut l'epoque dite "Chenla". Bientot, la region gagna en cohesion et les differents royaumes formerent alors le plus grand empire du Sud-Est asiatique. Nous arrivons a la periode d'Angkor ... de 802 a 1431, date de la chute d'Angkor, plusieurs rois se succederent a la tete du royaume. Ceux-ci, d'obedience hindouiste ou bouddhiste, creerent alors des edifices selon leurs croyances, ce qui explique les different styles presents dans les temples extraordinaires de la region, dont les plus fameux se trouvent a la sortie de Siem Reap, a l'Ouest du pays. Le plus celebre d'entre eux, Angkor Wat, fut contruit sous le regne de Suryavarman II, qui demeura sur le trone de 1112 a 1152 et reste le plus grand monarque et le plus grand batisseur khmer (et accessoirement plus grand videur des caisses de l'état ...) avec Jayavarman VII, qui regna lui de 1181 a 1219. Pour bien comprendre l'importance du pays, il faut se souvenir qu'a l'epoque, l'empire khmer comprenait le Cambodge actuel, bien sur, mais aussi le sud du Vietnam (l'equivalent de la Cochinchine, le centre etant alors le royaume du Champa et le nord le Dai Viet), la Thailande et le Laos. La chute d'Angkor s'expliquerait par d'une part la lassitude de la population a toujours payer plus d'impots (tiens, deja a l'epoque?) pour le seul prestige du monarque, d'autre part par des problemes d'irrigation dus a des deforrestations trop massives dans des regions surpeuplees, et enfin par l'epuisement des carrieres de gres de la region. Par ailleurs, le royaume d'Ayuthaya (que je ne vous presente plus) prenant de l'importance, faisait frequemment des incursions en pays khmer. Ce fut alors une periode de 150 ans de guerre incessante entre les khmers et les thais. De 1600 a l'arrivee des francais, en 1863, le Cambodge fut dirige par une succession de rois qui durent demander protection soit au Vietnam soit a la Thailande, au gre des conflits ... et bien entendu de leurs propres interets. Ainsi, le Cambodge autorisa une presence Vietnamienne dans la partie meridionale du pays, dans le Delta du Mekong, car la femme du monarque de l epoque etait vietnamienne. En 1864, la France imposa un traite de protectorat au roi d'alors, Norodom 1er. L'independance du pays fut declaree par Norodom Sihanouk en 1953 et reconnue par la conference de Geneve de 1954. Malgre sa crainte des communistes nords-vietnamiens, Sihanouk voyait alors a travers la Thailande et le Vietnam deux allies serieux contre les Etats-Unis, dont il se mefiait. Ngo Dinh Diem, president fantoche du Sud-Vietnam avait ete assassine en Novembre 63, deux semaines avant Kennedy, a l'instigation de militaires de haut-rang et bien entendu avec l'aval des plus hautes autorites americaines, meme s'il semblerait qu'a la Maison Blanche a l'epoque, tous ne soient pas sur la meme longueur d'onde quant a la conduite a tenir le concernant. En 1965, Sihanouk (dont la veste doit etre bien usee a l'heure qu'il est, a force d'avoir ete retournee un peu dans tous les sens), rompt les relations diplomatiques avec les Etats-Unis qui avaient pourtant participe de maniere substantielle au budget militaire du pays, et il declare la neutralite du Cambodge (rappelons qu'a cette periode, la guerre du Vietnam est en train de couver), et choisit le camp du Nord-Vietnam et des communistes, et donc de la Chine. Il autorise l'armee nord-vietnamienne et le Viet-Cong a utiliser le territoire cambodgien. L'exasperation de toutes les classes sociales a son egard et malgre le fait que le pays le considerait (et le considere toujours) comme un demi-dieu, une revolte rurale explose en 1967, obligeant Sihanouk a adopter une politique de repression particulierement dure. En 1969, la situation politique de Sihanouk devint intenable, car hormis ses multiples hesitations et ses revirements, sa passion pour le cinema (et parait-il pour les femmes, amis chut .... sujet tabou ...) n'arrangeait rien. En 1970, au cours d'un voyage en France, sur la Cote d'Azur, ou il avait une residence, il est renverse par le general Lon Nol avec l'appui tacite des americains. Sihanouk s'exile alors a Pekin, ou il etablit un gouvernement en exil sous le controle d'un mouvement revolutionnaire qu'il nommera lui-meme khmer rouge. Lui, le demi-dieu, enfantant et encouragenant un mouvement qui allait engendrer une des plus cruelles et des plus sanglantes repressions du XXeme siecle .... Les khmers rouges, mouvement issu des classes sociales defavorisees et surtout de la paysannerie, profite de cet appui pour attirer de nouvelles recrues. Pendant ce temps, Lon Lon exige le retrait des troupes vietnamiennes de son pays. Le 30 Avril 1970, les forces americaines et sud-vietnamiennes envahissent le Cambodge dans le but de chasser les 40000 soldats nord-vietnamiens et viet-congs. En Juillet 1970, les vietnamiens s'emparent des temples d'Ankgor, ultime humiliation quand on connait l'attachement des cambodgiens a ce site sacre. Les combats font rage pendant plusieurs annees, et le regime corrompu du general Lon Nol poussa les khmers rouges a accentuer encore la pression sur celui-ci. En Avril 1975, Lon Nol s'enfuit a l'etranger. Le 17 Avril, deux semaines avant la chute de Saigon, les khmers rouges entrent dans Phnom Penh .... alors l'enfer commence. Les khmers rouges mettent en place un systeme jamais realise par aucune societe jusqu'alors. Les villes sont videes de leurs habitants, Phnom Penh devenant une ville-fantome. Des millions de cambodgiens sont pries de quitter leur maison, "simplement pour quelques jours, n'emmenez que le strict necessaire" (sous le pretexte qu'un bombardement americain va avoir lieu) et se retrouvent alors pour un exode et une cohue indescriptibles sur la route, les membres d'une meme famille etant parfois separes tant le flux de personnes est enorme. En toute, on abandonne velos, voitures (c'est devenu tres suspect d'avoir une voiture), sacs trop encombrants ... cela dure des jours, et personne n'a alors idee de l'endroit ou on les emmene. Puis c'est l'installation "a la campagne", dans des camps ou on est etroitement surveilles. Les biens sont confisques (argent, montres, bijoux) et sont recuperes par "l'Angkar", l'organisation. Commence alors une veritable epuration : Tous les anciens ayant appartenu au regime de Lon Nol sont bien entendu executes dans les heures qui suivent l'entree des khmers rouges dans Phnom Penh. Les medecins, les professeurs, les intellectuels, de maniere generale tous ceux qui portent des lunettes (consideres comme intellectuels) sont emmenes a quelques pas du village sous un pretexte quelconque. On ne les revoit jamais. Les ecoles sont supprimees, le droit de culte egalement, l'argent est aboli. Des seances d'auto-critiques sont organises dans chaque village, devant tous les habitants reunis pour l'occasion, et les interrogatoires sont nombreux et sans concessions. Tout le monde doit travailler au champ, enfants et malades compris, parfois 12 ou 14 heures par jour. La nourriture n'est pas suffisante, alors on meurt de faim, partout dans le pays. A partir de 1973, une veritable epuration a egalement lieu dans les rangs communistes eux-memes, a l'image de la prison de Tuol Sleng (plus connue sous le nom de S21, et mis a l'ecran l'annee derniere par Rithy Panh), qui servira de centre de torture pour des gens (parmi eux de nombreux cadres communistes) a qui on demandait de reconnaitre des mefaits imaginaires, et a reconnaitre des "idees contre-revolutionnaires" (et il en fallait peu ...). Une fois que les "aveux" etaient complets et les depositions signees, on les emmenait alors au champ de "Choeung Ek" afin de les executer a coup de matraque au bord du trou, les balles coutant trop cher. Au yeux de Pol Pot, les khmers rouges n'etaient pas un mouvement unifie mais plutot des factions qu'il convenait d'epurer. Rajoutons a cela une bonne dose de parano, et vous avez une machine infernale.

J'ai lu plusieurs bouquins sur tout cela, dont un ecrit par le specialiste incontestable et inconteste du Cambodge, David Chandler. Il decrit les mecanismes intellectuels qui ont pousse les dirigeants khmers rouges a ouvrir la prison S21 et a supprimer tous ces gens qui n'avaient rien a se reprocher, c'est une etude vraiment tres interessante et fort bien documentee. Il faut egalement lire des temoignages de gens qui sont revenus de l'enfer khmer rouge (non pas de la prison, je crois qu'il n'y a pas plus de 5 personnes qui en sont ressorties vivantes).

En Janvier 1979, le Vietnam libere (ou envahit, c'est selon ...) le Cambodge, mettant fin a presque 4 ans de massacres et de famine. Sur une population d'un peu plus de 7 millions d'habitants en 1970, on estime a entre 1,7 million et 2 millions (certains cambodgiens parlent de 3 millions) le nombre de morts dus au regime khmer rouge, soit plus du quart de la population : Morts de faim, executions, disparitions. Tout cela aux yeux du monde entier et en particulier des Nations Unis. Assez curieusement, bon nombre de dirigeants khmers rouges avaient recu une formation de professeur ou d'instituteur. Le celebre Dutch, qui dirigeait S21, etait prof de maths et de nombreux autres enseignaient dans les ecoles du pays, et beaucoup d'entre eux avaient use le fond de leur culotte sur des bancs d'ecoles francaises ou ils etaient venus etudier, et pas toujours le marxisme-leninisme comme je l'ai dit plus haut. La guerre civile prit fin ici dans les annees 90, sous la houlette de l'Apronuc (Autorite PROvisoire des Nations Unies pour le Cambodge), qui eut neanmoins un comportement pour le moins ambigu, et qui reagit en tout cas bien tardivement, c'est le moins que l'on puisse dire.

Qu'en est-il aujourd'hui de cette periode douloureuse ? Certains attendent legitimement un proces qui traine a se mettre en place. On attendait les fonds necessaires a sa tenue, c'est je crois chose faite. J'ai lu la semaine derniere dans "Cambodge Soir", un quotidien en langue francaise, que le Japon venait de verser les 21 millions de dollars qu'il avait promis. Certains prefereraient une sorte de debat de "reconciliation nationale", afin de mettre les choses a plat une bonne fois pour toutes, mais de nombreux anciens khmers rouges sont aujourd'hui tres proches du pouvoir en place. Ce qui est sur, c'est que le peuple khmer a grand besoin de justice, d'autant que certains doivent maintenant vivre a cote de leur ancien tortionnaire ...

Allez, un peu de ciel bleu, maintenant. Mon arrivee hier dans le ciel cambodgien :






Phnom Penh, 2 Janvier - Ciels !

La temperature du Cambodge a endormi mon neurone, je le laisse donc en paix un moment, le temps qu'il se refasse une sante. Ce matin, j'etais assis tranquillement sur le rebord du parapet qui borde le fleuve Tonle Sap, un des cours d'eau qui traverse la capitale cambodgienne (le Mekong est a quelques encablures, ainsi que le Bassac) et je contemplais une fois de plus le ciel qui etait d'une magnificiance incroyable. Il semblait etre compose d'une fine couche de creme chantilly, d'un blanc si pur que j'avais tres envie d'y rajouter de la confiture de groseille dedans et d'y plonger les doigts. Les nuages semblaient comme etires par des mains invisibles dans des contorsions bizarres, partant ca et la en derapage incontrole, montant au loin toujours plus haut en une onde courbee parfois tenduee a la limite du possible, parfois distendue et eclatant en autant de filements, offrant a mes yeux une vision d'apocalypse etrange. Je fus arrache a ma contemplation par Sok, un cambodgien d'une soixantaine d'annees, qui parle ma foi admirablement bien le francais. Il m'a raconte comment au petit matin du 17 Avril 1975, il etait parti sur les routes avec tant d'autres, pousse par les fusils des khmers rouges qui lancaient des regards severes et menacants. Puis le camp a la campagne pendant 4 longues annees de penitence, la perte de parents, puis debut 1979 le retour a la ville dans une maison qui n'etait pas la sienne. la sienne avaitt ete Il m'a raconte comment le vietnamiens, qui sont entres pour "liberer" le pays et qui savaient ou se trouvaient les stocks de bijoux faits par les khmers, confiscation des biens de personnes du "peuple nouveau" (ainsi etaient appeles les gens deportes qui arrivaient des villes en opposition au "peuple ancien", gens pauvres des campagnes generalement soumis a la cause khmere rouge), et qui sont alles se servir avant de repartir chez eux, au Viet Nam. Nous sommes finalement alles prendre une soupe et avons partages nos sentiments sur l'evolution des moeurs au Cambodge, qui evoluent au gre des films retransmis par CNN ou d'autres chaines satellitaires. Puis il m'a invite chez lui, a partager son maigre repas. Il tenait beaucoup a me presenter a son fils d'une vingtaine d'annees, qui fait de la photo. Apres quelques echanges sur notre facon de voir le Monde, il m'a explique qu'une exposition d'art regroupant des photographes et des peintres venait juste de se terminer, il y exposait justement quelques travaux. En consultant la liste des personnes presentes a cette expo, j'ai vu un nom qui m'a interpelle : Vann Nath. Aussi je lui en parlais, et il m'a confirme ce dont je me doutais : Vann Nath est bien celui qui, de 75 a 78, a ete recrute par l'autorite khmere rouge pour peindre les atrocites du camp de torture S21, un des dix survivants de cet enfer encore en vie. Il m'a dit qu'a present, il devait avoir dans les 70 ans et que meme 25 ans apres, il ne pouvait toujours pas peindre normalement, il etait hante jour et nuit par des visions dont on s'imagine qu'elles doivent etre terribles. Et puis Sok m'a aussi explique sous quel pretexte, avant-hier samedi, on avait arrete le directeur du centre des droits de l'homme du Cambodge, Kem Sokha, au siege meme de son organisation. Et puis aussi pourquoi le principal opposant au regime corrompu de Hun Sen, premier ministre mais aussi ancien haut dignitaire khmer rouge, pourquoi cet opposant actuellement en exil en France (Sam Rainsy), a ete recemment accuse par le gouvernement de calomnie et a ete condamne a 1 an1/2 de prison (il vient d'envoyer sa lettre de demande de grace au nouveau roi, Norodom Sihamoni, le fils de Norodom Sihanouk).

Devant regler un probleme de visa pour le Viet Nam, je suis parti apres dejeuner mais avons promis de nous revoir le lendemain. Je suis sur d'apprendre encore beaucoup de choses sur le Cambodge ...

Quelques photos prises hier et aujourd'hui. Mon ami Benoit, s'il regarde ce blog de temps en temps, reconnaitra dans un petit coin de la deuxieme photo la maison de son enfance ....

Phnom Penh, 3 Janvier - Sans commentaires

Toujours a Phnom Penh, le temps que mon probleme de visa pour le Viet Nam se resolve. J'avais demande un visa pour le 25 janvier, afin d'aller feter le TET avec mes amis, mais on m'a fait savoir a l'agence ou j'avais depose mon passeport qu'a l'ambassade ils "avaient trop de travail" et que le visa partait a partir du 3 Janvier. Aujourd'hui. Mauvaise pioche. Je leur ai donc dit qu'ils n'avaient pas fait leur travail, que ce visa ne me servait a rien et que donc je ne paierai pas. Retour du passeport a l'ambassade (fermee hier a cause des fetes, parait-il) , et en principe je le recupere demain. En attendant, visite ajourd'hui de la prison S21. Je vous donnerai quelques infos un autre jour sur le fonctionnement de cet ancien lycee reconverti en centre de torture pour les besoins de la cause khmere rouge, pour aujourd'hui je me contenterai de quelques photos qui de toute facon parlent d'elles-memes et diront bien mieux que moi ce qui s'y est passe durant le regne de "Pol Pot et de sa clique", pour utiliser le terme employe ici.

Photo de gauche : Une des salles d'interrogatoire (le centre en comptait une petite dizaine)

Photo de droite et suivantes : Prisonniers ...





Phnom Penh, 4 Janvier - S21, fin - 1 mariage, 2 anecdotes et beaucoup de pauvrete

Je reviens rapidement sur S21. Le camp comptait 1720 employes. Cela allait du garde au cuisinier, en passant par le peintre, le menuisier, l'interrogateur, le bourreau, l'archiviste, etc. Il n'y avait pas de service medical, les soins (?) etaient donnes par des personnes non qualifiees et souvent des enfants. Les prisonniers du centre etaient bien entendu en majorite cambodgiens, mais aussi australiens, anglais, canadiens, pakistanais, indiens, americains, neo-zelandais, vietnamiens, laotiens. Il s'agissait d'ouvriers, de fermiers, de professeurs ou instituteurs, d'etudiants, de techniciens, d'intellectuels, et meme d'anciens ministres et de diplomates. Generalement, la famille complete du suppose coupable etait "raflee", du plus petit au plus grand, y compris les bebes (dont le traitement etait particulier, mais je ne le detaillerai pas ici), et etait exterminee apres que leurs membres eurent fait des depositions qui allaient dans le sens de ce que l'Angkar souhaitait entendre. Lorsque les vietnamiens entrerent dans le camp en janvier 1979, ils trouverent un certain nombre de documents dont les registres comportants le nom des prisonniers ainsi que de nombreuses depositions. Tous ces prisonniers etaient gardes par des agents de securite, filles et garcons, qui etaient ages de 10 a 15 ans. Il est donc clair que certains momes etaient conditionnes des leur plus jeune age avant d'etre selectionnes par les khmers rouges pour effectuer ce sale boulot. Et ils etaient particulierement cruels. On estime a 1500 le nombre moyen de prisonniers presents au centre, et la duree d'emprisonnement depassait tres rarement 4 mois. Certains prisonniers politiques furent enfermes entre 6 et 7 mois, et je rappelle qu'il y a eu moins de 15 survivants a S21 sur les 17000 estimes a y avoir ete tortures. Avant d'etre enfermes dans des cellules communes ou individuelles (ces dernieres font 1 m sur 2), avec des fers au pied, les prisonniers etaient photographies et le detail de leur biographie etait enregistre ainsi que la date de leur arrestation. Ils dormaient a terre, sans matelas ni moustiquaire ni couvertures. Rien. On les levait a 4h30, ils etaient fouilles, puis apres quelques exercices matinaux (les pieds toujours attaches aux barres de fer), ils retournaient en cellule. Les interrogatoires pouvaient commencer, avec une mise en scene que je ne souhaite pas non plus detailler ici.

Hier soir, j'ai dine chez Sok en presence de sa famille, ce fut un repas tres sympatique, j'ai eu droit a un petit echantillon de la cuisine cambodgienne : Grenouilles au gingembre, soupe de porc et pommes de terre, boeuf au soja, et tofu servi avec une sauce excellente. Avec Sok nous sommes devenus inseparables, et nous nous sommes revus ce matin pour une soupe sur les quais. Il m'a presente Jacques, retraite francais vivant a PP depuis maintenant 3 ans, chez qui j'ai ensuite ete invite a boire un coup. A cette occasion, j'ai eu droit a quelques anecdotes : L'ouvrier cambodgien appele pour poncer une porte qui frottait sur le sol et qui, par manque d'outils et profitant de l'absence de Jacques, se sert du .... hachoir a viande pour raboter la porte. Le meme ouvrier qui, voulant a tout prix etre l'heureux elu pour realiser les travaux que Jacques souhaitait entreprendre chez lui, lui propose un devis a 400 dollars ..... sans avoir jamais eu connaissance de la nature des travaux a effectuer.

Ce matin, il y avait un mariage non loin de mon hotel, j'ai donc essaye d'en savoir plus sur ces ceremonies. Les mariages traditionnels sont arranges entre familles, mais cela tend a disparaitre, comme un peu partout d'ailleurs. Au Cambodge, et contrairement a l'Inde avec la dote, ce sont les parents du fils qui doivent rassembler de l'argent pour l'offrir a la famille de la future epouse. La somme de 2000 ou 3000 dollars peut etre atteinte, ce peut etre parfois beaucoup plus pour les familles tres riches, voire parfois rien du tout pour les plus demunis. Le mariage commence le premier soir, en compagnie de bonzes, et il y a generalement de la musique et des petites scenetes sont jouees. On offre alors un peu d'argent, en fait souvent le prix du repas (environ 10 USD). Puis le lendemain, des 5 heures du matin, les invites commencent a arriver, car on se reunit dans la famille de la mariee avec la sono reglee sur "Max" (c'est du vecu) et on partage le dejeuner. C'est le moment des cadeaux, qui peuvent tout simplement prendre la forme d'une corbeille de fruits. Plus tard vient la seance photos, puis les maries partent au restaurant pour accueillir les invites pour le repas du soir.

Le Cambodge est pour le moment le seul pays ou je vois des gamins attendre que les touristes se levent de table pour se precipiter et piquer la rondelle de tomate negligemment oubliee sur le bord de l'assiette ou pour sucer l'os sur lequel il reste un malheureux bout de viande. Ici a Phnom Penh, il n'y a absolument rien pour occuper les enfants pendant leur temps libre : Pas de centre de loisirs, pas de piscine, pas de stade, et le cinema est cher. Alors certains tombent dans le desoeuvrement le plus total, et se donnent par exemple rendez-vous chez le reparateur de mob pour sniffer, quand ce n'est pas pire, et tout ca a deux pas du marche central. Sur le bord du Tonle Sap, j'avais ete tres etonne quand j'etais venu la premiere fois me balader le matin a la fraiche, de croiser un petit cambodgien aux cheveux blonds ... Sok m'a explique que la nuit, certaines femmes viennent ici se prostituer contre une somme derisoire, il m'a parle de 2000 ou 3000 riels, ce qui ne represente meme pas un dollar. Ce petit blondinet serait donc ne d'une relation de cette nature. Moi-meme, quand je profite de la fin de journee au dessus du fleuve, je suis regulierement aborde par de charmantes khmeres qui entament d'abord la conversation sur des sujets divers avant de me faire comprendre qu'elles ont tres faim et qu'elles peuvent se devouer pour un "massage boum boum" ... mais je ne suis pas un bon client pour ce genre d'activites !

Kampong Cham, 5 Janvier

(Photos sans rapport avec le texte suivant)

Me voici enfin parti de Phnom Penh, apres avoir recupere mon passeport hier. Un derniere balade sur le quai Sisowath, au cours de laquelle j'ai pu constater que des la fin de l'apres-midi, cet endroit concentre presque tout ce que la terre entiere peut produire en terme de population : Des vendeurs de ballons a l'air persuades qu'ils n'en vendront pas un seul de la soiree, des femmes portant des enfants - pas forcement le leur - pour quemander le sou, des handicapes venant la pour les memes raisons, des gamins de 4 ou 5 ans portant des enfants encore plus jeunes dans leurs bras (Sir, miam miam ...), un touriste interessant (je crois malheureusement qu'il est bien de chez nous), pantalon vert bouteille avec maillot marron clair tres pres du corps, pour bien voir son marcel, la veste savamment posee sur l'avant-bras (ca se rafraichit un peu le soir, il ne fait plus que 30 degres a 22h), chaussures blanches. Bras legerement ecartes du corps, les epaules entrainees dans un balancement tres travaille, au cas ou les filles aient encore des doutes. Sortant soudainement son peigne de sa poche arriere pour tenter de ramener quelques cheveux vers l'avant, histoire de cacher l'incachable, tout en tournant la tete de gauche et de droite pour voir si on le remarque. Ben ouais, on le remarque, ca pour le remarquer on le remarque. Il ne lui manque que la demarche a la Aldo, mais on sent qu'il n'en est pas tres loin .... Et puis il y a aussi des etudiants qui viennent profiter de la presence d'etrangers pour pratiquer leur anglais ou leur francais (le Cambodge est sense etre francophone), des jeunes enfants proposant des boissons ou des bouquins mais qui restent parfois plus de 30 mn assis a papoter avec des touristes, 2 autres enfants, hilares, qui font "hello"a tout le monde avec un sourire a se decrocher la machoire, un original deguise en gardien de parking, costume gris, casquette et badge assorti, qui joue du sifflet avec virulence histoire de jouer le role qu'il reve peut-etre d'avoir, tout ca sous le regard amuse d'un public se regalant de telles frasques, des enfants encore, sales et debrayes, sac de colle a la main, 2 touristes sortant d'un hotel de luxe regardant precautioneusement ou ils mettent les pieds, les yeux rives au sol (c'etait bien Phnom Penh ? Euh ... oui, on en a profite pour choisir le carrelage de la salle de bains), des khmers nonchallants venus prendre le frais, des jeunes filles par groupe de 3 ou 4, qui ont l'age de la prise de conscience de leur seduction et qui viennent voir si ce que l'on dit c'est vrai, une touriste en mal de male et reluquant les hommes seuls (ca m'a fait drole, j'avais l'impression d'etre le dernier modele de chez Toyota expose dans une vitrine), un elephant transformiste deguise en panneau publicitaire, un grand costaud qui rentre de son footing, des femmes se deplacant sur de hauts-talons et regrettant visiblement de ne pas plutot avoir achete des tongues (c'est moins classe), un grand deglingue si deglingue qu'on a l'impression qu'il va trebucher a chaque pas, des hommes marchant cote a cote et se tenant la main, comme c'est la coutume en Asie pour les bons amis, et une diseuse de bonne aventure qui certains jours doit l'avoir mauvaise.

Photo d'une maison traditionnelle dans la campagne cambodgienne

Kampong Cham, 6 Janvier - Chaud devant

Arrive hier a Kampong Cham, j'ai decide d'y rester une journee de plus apres la balade que j'ai faite hier avec Tra, un khmer rencontre en descendant du bus. Il m'a loue sa becane, j'ai pu ainsi passer une journee encore extraordinaire. Apres avoir pris ce qu'il appelle le ferry, en fait 2 bateaux mis cote a cote et relies par des planches de bois, je me suis rendu sur l'ile voisine. De magnifiques maisons y sont construites, et les nombreuses petites routes qui serpentent sur l'ile sont toutes plus sympatiques les unes que les autres . Eucalyptus, manguiers, jacquiers, bambous, kapokiers, bananiers jalonnent longent les champs de tabac qui se perdent dans le lointain, jusqu'aux cours d'eau, nombreux, qui m'obligent a suivre un chemin bizarre, a tel point que je decide de me perdre et de voir plus tard, quand ce sera l'heure de rentrer. Je tombe finalement sur un village de pecheurs avec une petite mosquee en plein milieu. Je decide de m' y arreter un moment, et bien sur je suis petit a petit entoure de gamins. Je commence d'ailleurs a me demander si je ne vais pas m'acheter une methode de khmer, car je suis frustre de ne pouvoir echanger ne serait-ce que quelques mots avec les gens qui me recoivent ou m'abordent toujours si gentiment. Au Cambodge, 80% de la population habite en milieu rural. Jusqu'a present, je n'ai vu aucun engin a moteur dans les champs. Ici, c'est le domaine du boeuf ou du buffle et de la bonne vieille herse sur laquelle le paysan est juche, ainsi que du cheval et de la carriole. Les chevaux, de petite taille, portent au niveau du cou un collier plat sur lequel est attache une pointe servant a planter ce qui ressemble a un plumeau avec parfois un pompon qui se balance de gauche et de droite au rythme de l'animal. Dans les champs, une herse a peigne est egalement utilisee, semblant parfois venir tout droit de l'heritage d'un aieul desormais oublie. Malgre le fait que les cours d'eau soient relativement loins des maisons, ici tout le monde a sa barque a portee de main, preuve que la saison des pluies doit etre terrible dans la region. Il a d'ailleurs beaucoup plus la nuit derniere (encore un message code pour Doro), mais juste une nuit, et j'ai pu constater comme il etait parfois difficile de maintenir la becane dans le droit chemin. Tiens, par curiosite, vers 14 heures, j'ai mis mon reveil-thermometre (que j'avais demande avec seche-linge incorpore mais le modele etait malheureusement epuise), je l'ai mis au soleil, sachant qu'il faisait deja 33 dans ma poche (droite, demain j'essaie la gauche, pour voir). Ca affichait 46 degres.

Jeune fille au village musulman et plantations de tabac derriere une riziere


Kratie, 8 Janvier

Je ne suis arrive qu'hier dans cette bourgade de 80000 habitants qui borde le Mekong et deja, j'ai des images plein les yeux et des souvenirs plein la tete. Ma rencontre avec des moines bouddhistes hier, avec lesquels j'ai passe une partie de l'apres-midi, fut des plus enrichissantes.

Cette region est relativement peu frequentee, seulement par quelques voyageurs qui veulent se rendre au Laos, a 300 km plus au nord, et qui passent l'apres-midi ici, histoire de faire une halte entre Phnom Penh et la frontiere. Cela peut etre egalement l'occasion d'aller faire des papouilles sur le museau des derniers dauphins d'Irrawaddy, espece menacee d'extinction, et dont 80 a 100 representants vivent dans le Mekong, a une trentaine de km de la ville. J'ai prevu ca pour demain matin.

Desole, ce soir, je donne pas mal dans le "coucher de soleil sur le Mekong" ... mais la tentation etait trop forte. Je suis sur que ces bien jolies couleurs vont vous apporter un peu de chaleur, il parait que vous en avez besoin.

Quelques mots sur le roi actuel du Cambodge. Son nom est Sihamoni, qui viendrait de SIHAnouk (son pere) et MONIque (sa mere). Avant d'acceder au trone, il y a je crois six mois, celui-ci etait ... danseur classique. J'avais d'ailleurs lu un article dans le journal qui racontait qu'il n'etait pas tres chaud pour monter sur le trone, mais sous l'insistance de son pere ... Je reviendrai plus tard sur la passion de Sihanouk pour le cinema, car c'est assez cocasse.

Phnom Penh, 17 Janvier - Retour du Ratanakiri - Ecrit en partie le 11 janvier (extrait de mon carnet de voyage)

Lever a 5h30 douche froide, et direction le resto de Mr Tang, khmer d'origine chinoise ayant vecu 2 ans en France en tant que cuisinier. Ses plats sont delicieux, son petit dejeuner ma calera surement l'estomac. Il me signale qu'un bateau part tous les matins pour l'extreme Nord-Est du Cambodge, a Siem Pang exactement. J'avais prevu de partir en taxi collectif pour Ban Lung, mais je me decide au dernier moment de sauter sur l'occasion, sans trop savoir comment ralier ensuite Ban Lung. Il est 7h30, me voici sur le rafiot, seul touriste parmi les cartons de victuailles, les sacs de fruits et de legumes divers, quelques sacs de ciment poses sur le fond et servant de siege ou d'accoudoirs aux personnes installees a l'avant du bateau, un caisson frigorifique qui n'a plus de frigorifique que le nom mais surement plus la fonction (quoique ...), un carton de cigarettes "Alain Delon, Best Tobacco". Si notre Alain national est la reference de la France au Cambodge, je commence a comprendre pourquoi la francophonie se porte si mal ici ....

Un moine contemplant une montre magnifique, visiblement objet d'un achat recent mais surement destine a un cadeau (un des fondements de la philosophie bouddhiste n'est-elle pas le renoncement a tout desir materiel ?), des familles aux enfants souriants et encore un peu endormis, un autre moine arrivant au dernier moment avec un attache-case (et me faisant speculer sur son contenu). Et une ventouse. Une ventouse, c'est quelqu'un qui vous tient la jambe pendant des heures sans se demander si ce qu'il vous dit vous interesse. Apres qu'il m'eut dit au moins 50 fois "America, France, similar", je decide de lui faire comprendre que "ben nan, pas vraiment", mais il remet ca. Je me tourne alors pour essayer d'avoir un peu de tranquillite, mais il continue a parler. Je me plonge alors dans mon carnet de route et ecris, ecris, ecris ..... il finit enfin par decrocher, peut-etre epuise par ces longues heures d'incontinence verbale. Pendant ce temps, le bateau remonte le fleuve a contre-courant, evitant les fremissements de l'eau annoncant des rochers affleurant la surface. J'apprendrai ensuite que pendant la saison seche, le pilote du bateau est oblige de confier la barre a un pecheur de la region, sense bien mieux connaitre les pieges a eviter. Cependant, tout au long de cette journee merveilleuse, notre pilote fera montre d'une grande dexterite.

Soudain, au loin, une frange d'eau fretillante barre tout le fleuve .... le pilote baisse le regime moteur, le bateau s'approche ..... on scrute les vagues .... le pilote repere un petit trou de souris, laisse le bateau deriver doucement de travers, puis redresse doucement la barre pour remettre le bateau dans le sens de la marche. Je me retourne, regarde le pilote, echange de sourires .... il a l'air de prendre plaisir a se jouer des pieges de Dame Nature. Tout le voyage se deroule dans une atmosphere bon enfant, quelques personnes montent et descendent au gre des villages que l'on devine plus que l'on ne voit, au dessus des berges. Une mere cherche les poux dans la tete de sa fille, et visiblement elle en trouve. Qu'elle depose delicatement sur le fond d'une gamelle.

Plus tard, la meme femme ouvre une boite en plastique et en sort une feuille de betel, qu'elle pliera soigneusement pour mettre dans sa bouche apres l'avoir badigeonne d'une pate blanche, accompagnee d'une noix de ce meme betel. Sa petite fille de 6 ou 7 ans l'imitera quelques minutes plus tard. Le paysage se deroule sous mes yeux emerveilles ..... les bambouseraies sont luxuriantes, les longues tiges montant haut dans le ciel pour redescendre dans un panache de points jaunes et verts.

A la surface de l'eau, les vagues aux reflets argentes dessinent des motifs aux formes arrondies, me rappelant parfois les plis de la robe d'une danseuse de flamenco en etat de grace.

En fin de journee, nous assistons de loin, sur les bords du fleuve, a la toilette quotidienne des habitants de la region. Il est presque 17h30, et j'espere que l'arrivee est proche, car la nuit tombe et je me rememorre les histoires d'accidents sur le Mekong causes par les pilotes de bateau rapides un peu trop intrepides allant ecraser leur rafiot sur des rochers invisibles de nuit. 15 minutes plus tard, nous sommes arrives.

J'ai donc passe presque 10 jours dans la region qui s'appelle le Ratanakiri, dans le Nord-Est. Region poussiereuse que j'appele "la region des arbres qui pleurent", tant les forets d'arbres a caoutchouc sont nombreuses. Dans toute cette region, il n'y a pas d'eclairage public, a Siem Pang l'electricite fonctionnait de 18h a 21h en tout et pour tout .... Et surtout, les routes ne sont pas goudronnees. Je sortais de ma douche le soir apres m'etre frotte vigoureusement, mais la serviette n'en etait pas moins rouge quand je m'essuyais. Le soir, a la lumiere des phares de voitures ou de motos, la ville de Ban Lung semblait plongee dans un epais brouillard. Ce n'etait que de la poussiere ...

Je pars demain pour Pursat, point de depart pour une ville flottante qui a la particularite de ... ne jamais etre au meme endroit. En effet, selon le niveau du lac Tonle Sap (je reviens bientot sur l'etrange comportement de ce lac qui est un peu le poumon du Cambodge), la ville se trouve a quelque 35 ou 45 km de Pursat ...

Battambang, 19 Janvier - Une petite histoire et deux photos

Changement de programme ... a l'heure ou j'ai pointe mon museau hier matin, plus de bus. Et apres un examen attentif des jours qui me restent a passer au Cambodge, je decide de filer directement vers Battambang, retrouver une amie rencontree l'annee derniere, et le choix du mode de transport se porte vers le pick-up, que je n'ai pas encore essaye. Le voici donc avant le depart (tres exactement 2h15 avant ...) :

Quelques gamins, alertes par le son caracteristique de la cloche, s'approchent et annoncent ce qu'ils veulent. Le vendeur descend alors de son velo, deplie la bequille, puis se saisit d'une planchette sur laquelle est fixe a l'aide de 4 clous un petit bloc de glace. Il s'evertue maintenant a frotter le bloc sur rien de moins qu'un rabot plutot artisanal monte a meme le cadre du velo. La glace rapee ainsi obtenue est alors posee sur une planche puis aplatie avec la paume de la main, facon steak hache chez nos grand-meres (maintenant c'est une machine qui fait ca, comme quoi il y a de l'avenir pour celui qui inventera un jour prochain le couteau reglable a couper les deux cotes d'un haricot). Il lui enfile maintenant un batonnet puis, selon le choix du mome, il prendra 2 des 3 bouteilles de "colorant" (est-ce autre chose ?) qui sont posees contre le caisson frigorifique, lui-meme pose a l'arriere du velo, et versera un peu de leur contenu sur le morceau de glace, donnant a la chose une couleur jaune/rouge. ou vert/jaune, ou rouge/vert.

Il ne lui reste plus qu'a tendre cet objet de tant de convoitise au gamin aux yeux emerveilles pas tant de clinquant ....

C'etait sur le marche de Ban Lung.

Demain soir, je suis convie par un moine bouddhiste a aller animer une classe d'anglais, je lui ai promis que je viendrai. Ca va donner ...

Photos prises aujourd'hui :


Battambang, 20 Janvier - Le lac Tonle Sap et du bonheur, encore ...

Chose promise chose due, voici donc quelques explications sur le lac Tonle Sap (Tonle veut dire "lac" en khmer, mais le fleuve qui l'alimente porte le meme nom). Ce lac, le plus vaste d'Asie du Sud-Est, alimente en poisson et en eaux d'irrigation la moitie de la population cambodgienne, soit un peu plus de 6 millions de personnes. De la mi-Mai a debut Octobre (ce qui correspond a la saison des pluies), le niveau du Mekong augmente, refoulant les eaux du fleuve Tonle Sap dans le lac, inversant son cours vers le Nord-Ouest. La superficie du lac passe alors de 2500 km2 a 13000 km2 et sa profondeur passe de 2,20 m a plus de 10 m. En Octobre, lorsque le Mekong amorce sa decrue, le fleuve reprend son cours normal et draine ainsi les eaux vers le Mekong. Selon les specialistes, la migration des poissons du Tonle Sap vers le Nord contribuerait ainsi a repeupler les cours d'eau jusqu'en Chine. Il suffit de se pencher sur une carte de la region pour voir que c'est tout de meme assez impressionnant. Neanmoins, la deforestation et les barrages en amont menacent dangereusement cet equilibre devenu precaire. Le scenario qui prevoie l'envasement des parties les moins profondes du lac aboutirait a des consequences extremement graves pour le Cambodge, bien sur, mais aussi pour le Viet Nam voisin.

Journee fort sympatique aujourd'hui. La ville de Battambang, la deuxieme ville du pays en taille, est tres agreable et son ancien quartier colonial, ou je loge, lui donne une allure de vieille bourgade au charme un peu desuet.

Une amie m'a fait part il y a quelques jours de son etonnement quant au fait que je passais sous silence un des aspects les plus frappants du Cambodge : La gentillesse de ses habitants, leur sourire naturel, celui qui vient du coeur. Honte a moi .... et justement, c'est bien le risque quand on voyage dans un pays ou une region que l'on connait : Oublier l'essentiel, simplement ...

Alors pour me faire pardonner de cette impardonnable erreur (!), je vais laisser parler quelques photos prises aujourd''hui. Tous ces sourires, c'est aussi pour vous dire mon bonheur d'etre ici, de pouvoir prolonger mon sejour a Battambang de deux jours car j'en ai envie, simplement. Sachez que ces sourires vous sont egalement adresses, a vous qui me suivez depuis le debut dans ce periple. La cinquieme photo a ete prise a la sortie du cours d'anglais que j'ai anime a la pagode, en compagnie du prof habituel et du meilleur element de la classe, qui prend par ailleurs egalement des cours de thai.


Une petite derniere, pour la route : La vitrine du resto ou je vais manger de temps en temps (200 plats proposes ainsi que 45 milk-shakes aux fruits et 30 salades de fruits) :

Battambang, 21 janvier - Insolite, vous avez dit insolite ?

"Sur ma mob je suis bien", chantait le groupe Lili Drop au tout debut des annees 80, groupe dont personne ne se souvient a mon avis. Eh bien aujourd'hui, j'etais bien, sur ma mob ... parti tot ce matin pour profiter de la belle lumiere sur la campagne environnante, je fus litteralement scotche devant une scene pour le moins insolite : En traversant un village proche de l'axe Phnom Penh / Battambang, je vois quelques personnes reunies autour de quelque chose qui me rappele bien des souvenirs de vacances .... je freine et fais demi-tour pour m'assurer d'une part que je n'ai pas la berlue et d'autre part pour contempler le pestacle (oui oui, le pestacle). Le terrain de jeu s'etale a peu pres sur une quinzaine de metres de long pour a peine 2 de large. Les unes sont rouges, les autres sont grises, et le cochonnet n'est qu'un vulgaire ersatz : Deux capsules de bouteille qu'on enfonce de temps en temps d'un coup de talon et qui restent ainsi a la meme place tout au long de la partie, servant alternativement selon le sens du jeu. Et bien je te le dis, Pantoufles, je crois que j'aurais prefere rencontre l'equipe championne de Murato que cette equipe de khmers qui font des carreaux a tours de bras sitot que la boule est a moins de 50 cm de la capsule, et ca degage presque a chaque fois ! Les boules sont de la taille des boules lyonnaises, mais il s'agit bien de petanque ! Les villageois s'amusent de ma presence, et se doutent que je connais ce jeu car ils me voient surement ouvrir de grands yeux etonnes devant tant de technique.

Plus loin, je me retrouve au bout d'une chemin de terre. Un pecheur est la avec son fils, taquinant la bestiole dans un petit cours d'eau, alors je les regarde tous les deux avec curiosite. Le pere monte au filet, le fils compte les points .... et puis comme j'ai le temps et qu'ils me semblent bien sympatiques, j'aide le fiston a vider les deux filets que le pere ramene alternativement, avec a chaque fois 40 ou 50 poissons a l'interieur. Des petits poissons de la taille du pouce et semblables a de petites dorades, d'autres ressemblant a de petits poissons-chat (desole pour le pluriel de poisson-chat que je dois massacrer mais tant pis) et meme quelques crevettes. Vers 11 h, ils s'installent pour la pause dejeuner. Il a beau faire 32 a mon bouzin, ici c'est la saison fraiche, a;ors le fils enfile une sorte de blouson matelasse et rabat la capuche sur sa tete. Ils me proposent de partager leur repas, mais je refuse gentiment car la maigre pitance me semble deja bien juste pour deux ventres surement affames. Et puis bon, l'aspect de la sauce dans laquelle baignent les poissons ne m'inspire que tres tres moyennement, disons-le . . .


Je passerai ensuite la journee a decouvrir les nombreux villages qui bordent des cours d'eau planques sous les bambous et les eucalyptus.

Photos : La partie de petanque et les pecheurs


Battambang, 22 janvier - No comment















Siem Reap, 24 Janvier - Dans la demeure des dieux ...

Me voici donc a present tout proche de la demeure des dieux. Angkor Wat, Ta Prohm, Preah Khan, Bayon, Banteay Srei, autant de temples qui sont a l'image de ce qu'etait le royaume d'Angkor et representatifs de la puissance de ses monarques successifs. Le Ta Prohm, que j'ai de nouveau visite aujourd'hui, est probablement l'un des plus impressionants non pas par sa grandeur (on est loin de la demesure d'Angkor Wat) mais plutot par les traces bien presentes de la jungle epaisse qui devait le recouvrir lorsqu'il fut decouvert. Ici, ce sont les racines des arbres qui soutiennent les murs et rien d'autre. Ce temple bouddhiste fut construit vers 1196, et on a pu avoir quelques informations sur la vie de celui-ci a l'epoque grace a une inscription retrouvee sur place. Pres de 80000 personnes entretenait ce temple, dont 2700 administratifs et 615 danseurs. A present, les arbres, vieux de plusieurs siecles, ressemblent a des monstres tentaculaires posant leurs grosses pattes sur les murs teintes de rose et envahis par endroit par un lichen qui doit se regaler d'avoir autant d'espace ...


Siem Reap, 25 Janvier - Noms d'oiseaux

Streblus Asper, Syzygium Bracteatum, Pannari Annamensis, Nephelium Hypoleucum, Casia Siamensis, Dyospiros Decandra, Strychnos Nux-Vomica, et j'en passe ...... Allez, c'est bon, vous pouvez refermer le Vidal que votre grande-tante vous avait offert pour vos 15 ans en esperant que vous feriez medecine ! Si vous etiez deja plonges dans le "Grand Atlas des oiseaux du Monde", vous pouvez egalement le ranger, il ne vous servira a rien. Toutes ces appelations sont les noms de quelques-unes des essences presentes dans la foret qui entoure les temples angkoriens. Du Strychnos Nux-Vomica on extrait la strychnine, du Streblus Asper on fait du papier, le Dyospiros Decandra sert apparement a traiter le ver solitaire ...

4 temples visites aujourd'hui : Le Ta Som, repute pour son arbre qui entoure la porte Est de facon tres caracteristique. Le Bayon (photo ci-dessous), situe en plein centre de la vaste cite d'Angkor Thom, est connu pour ses 216 visages qui representeraient le roi Javayarma VII dont j'ai deja parle plus haut. Le Banteay Kdei, assez peu visite mais meritant vraiment un coup d'oeil pour ses bas-reliefs plutot bien conserves, et le Preah Khan, 2eme merveille des merveilles apres Angkor Wat que je retourne voir demain.


Siem Reap, 26 Janvier - Pas de bol ...

Journee maussade au dessus des temples d'Angkor aujourd'hui, je me suis donc leve a 5 h pour rien, le lever de soleil fut insignifiant. J'en ai profite pour observer nos amis japonais. Seraient-ils narcissiques ? Je ne pense pas, mais alors pourquoi ne peuvent-ils pas prendre UNE photo sans etre dessus ? Quand un japonais prend son pied le matin, ce n'est pas pour travailler en faible luminosite et faire des poses longues comme on pourrait le croire, mais bien pour se tirer le portrait devant tous les coins et recoins possibles et inimaginables de tous les sites qu'il visite. Notre ami japonais est egalement facecieux : Il aime a faire le "V" de la victoire pour les photos, et a faire aussi toutes sortes de grimaces ou de contorsions bizarres, pour bien montrer qu'il s'eclate.

Details du temple d'Angkor Wat :

Phnom Penh, 27 Janvier - l'EFEO

Ce matin, avant de quitter Siem Reap, je suis passe devant l'EFEO (Ecole Francaise d'Extreme-Orient) qui avait en charge, avant la guerre civile, la restauraton des temples d'Angkor. Comme j'avais quelques questions qui me taraudaient, je suis alle aux informations. J'ai rencontre Edwige, chercheuse en place depuis 3 ans au Cambodge, qui travaille actuellement sur une these doctorante sur la civilisation angkorienne.

Je voulais donc vous faire partager ces quelques infos, glannees son seulemet aupres d'elle mais aussi aupres de differentes personnes rencontrees au cours de mon periple au Cambodge :

- Apres la guerre civile, ce sont les indiens qui ont les premiers recupere la restauration du site d'Angkor. Ils en ont ete evinces sous la pression de certaines personnes (les francais n'y etaient pas etrangers), car nos amis du sous-continent asiatique semblaient avoir adopte des methodes peu orthodoxes, tel que le nettoyage des pierres du temple d'Angkor Wat avec des produits acides .... cela faisait des annees qu'ils tentaient de revenir, et ils y ont reussi apres des negociations qui se sont deroulees au plus haut niveau du gouvernement, et tout le monde sait ce que cela veut dire. L'Inde a ainsi tres recemment recupere les travaux de restauration du Ta Prohm (le temple avec les arbres gigantesques), mais ils sont apparemment etroitement surveilles dans leurs travaux.

- Il n'y a pas d'appels d'offres concernant la restauration des monuments. Ce sont les pays, de maniere individuelle, qui proposent un projet precis et deposent un dossier. Une commission se reunit 2 fois par an, composee de diverses entites : L'Unesco est bien entendu presente, ainsi que l'Apsara, un organisme charge de gerer le site des templs d'Amgkor et de maniere plus generale son developpement. Les pays concernes sont bien entendu presents pour defendre leurs dossiers, des architectes specialistes font egalement partie de la commission.

- Tout le site a ete demine, grace en particulier au travail minutieux mene par des equipes francaises. Ce travail se fait a l'aide de la "poele a frire", cm2 par cm2.

- Les pays presents actuellement sur site sont les suivants : Japon, Chine, Allemagne (ils bossent en ce moment sur Angkor Wat), USA, Inde et France.

- La plupart des temples du site d'Angkor ont ete degages mais son restaures. D'apres des architectes pointus sur la question, l'etat actuel des temples (certains ne sont que des amas de pierres ecroulees) s'expliquerait par le fait que bon nombre d'entre eux auraient ete construits en depit du bon sens, dans une certaine precipitation et sans tenir compte de regles d'architecture elementaires. Pratiquement seul le temple d'Angkor Wat aurait ete eleve dans les regles de l'art, peut-etre a cause de sa taille hors du commun

Enfin, autre sujet, mais il est bon de rappeler que le Premier ministre actuel (Hun Sen), ancien cadre khmer rouge, est en place depuis la fin de l'ere Pol Pot. Il n'est pas necessaire d'avoir fait maths sup' pour faire le calcul, il est en place depuis plus de 25 ans .... il a ete classe recemment dans les 200 premieres fortunes mondiales par une revue americaine (Forbes ?). Il serait l'heureux possesseur de 300 logements a Phnom Penh. Pas mal pour un dirigeant sense etre en place pour faire avancer son pays vers la voie de la democratie et du developpement, dans un pays exangue ou pres de 85% de la population vit a la campagne dans des conditions de vie (de survie parfois) parfois tres difficiles. Les taxes sur les societes n'etant pas recouvrees, il faut savoir que le pays est quasi sous perfusion, alimente par les subsides venant de l'etranger (pres de 70 millions de dollars si mes souvenirs sont bons, mais je verifierai ce chiffre), que ce soit pour l'aide au developpement ou destine aux nombreuses organisations humanitaires presentes ici. Il semblerait qu'en terme de developpement, ce soit plutot la poche de quelques personnes qui aient tendance a se developper et a prendre des proportions pour le moins etonnantes dans un tel pays.

Quelques anecdotes qui pourraient presque preter a rire s'il ne s'agissait pas parfois de la sante des personnes :

- Les pompiers, pour intervenir, doivent avoir connaissance de "l'existence" de la maison qui brule. Pour que cette maison soit bien identifiee, il faut prealablement que le proprio ait verse de l'argent aux pompiers. Sinon, la maison se consume ... Si la maison est bien identifiee, la premiere question que poseront les pompiers avant d'intervenir est "combien ?". Quand on s'est enfin mis d'acord sur la somme, les hommes du feu arrivent mais comme personne n'aura pris la precaution de bloquer l'acces a la rue ou se deroule le sinistre, les pompiers mettront un long moment a arriver au pied de la maison. Enfin, ils grimpent (en tongues) en haut de la grande echelle, pour s'apercevoir parfois que le materiel ne fonctionne pas.

- A Phnom Penh, l'electricite a double a 3 ans. Dans un pays ou le salaire moyen est de 50 dollars, mon ami paye maintenant ... 50 dollars par mois d'electricite. Et il n'a que des neons pour s'eclairer et ne possede aucun appareil a forte consommation.

- Chose vue par un ami : Accident de la route en ville, un jeune homme est renverse par une voiture et retombe lourdement sur la chaussee. Un policier s'approche, fouille les poches du blesse (le jeune homme semblait mort, il etait simplement blesse mais inconscient), en retire le porte-feuilles, evalue la somme d'argent se trouvant a l'interieur, extrait egalement d'une autre poche le mobile, et ... se fond dans la foule. Pas un coup de fil, pas un geste pour bloquer la route ni appeler un medecin.

- Toutes les places, a tous les niveaux de l'administration, se payent (comme au Viet Nam) : Un policier situe a un carrefour strategique devra verser un somme tres importante a son superieur pour obtenir la place. J'ai vu moi-meme, lorsque je suis parti pour Battambang dans un pick-up en legere surcharge (c'est un doux euphemisme), le conducteur sortir un billet de sa poche et le tendre au policier, sans meme prendre la peine de s'arreter. Une sorte de rituel bien huile ...

Nous sommes aujourd'hui le 31 Janvier, et je viens de completer ce blog de ... Hoi An, au Viet Nam. J'ai eu beaucoup de mal a quitter le Cambodge, ou j'ai maintenant de veritables amis. Mon seul souhait - a part revoir ces amis - serait que les pays donnateurs arretent enfin leurs contributions afin que les autorites prennent conscience que l'argent doit etre distribue a ceux qui en ont besoin, et que les taxes doivent etre prelevees comme c'est prevu par la loi.

Je voulais aussi vous parler de Jeff, dont la route a croise la mienne au Ratanakiri. Rencontre etonnante avec celui qui m'a semble tout d'abord un peu ecorche vif (je sais que tu regardes ce blog, Jeff), mais avec un reel talent pour la photo. Je vous communiquerai plus tard le lien vers son site (avec son accord), et j'espere que vous n'hesiterez pas a le consulter. Je prends un risque, celui que vous consideriez desormais mes photos comme un peu fades ... mais tant pis, place au talent !

Je vais peut-etre maintenant laisser ce blog en sommeil quelques jours, car j'ai vraiment besoin de me reposer et je ne pense pas vraiment utile de vous faire part de mes seances de baignade ....

Dans une quinzaine de jours, je partirai au Laos ou je vais probablement retrouver Jeff. Je pense passer 1 mois dans ce pays qui est apparemment en train de changer egalement a toute vitesse ....

vendredi, décembre 16, 2005

Thailande



Bangkok, 16 Decembre - Espace-temps

Je ne peux commencer ce "post" sur la Thailande sans vous parler du plus important. Avant de partir, Marco et Sophia m'avaient dit que pour eux, la prise de conscience d'etre partis pour un tour du Monde etait reellement intervenu au bout de 2 mois de voyage. Il y a tres exactement 2 jours, je sortais du restaurant avec qui j'etais alle diner avec une amie vietnamienne, en sachant que je devais quitter le Viet Nam des le lendemain mais que j'y serai de retour dans un mois et demi, pour la fete du TET. Et la, tout en profitant d'un petit moment de repit que nous donnait Dame Meteo, je regardais les guirlandes de Noel qui fleurissaient un peu partout dans les boutiques, je souriais a la vue, dans certaines boutiques, des Pere-Noel qui se dandinaient d'un swing que n'aurait peut-etre pas renie Fred Astaire (c'est kitsch mais tellement drole), je contemplais les petites lampes faites de papiers colores accrochees aux maisons et qui me rappellent toujours les films chinois ou les gangsters de la pegre locale viennent depenser l'argent de la prostitution ou d'autres choses encore plus sales tout en degustant des boissons alcoolisees, pour gouter ensuite au plaisir de la chaire dans une piece humide a la lumiere tamisee, dans un bouge situee au fond d'une petite rue sombre. Je m'emerveillais comme un mome de toutes ces ombres et de toutes ces lumieres qui se refletaient dans les flaques d'eau, ca et la, et ... j'ai ete pris soudain d'une drole d'impression : Celle que le monde s'ouvrait devant moi, que mon terrain de jeu quotidien n'etait plus limite aux seuls trajets maison-boulot ou maison-copains, mais s'ouvrait bien vers un espace dont je ne pouvait desormais plus discerner les limites. L'impression aussi que le temps n'avait plus la meme importance et que desormais - mais seulement pour 8 mois encore - je ne devais plus rendre de compte a personne.

Simplement aller et venir ou le vent me porte, en observant, en regardant, en profitant de tous ces merveilleux instants qui me dont donnes ....

C'etait un certain 14 Decembre, et j'etais parti depuis 2 mois jour pour jour .....

Encore une fois, je tiens a remercier ceux qui me temoignent de leur sympathie a travers ce blog ou via des mails perso ! Tout le monde peut deposer un commentaire sur ce blog, de maniere anonyme ou non. Il vous suffit de cliquer sur "comments" (en bas du "post" du pays concerne si possible), et de valider ensuite l'envoi de votre message en reportant dans la case blanche les caracteres qui s'affichent en style "ondule" (il s'agit d'une protection contre les spams).

Encore merci, et pour annoncer Noel, honneur a celui que l'on a tous un jour attendu avec beaucoup d'impatience. Sans le swing, mais bon .... je suis sur que votre imagination fera le reste !



Bangkok, 17 Decembre - Ah que coucou

Le bateau filait sur le fleuve Chao Phraya, le nez pointe en avant, deposant et embarquant des passagers a chacun de ses arrets. Parfois, une seule personne se presentait a l'embarquement sans que personne ne descende, une autre fois le bateau semblait se vider totalement de ses occupants. Il faisait tres beau ce jour-la, et le soleil semblait jouer avec l'eau, donnant au fleuve des tons irises ou venaient se refleter les hautes tours de Bangkok : Hotels, entreprises, tours de telecommunication, pont suspendu, les edifices de la capitale thailandaise ne lesinent pas avec l'architecture ultra-moderne. Lorsque je bateau accosta, je descendis pour me rendre a un petit temple bouddhiste, la Wat Muang Khoe, a deux pas de ma guest-house. J'ai toujours apprecie la quietude des temples bouddhistes, mais celui-ci avait quelque chose de particulier qui me rappela quelques souvenirs. Ce temple est blotti au pied d'une immense tour de couleur bleu argentee et noir qui contraste fortement avec les jaunes et les oranges du petit temple.

Situe egalement a quelques pas de la bruyante et suractive Silom Road, l'artere "chic" dans le quartier d'affaires de Bangkok, ce temple est un veritable havre de pays. Deux horloges de style "comtois" etaient poses dos au mur du fond, sous une grosse pendule qui dominait l'autel. A droite, 2 autres pendules au dessus de la photo du Roi Bumiphol, et a gauche, pas moins de ... 17 autres pendules attendaient visiblement que quelqu'un statue sur l'heure exacte, car on ne peut pas dire qu'elles etaient d'accord sur le sujet.

Et un coucou ...

Lorsque 10 heures furent sonnees, enfin je devrais plutot dire "gazouillees", je fus plonge presque 35 ans en arriere, quand, a la faveur des grandes vacances qui duraient bien 10 semaines a l'epoque, je passais quelques jours chez une grande tante, a la sortie de Tours. C'etait une petite maison adorable adosse a un grand champ de ble ou de mais, disposant d'une grande basse-cour a l'arriere, d'un potager sur le cote ou n'en finissaient plus de pousser les haricots, les tomates et ... les fraises. Devant la maison, de plain pied, une petite cour avec des gravillons ou au centre tronait l'inevitable niche pour le chien de garde.

Assis devant mon bol de chocolat a contempler mes tartines de confiture, c'etait toujours pour moi une grande curiosite lorsque le coucou se mettait a sortir de sa maison. J'aurais prefere a ce moment-la etre avec mon petit cousin qui, dans l'arriere-cour, devait etre en train de mettre la derniere main a la fabrication de son kart propulse par un moteur de tondeuse a gazon.

Tous ces souvenirs ne sont revenus ce matin, a la faveur d'un oiseau sortant de sa cage ....

Quelques photos prises a Bangkok :

Mae Hong Son, 19 Decembre - Que du bonheur

Encore une journee bien remplie aujourd'hui. Apres un trajet en train de nuit de Bangkok a Chiang Mai, ou je suis arrive hier matin a 6h, j'etais une demi-heure plus tard au terminal des bus longue distance pour filer vers Mae Hong Son, via Pai. Mae Hong Son est une petite bourgade pas loin de la frontiere birmane, dont les temples sont d'ailleurs d'influence birmane, comme vous pouvez en juger ci-dessous. La premiere photo a ete prise dans une pagode a quelques kilometres de Mae Hong Son, a Ban Pha Bong. La deuxieme est le petit temple en bordure du lac de Mae Hong So, au petit matin.


Sitot arrive a Mae Hong Son et apres avoir trouve un endroit ou dormir, j'ai cherche a retrouver une famille dont j'avais suivi le fils en 1997 au cours d'une fete tres particuliere, ou les enfants passent en quelque sorte de leur statut d'enfant a celui d'adulte. J'ai retrouve la maison sans trop de difficultes, et j'ai pu donner les photos que j'avais prises avec moi. Malheureusement, le fils s'etant marie recemment, il a quitte la ville pour aller travailler a Chiang Mai, a 240 km d'ici. Et hier soir, je suis alle loue une becane (ouais, je vois les mauvaises langues d'ici, "il a meme pas negocie, ce coup-ci, he" !). Ben ..... si ... enfin, j'ai essaye, mais les prix sont les memes partout et la saison touristique ayant commence, que l'on loue pour une journee ou 3 jours, c'est pareil. Pour 150 baths par jour donc (1 euro = 48 baths), me voici parti ce matin sur les routes et surtout les chemins avec ma 125cc. Apres 30 mn de promenade un peu au hasard, je decide d'arreter la mob et je m'enfonce sur un petit chemin de montagne comme je les aime. Il est un peu plus de 8 heures. La rosee du matin remplit l'atmosphere d'une odeur delicate et d'une fraicheur toute particuliere. En cours de route, je croise quelques habitants des montagnes, d'une ethnie que je suis incapable de reconnaitre. La region est essentiellement peuplee de karens (qui revendiquent - je crois - toujours un territoire a part entiere), de lisus, de lahu et de quelques meos. Et d'autres dont j'ai oublie le nom. De petite taille, ils me croisent sur le chemin etroit, tete baissee, degageant un sentiment de crainte.

Je fais une pause au milieu des fleurs blanches qui garnissent la petite plaine. Partout sur les feuillages, des perles de rosee, telles des larmes de cristal, semblent avoir ete accrochees la pour preparer Noel .... Un peu plus loin, une jeune fille s'affaire a couper du bois pour alimenter le feu qui servira probablement au repas du midi. Parfois, un papillon s'approche, peut-etre pour m'inviter a partager une pistile ou deux avec lui. Certains d'entre eux sont tellement gros que l'espace d'un instant, on se demande s'il s'agit d'un oiseau ou d'autre chose. Je reprends ma marche, esperant tomber sur un village. Au detour d'une lisiere, je tombe sur une plante au rouge eclatant, attendant la qu'on vienne peut-etre la complimenter sur sa jolie robe qui se detache du reste du paysage. Ca et la, des bananes attendent d'etre cueillies lorsqu'elles seront mures, et des papayes me tendant les bras que j'ai malheureusement trop courts. Je marche ainsi pendant 2 heures, suivant le petit sentier qui serpente a travers la foret et qui longe un bon moment la riviere. Je ne croiserai plus personne, a part un petit groupe de deux femmes et un homme, dans leur tenue correspondant a leur ethnie. Cette fois, nous nous saluons rapidement, puis ils filent en pressant le pas. Je ne verrai finalement pas de village. Il est 11h30, je suis parti ce matin sans dejeuner (a 7 heures, tout le monde dort, ici ...), et je n'ai pas envie de sauter un deuxieme repas aujourd'hui. Parce que comme je suis un garcon organise, je n'ai rien dans ma besace a part ma bouteille d'eau. Hier, il y avait une balance chez un loueur de mob, je n'ai fait ni 1 ni 2, je suis monte dessus, car j'avais comme un doute : Le verdict est tombe, j'ai perdu 8 kg depuis mon depart, il serait donc temps que je me "refasse" un peu ! Je decide de faire demi-tour, mais je m'arrete bien sur sans arret pour prendre des photos. Dans ce sens, le soleil de face, je profite de superbes contre-jours qui font avancer la pellicule photo a la vitesse d'un chat apercevant un etal de poissonnier. Je veux garder un souvenir sur papier de ce qui restera une des plus belles balades depuis que je suis parti. Il n'y aura rien a en sortir de mon numerique, par contre ... celui-ci n'aime visiblement pas les forts contrastes ! Finalement, je suis assis devant un plat de "Pad Thai" a presque 14 heures.

Voici donc quelques photos prises aujourd'hui :

S'agit-il de ma langue apres ingestion d'une bonne glace a la fraise bien goutue ? Et bien non , c'est la rosee deposee sur une feuille, a la fraiche ...

Enfin, pour terminer cette belle journee, je suis alle contempler le coucher de soleil sur les collines environnant Mae Hong Son a partir du temple se trouvant au sommet d'une des ces collines. Je laisse le blog sur cette image ce soir. Aujourd'hui, c'etait que du bonheur .....


Mae Hong Son, 20 Decembre - Idees en vrac

Oui, j'aime assez les idees en vrac. De temps en temps, ca fait du bien de parler d'un tas de petites choses sans importance et qui m'ont aucun rapport les unes avec les autres. Alors c'est parti. Ce matin, 7h30, a une table d'un petit resto de quartier a deux pas du lac. Je consulte le menu en 3 langues que j'ai sous les lunettes, et stupeur, que vois-je ? La traduction de "Country french toast" est ... pain perdu ! On a encore du boulot pour exporter notre cuisine .... faute de ne plus exporter notre langue.

Pourquoi certains commercants qui vendent des bouquins s'obstinent-ils a ranger ceux-ci a plat sur les etageres de facon a ce qu'il faut que nous ayons a tourner la tete a 180 degres pour voir de quoi il s'agit ?

Comment font certaines personnes qui ont a faire avec les touristes pour avoir autant d'imagination en matiere d'arnaque ? Imagination parfois doublee d'une certaine subtilite ...

Demain, encore d'autres idees en vrac et quelques photos de mes dernieres balades. J'ai decide de garder la becane deux jours de plus, ca me permettra de faire deux superbes promenades. L'une dans les montagnes, prevue demain et l'autre dans un petit patelin frequente par les Lisu et des Lahu, deux ethnies fortement representees dans la region (Photo ci-dessous d'une femme de l'ethnie Lisu).

Mae Hong Son, 20 Decembre - Encore un belle journee ...

Ce matin, depart 6h30 de l'hotel. Il fait froid, mes 4 couches de vetements sont tres supportables. Le brouillard est epais, mais les 65 km qui me separent de Soppong me reservent d'agreables surprises. Je prends tout d'abord le temps de m'arreter quelques instants pour prendre une photo d'un temple bouddhiste, dont les murs de bois sombre contrastent avec le brouillard qui s'est installe pendant la nuit. Quelques kilometres plus loin, alternant les passages brumeux et les espaces de clarte qui laissent apparaitre timidement quelques rayons de soleil, je double deux moines habilles de leur robe ocre, leur baluchon solidement accroche a l'epaule. Image insolite que ces deux-la allant pieds nus, au petit matin, vers une destination inconnue. Il n'y a rien dix kilometres a la ronde. Je reprends ma route, et je m'arrete de nouveau pour un grand moment de bonheur : Le soleil est bien la, et au loin, la montagne m'offre un spectacle extraordinaire : D'un eclat gris argente, les sommets semblent subitement ayant subi le travail d'un orfevre, les cimes se decoupant dans un contre-jour d'une violence et d'une beaute inouies, la lumiere filtrant a travers les arbres et les nombreuses plantes de toute taille apportant de loin en loin des petites touches de couleur a ce tableau feerique. Lorsque je reprends la route apres cette pause de dix minutes, je suis loin de me douter que le plus beau reste a venir. Dans un virage que j'apprehendais a la hussarde (c'est mon cote ado qui ressort quand je monte sur une mob), j'apercois au loin une image qui m'interpelle. Je fais demi-tour, reviens sur mes pas - enfin mes tours de roue - et la, je reste cloue sur place : Au loin, des nuages de brume s'elevent doucement au milieu de collines boisees, me propulsant du meme coup au beau milieu d'une estampe chinoise, de celles qui sont peintes dans les Monts Jaunes, les fameux "Huong Shan", lieu de prediclection de bon nombres d'artistes peintres ..... je vous en mets une photo ci-dessous, mais elle ne rend malheureusement pas grand chose.

Il fallait repartir, car j'avais le ventre tres creux et de la route a faire. Je suis donc reparti en gardant un oeil sur les paysages environnants, et apres 30 mn, je suis arrive a Soppong, lieu ou se concentre une forte population de l'ethnie Lisu. Les "peuples de la montagne" sont des gens solitaires, independants, farouches et mefiants, et je n'ai pas trouve l'occasion de faire une seule photo d'un Lisu de la journee. A mon sens, une photo ne s'impose pas : Elle doit etre "partage" par celui qui la prend et celui qui fait face a l'objectif. Tiens, hier, j'ai partage une photo avec moi-meme (j'etais d'accord). Et j'ai change ma bobine de place suite a une demande perso !


Le reste de la journee fut tout aussi riche en emotions : Je suis alle visiter une grotte immense, de toute beaute. Le prix de la barque (on y rentre en radeau de 4 "places" - en fait 4 petits bancs disposes tout du long du radeau- avant de descendre a plusieurs reprises) etant relativement eleve, j'ai attendu que d'autres personnes se presentent. Ce fut un couple de francais, pas tres causants mais acceptant neanmoins de me prendre avec eux, nous avons ainsi partage les frais. Je suis alle ensuite me balader et dejeuner dans les hauteurs, a la rencontre d'une guest-house qui etait annonce depuis la route, 4 km plus loin dans la montagne. Il s'agissait du Lisu Moutain Lodge (http://www.lisumountain.com/) et j'ai papote un moment avec son proprio, un anglais venu se perdre au beau milieu de cette contree. Pendant que je degustais mes "fried noodles" au son de "Love me tender", il m'a confirme que les karens se battaient toujours pour obtenir un territoire, que les "long neck" - appelees aussi femmes-girafe, une des ethnies de karens d'origine birmane - et sous couvert d'un '"accueil" et d'une "protection" sur le sol thailandais, etaient maintenues en etat de quasi enfermement : Moyennement 250 baths (j'y suis alle hier matin mais ai refuse de rentrer, ne sachant pas qu'il fallait payer), on peut aller dans ces villages etroitement surveilles voir ces "femmes-girafe" qui ont la particularite de porter des colliers dores autour du cou des leur plus jeune age, allongeant ainsi celui-ci de maniere assez considerable. L'argent de ces visites reviendraient a des hommes d'affaire chinois, avec la benediction des autorites locales ...

J'ai un plaisir immense a etre ici, dans une region ou j'etais deja venu a 2 reprises, mais sans en avoir percu les beautes avec autant de force. Les gens sont souriants, accueillants, et toute la journee, des hommes et des femmes m'ont salue sur leur passage, lorsque j'etais arrete a faire des photos, avec un sourire complice qui semblait dire "elle est belle ma region, hein ? ....

Chiang Mai, 23 Decembre - La rose se fanerait-elle ?

Demain, c'est Noel ... ca me fait bizarre d'etre en tee-shirt a cette periode, loin des vitrines regorgeant de bouffe et de cadeaux divers. Ici, la vie continue simplement et seules quelques guirlandes accrochees dans certaines boutiques me rappelent qu'effectivement, on va bientot feter Noel. J'ai donc quitte Mae Hong Son ce matin en bus, et c'est plus le temps qui m'a fait partir que la "feuille de route" que j'ai d'ailleurs bien du mal a tenir. Je pensais etre au Cambodge pour les environs de Noel, et voila que je viens tout juste d'arriver a Chiang Mai, la "Rose du Nord". La rose commence a se faner, d'ailleurs. A l'instar de Pai, tout petit village niche dans une grande plaine entre Mae Hong Son et Chiang Mai, la Rose du Nord semble avoir bien change depuis quelques annees. Boutiques souvenirs, hotels et guest-houses fleurissent comme primevere au printemps. Je vais neanmoins rester 2 ou 3 jours ici, car cette petite ville regorge de temples tous aussi merveilleux les uns que les autres, et le premier d'entre eux, le Doi Suthep, situe sur une colline au nord de la ville, merite assurement le detour.

Chiang Mai, 24 Decembre - La Thailande, le pays ou les oiseaux disent bonjour!

Hier, j'ai recu un mail d'amis partis sur l'ile vietnamienne de Phu Quoc, au large du Cambodge, ils me disaient que l'Asie en general semble devoir subir une meteo assez maussade. En tout cas ici, ce fut une journee de transition car pas ou peu de belle lumiere, donc pas de photos .... J'ai ronge non frein en faisant quelques achats, car ici c'est le paradis du chineur. De belles choses et de moins belles, mais on cherchant un peu, on deniche des trucs sympas pour pas tres cher.

J'ai termine la journee de balade sur une note plutot sympatique, et qui finalement est a l'image non seulement du pays (voir egalement derniere photo) mais aussi de ses habitants. En fouinant dans les petite ruelles de Chiang Mai, je suis tombe sur un temple bouddhiste qui n'avait encore jamais pique ma curiosite. Me voici donc a trainer dans l'enceinte de ce temple (1ere photo ci-dessous), quand j'entends des piaillements que je connais. Il ne me faut pas beaucoup de temps pour identifier le "discours" du menate, oiseau dont les thais sont tres amateurs. Je m'approche, et a peine etais-je a un metre de la cage, que j'entends l'oiseau que me dit : Sawadee kap .... ce qui veut dire "bonjour" en thai .... du moins pour un homme (et donc pour un menate).

Elle n'est pas belle, la vie ici ?

Vu aujourd'hui dans une petite rue : Je precise que la moto n'est pas garee devant le stand, mais que celui-ci fait bien partie integrante de la moto !

Je termine la redaction de ce blog pour aujourd'hui en vous souhaitant un bon Noel a tous, en esperant que le Pere-Noel soit le plus genereux possible avec vous. Pour ma part et comme me l'a si bien dit Dorothee, a travers ce voyage je me suis muni de centaines de cadeaux, petits et grands, que je puise chaque jour de ma hotte, et que j'ouvre a chaque fois avec plus ou moins de bonheur.

Je vous quitte sur cette derniere image, toute simple mais dont j'avais envie de partager le symbole avec vous.


Chiang Mai , 25 Decembre - La fievre du Samedi soir

Non vraiment, le groupe assure : "Free bird" de Lynyrd Skynyrd, groupe mythique des annees 70 de la cote Sud des Etats-Unis. Celui qui ne connait pas Lynyrd Skynyrd ou qui n'a jamais entendu "Free bird" ne connait rien au rock. Desole, c'est ainsi, ca peut paraitre peremptoire, mais tant pis, m'en fout, allez, c'est Noel. Pourtant, ils ne sont que 3 dans la formation contrairement a Lynyrd qui etait je crois 7 ou 8. "Public house - Live Music and Jam Session", c'est marque sur le neon au dessus de la porte. Un peu plus loin, d'autres neons indiquent "Heaven Beach", ou encore "Best Tatoo", "Utopia", ou "Roots Rock Reggae". Lui au moins annonce la couleur. On dirait que Chiang Mai decouvre Marley, pres de 25 ans apres sa mort. C'est la frenesie totale pour le reggae dans cette region du pays, il y a meme un festival reggae a Pai, petit village du Nord de la Thailande et dont les habitants, il y a un peu plus de 10 ans, savaient a peine ce qu'etait un touriste .... ca laisse reveur. Ici, dans cette rue, tous les bars organisent des concerts Live et comme on est en Asie, ca se fait a ciel ouvert, alors je vous laisse imaginer le tintamarre quand on est au milieu de tout ca. Un groupe s'arrete, on reconnait un peu plus loin les accords de "You cant' always get what you want" des Stones. Les fesses se tremoussent sur "Jamming", cependant que quelques tetes sont couvertes de bonnets rouges a pompon blanc. Dans le troquet que j'ai choisi pour passer la soiree de Noel, j'aurai droit a "Black Magic Woman" et "Sympathy for the devil"ou encore "Stairway to Heaven" entre autres sommets de la musique des annees 70. A 55 ans, la Fender Telecaster sait toujours faire des miracles quand elle est dans les mains de ceux qui savent la faire "parler". Parfois, un conducteur de mobylette-restau vendeur de nouilles telle que celle dont j'ai mis la photo plus haut annonce son passage dans la rue a coup de klaxon a poire ... geste derisoire en regard des decibels produits tout au long de cette petite rue d'une cinquantaine de metres. Lorsque le concert se termine, je passe dans le restau d'a cote, dans lequel j'aurai droit au sempiternelle "Hotel California" et au non moins connu "I shot the sherif", histoire de rendre une fois de plus hommage a Monsieur Marley. Et puis avant d'aller me pieuter, je reste tout de meme pour ecouter "Suzy Q", chef d'oeuvre d'un groupe oublie depuis des lustres et qui portait le doux nom de "Creedence Clearwater Revival".

Enfin, j'ai apercu aujourd'hui la femme du Pere-Noel. Je l'ai rencontree fortuitement au temple du Doi Suthep, au petit matin, et elle m'a confie qu'elle venait la pour prier pour son mari qui etait rentre fort tard car suite a un pari idiot, le grand barbu avait voulu faire la course avec une copine a lui, une certaine Ariane Cinq, et du coup il avait plante sa luge un peu plus loin, dans la descente dite de la "Grande Ourse". Eh Sarko, reveille-toi, va falloir mettre un radar la-haut !


Sukhotai, 27 Decembre - Un peu d'histoire

Je profite du temps maussade qui persiste pour parler un peu de l'histoire de ce pays ou il fait si bon rencontrer la Mere-Noel. Je n'ai pas la pretention de faire une presentation exaustive, nous savons beaucoup de choses sur les royaumes de la region avant que le Siam puis son nouveau nom, la Thailande, ne soit un pays a part entiere. Ce serait en quelque sorte demander a un prof de resumer l'histoire de France en 10 minutes.

La periode dite "Dvaravati" dont nous avons retrouve des traces de civilisation vers Nakhon Pathom, dans l'ouest du pays, non loin de l'actuelle Bangkok, est juste anterieure a la periode khmere qui commenca vers la fin du XIIIeme siecle. Les khmers furent tres influents dans des domaines tels que linguistique, culturel et artistique. Dans le Nord-Est, les villes de Lopburi ou Konchanaburi par exemple temoignent encore de cette periode qui fut preponderante pour le pays. Ce sont les khmers qui nommeront "Siam" un certain nombre de petits royaumes ou principautes de la vallee du Mekong regroupes autour d'un monarque. Au passage, le mot "Siam" viendait du sanskrit "shyama" qui signifie "dore", "basane", eu egard aux peaux plus sombres des habitants de cette region. La premiere capitale fut alors fondee dans le centre du pays, a Sukhotai (qui signifie "Aube de la Felicite"), d'ou j'ecris aujourd'hui. Il reste encore aujourd'hui des ruines de ce qui fut une cite splendide, site a present protege que je visiterai demain.
Mais des rois puissants s'opposerent aux khmers aux XIV et XVeme siecle, et lorsque la capitale khmere (Angkor) tomba en 1431, la capitale du Siam fut alors deplacee a une centaine de km de l'actuelle Bangkok, a Ayuthaya. Cette ville devint alors une des cites les plus riches et les plus grandes de toute l'Asie, ville qu'enviaient les birmans et meme les europeens. A titre de comparaison, a l'epoque, Londres n'etait qu'un village .... Enfin, Bangkok fut cree en 1782 sous la dynastie des Chakri, dont un descendant est toujours sur le trone aujourd'hui sous le nom de Rama IX, de son vrai nom Bhumipol Adulyadej, et de son nom entier Phrabatsomdet Boramintaramahaphumiphonadunyadet. Celui-ci, ne en 1927 aux Etats-Unis ou son pere etudiait la medecine a Harvard, fut intronise en 1946. Il parle couramment l'anglais, le francais et l'allemand, compose de la musique et joue du saxophone. Avant lui, 2 rois firent beaucoup pour ce qu'est aujourd'hui la Thailande : Rama IV, connu sous le nom de Mongkut, a sa representation dans bon nombre de bureaux ou de maisons de particuliers. Il apprit le latin, le sanskrit, le pali, l'anglais. Il etudia les sciences occidentales et sut, tres habilement, nouer des relations diplomatiques avec plusieurs nations europeennes dont la France, evitant ainsi les frictions et donc les risques de colonisation. Il leva des barrieres commerciales qui etaient un frein au developpement du pays, il financa une seconde tentative de presse et reforma l'enseignement. Son fils, Rama V (Chulalongkorn), regna de 1868 a 1910 et entreprit de poursuivre les reformes que son pere avait commencees, essentiellement dans les domaines legislatif et administratif. Il abolit l'esclavage et les corvees, ainsi que le protocole qui voulait que l'on se prosterne devant la personne royale. Il entreprit egalement de refondre le code civil. Malgre les accords passes avec differents pays, il ne put s'empecher de ceder une partie du territoire : Le Laos en 1893, le Cambodge en 1907, la Birmanie anglaise en 1909 (en fait 3 etats malais).
Depuis 1951, le pays etait gouverne par des generaux. Le general Sarit Thanarat gouverna le pays a partir de 1951 jusqu'a sa mort en 1963. Il abolit la constitution, dissout le parlement et interdit les partis politiques. Autant dire qu'il ne restait pas grand chose ... Jusqu'en 1963, le pays est gouverne par differents officiers qui autoriseront les Etats-Unis a installer des bases militaires sur leur territoire our bombarder le Vietnam. Plusieurs coups d'etats se succedent. En 1976, une manif estudiantine s'acheve dans le sang, apres l'assaut de la police et de groupes para-militaires d'extreme droite. Depuis 2001 enfin, le pays a a sa tete un millirdaire, Thaksin Shinawatra, qui a annonce vouloir rester pour 16 ans sur le "petit trone", c'est a dire 4 mandats. Il possede la seule radio privee du pays (ce n'est pas en Italie qu'on verrait ca ...), et sa famille possede la plus grosse boite de Telecom du pays. Il pronerait des idees populistes. A mediter pour nos prochaines elections presidentielles ... A noter que la constitution de 1997 rend le vote obligatoire et l'ecole libre et gratuite jusqu'a 12 ans.

2 photos prises hier dans l'enceinte du temple du Doi Suthep, a Chiang Mai. Elles sont pour le moment en entete du post, car probleme d'affichage qui m'empechent de les deposer au bon endroit.

Sukhotai, 28 Decembre - C'est l'heure ...

16h30, c'est l'heure ou dans le contre-jour du moment le soleil depose delicatement ses reflets d'argent sur les nenuphars, c'est l'heure ou l'atmosphere de tend progressivement d'une fraicheur agreable, c'est l'heure ou les piaillements d'oiseau redoublent d'intensite pour former finalement une symphonie joyeuse et coloree, c'est l'heure ou les couples viennent se dire de belles paroles dans le creux de l'oreille en se regardant dans les yeux (enfin, c'est l'un ou l'autre, faut quand meme pas leur demander l'impossible), c'est l'heure ou la lumiere se fait plus douce et enveloppe le lac dans un ocean de serenite, c'est l'heure ou le silence s'impose progressivement au point que l'on percoit maintenant le moindre bruissement dans les alentours, c'est l'heure ou des oiseaux blancs, sortes d'echassiers qui ressemblent a des aigrettes, reviennent en nombre pour se poser sur le lac ou sur les arbres proches, c'est l'heure ou la terre semble extirper de ses entrailles tous les parfums de la Terre dans des nuances subtiles et delicates, l'heure ou le lac se fait miroir et ou se refletent les stupas eriges alentour, tel des pics gigantesques que l'on aurait plantes la, l'heure enfin l'on a envie de prendre encore plus son temps pour ecrire quelques lignes. Pour se souvenir.


Ayuthaya, 28 Decembre - Bangkok Marathon

Hier en debut de journee, de nouveau des problemes d'obturateur avec mon appareil photo, celui que j'avais donne a reparer a Bangkok et recupere il y a dix jours. Je sors du Parc Historique de Sukhotai dans lequel j'etais rentre tot le matin, et j'envoie un email au SAV en leur faisant part de mon impatience a voir mon appareil fonctionner un jour, que je serai sur Bangkok des le lendemain, en leur demandant de me fournir en remplacement, si possible, le meme appareil qu'ils m'avaient loue la derniere fois. En leur precisant que la gratuite de la chose serait fort appreciee cette fois-ci. Hier en fin de journee, je passe au terminal de bus pour regarder les horaires : Bigre, 7 a 8 heures de trajet pour revenir sur Bangkok et le premier bus part a 7h30. Le magasin fermant a 17h, ca fait vraiment juste, je suis marron. Je decide donc de rentrer le soir meme par un bus de nuit. Je rentre a la guest-house, je prepare mes affaires, je mange, je papote un peu avec la proprio, tres sympa, et Christopher, un sud-africain sans domicile fixe : Ca fait des annees qu'il enseigne l'anglais dans le cadre du British Council (l'equivalent de l'Alliance Francaise pour les grands-bretons), et ces cours l'ont conduit successivement a Paris, a Rio de Janeiro, a Bogota, et maintenant a Bangkok. 22h30, depart du bus. Arrivee sur Bangkok ca matin a 5h30. J'ai mal dormi, evidemment. Taxi pour la station de train la plus proche. Il est 5h45 quand j'arrive a la station, j'ai un train dans 10 minutes, parfait. 6h15, arrivee en gare de Hua Lamphong. Je me renseigne sur les horaires pour Ayuthaya, il y a un train a 8h30. Pas possible, trop tot. Le suivant est a 11h05, si je reussis a le chopper c'est parfait. Petit-dejeuner sur le pouce, une soupe fera tres bien l'affaire, dans une petite echoppe juste en sortant de la gare. Puis je file dans une guest-house que j'avais reperee il y a 10 jours. Chance, il y a de la place. Douche. Rasage. Je prepare mes bobines a faire developper. Je sors, il est 7h15. Le magasin photo est ferme, je repasserai plus tard, tant pis. Je file a present chez Niks, mon reparateur cheri que j'aimerais tant voir moins souvent - ca va faire la 4eme fois qu'il me voit. Il est 7h55. Ouverture des portes 8h30. Bon. Je vais prendre un cafe, je consulte mes mails, et je vois que le SAV m'a repondu : Ils auront probablement besoin de contacter le Japon pour obtenir une analyse plus fine du probleme car, me dira t-on ce matin, c'est la premiere fois qu'ils ont a reparer un F6. Et quand je pousse la porte vers 8h40, c'est la grosse surprise : Je suis accueilli par la "responsable de la communication a la presse et aux touristes" (si si, ca existe, et ma foi elle fait tres bien son boulot), et j'ai l'impression que tout le monde dans la boutique est sur le pont. Le bon d'entree du materiel, dont ils avaient deja les references, est deja sur le guichet, pret a etre signe par mes petites mains febriles. Je re-rexplique le probleme avec precision, et ils ont du avoir une reponse du Japon car la responsable m'assure que l'appareil sera pret et repare demain matin, et en signe de bonne volonte, elle me prete bien evidemment et a titre gracieux le F100 avec lequel je prendrais les photos aujourd'hui. Une fois les papiers remplis, je sors et retourne chez Boom Studio. Grand sourire de la dame quand elle me voit rentrer dans son magasin. Elle aussi, ca fait plusieurs fois qu'elle me voit, et mes photos ont l'air de lui plaire. Je lui laisse cette fois 10 bobines. Ainsi, je quitterai la Thailande avec dans mon baluchon toutes les photos de mon periple jusque maintenant : L'Inde, le Viet Nam, la Thailande. J'ai choisi la solution "diapositives" pour des raisons evidentes de qualite, et developpees mais sans les caches, pour un de gain de place tres appreciable. Et accessoirement, ce sera un peu moins lourd. Il est 10h. Je retourne a la guest-house, je fais mon sac pour 2 jours, mais je laisse mon gros sac a dos ici. J'arrive a la gare, 10h30. Je veux reserver, mais il y a un os : Le train de 11h05 est plein, le suivant est a 14h ... pas glop ! Devant mon desarroi, la guichetiere me propose de prendre un tortillard jusqu'a Bang Sue, puis de changer de train pour aller a Ayuthaya. Vendu. Bizarrement, mon billet part de Bang Sue. Alors je monte dans le tortillard, voie numero 8, et j'arrive a Bang Sue 30 minutes plus tard sans que personne ne me demande rien. J'arriverai finalement a Ayuthaya vers 13 heures, et 1 heure plus tard, je serai sur une mob pour decouvrir la ville et les environs. Ouf .... ce soir, je suis couche a 22 heures max ! Demain jeudi, retour sur Bangkok par le train de 16 heures. Puis vendredi depart pour Phnom Penh, capitale du Cambodge.

Ayuthaya, 29 Decembre

Visite ce matin de plusieurs temples ou du moins ce qu'il reste, dissemines aux quatre coins de la ville. La ville d'Ayuthaya est ainsi, construite autour de ruines et certains temples bouddhistes recents ont meme ete eleves au milieu de ruines du XV ou XVIeme siecle, c'est tres etonnant et sympatique. Ayuthaya ... capitale du Siam de 1350 a 1767, situee a 86 km au nord de Bangkok. Du temps de sa splendeur, la ville pouvait s'enorgueillir d'avoir 1 million d'habitants. Aujourd'hui, ils sont un peu moins de 80 000. La ville fut pillee une premiere fois par les birmans en 1592, mais le roi d'alors, un certain Naresuan, reussit a tuer le prince birman Maha Uparaga. Il est a noter que Naresuan, a l'age de 9 ans, avait ete capture par les birmans et resta leur otage pendant 6 ans. Des lors, ce fut une periode de relative stabilite et il n'y eu plus d'invasion durant presque 2 siecles. Puis les birmans mirent de nouveau a sac la ville en 1766, sonnant le glas de la capitale qui fut deplacee d'abord a Thonburi (sur la rive du Chao Phraya opposee a Bangkok) puis a Bangkok en 1782.

Quelques cliches pris au cours de ces dernieres 24 heures : La premiere photo est justement une statue de Naresuan a l'entree du "Wat Kao Thong" (Wat signifie temple). La deuxieme est un detail celebre du Wat Mahathat. La troisieme est le Wat Chaiwattanaran, la derniere enfin est un bouddha du Wat Yai Chai Mongkorn.





Retour sur bangkok en train, puis visite rapide de Chinatown pur chercher des pellicules photos, c'est la ou j'avais trouve le moins cher lors de ma visite il y a 15 jours. Le soir venu, ce quartier est veritablement une fourmiliere, avec un tas de petits vendeurs qui vendent de tout et de n'importe quoi : Les chaussures d'enfants usages, des amulettes, beaucoup d'amulettes, des piles, des tournevis, une tete de piolet (pour attaquer la face nord du Sofitel de Bangkok ?), des vieilles cassettes et des DVD et VCD pirates, des Ray-Ban (ils n'y plus qu'ici qu'on porte encore ce genre de lunettes qui donne des allures de grenouille, non ?), des billets de loterie, beaucoup de billets de loterie, qui ne doivent pas etre que de la loterie vu la ferveur montree par certains avant de choisir le bon ticket. Et puis des petits restos ou l'on mange pour 3 fois rien. Je me suis assis sur une longue table commune dans la rue, et j'ai montre que je voulais la meme chose que mon voisin : Des pates (noodles) larges, avec du soja, des oeufs frits dans une sauce inconnue, du basilic, des cacahuetes, des herbes que je ne connais pas, et le tout cuit dans une huile utilisee tres souvent ici (sesame ?), le tout accompagne d'une sauce d'huitres. Un vrai regal, il y en avait pour deux, et ca tombait bien car j'avais une fin de loup, et j'ai paye ... 25 baths, soit 0,52 euro ! Je quitte la Thailande sur une agreable surprise : A part a Bangkok ou de maniere generale je n'ai pas trouve la population locale tres sympatique, ce pays est reste celui du sourire. Mes relations avec de nombreuses personnes furent vraiment tres chouettes et je reste persuade que c'est une destination ideale pour ceux qui veulent faire un premier voyage en individuel en Asie du Sud-Est. J'ai constate a plusieurs reprises des problemes d'obesite chez des jeunes qui n'avaient pas 15 ans.

vendredi, novembre 25, 2005

Vietnam

Ha Noi, 25 Novembre

Le Viet Nam ... ceux qui me connaissent savent combien je suis particulierement attache a ce pays, alors revenons quelques annees, et meme quelques siecles en arriere. Le pays qui s'appelle aujourd'hui le Viet Nam etait compose il y a fort longtemps de plusieurs royaumes. Tandis que le peuple vietnamien etait installe au Nord de l'actuel Viet Nam, plusieurs royaumes eurent une influence considerable dans la region, tels le Funan au centre et le Champa plutot au sud. Tous deux empruntent a l'art indien et utilisent le sanskrit comme langue sacree. Pendant tout le premier millenaire, ces royaumes furent sous l'emprise des chinois, qui conquirent le delta du fleuve rouge (Ha Noi) au IIeme siecle avant JC. Ceux-ci imposeront un pouvoir centralise mais certains seigneurs s'y opposeront fermement. C'est la chute de la dynastie chinoise des Tang, au debut du Xeme siecle, qui scellera le sort de la domination chinoise dans la region. S'en suivent des periodes de conflits contre les chinois, les chams, les khmers, mais les vietnamiens poursuivent neanmoins leur extension vers le sud. Les chinois reprendront le controle du pays au debut du XVeme siecle, mais un celebre philanthrope, considere comme un plus grands heros du Viet Nam, Le Loi, parcourt alors le pays en ralliant la population a la cause anti-chinoise. Ce sera alors la fin de la main-mise chinoise sur la region et egalement la fin du royaume du Champa. S'en suit alors une periode de rivalite entre deux seigneurs de guerre, les Trinh au Nord et les Nguyen au Sud. Ce seront finalement les Nguyen qui emporteront le morceau, portant au pouvoir plusieurs membres de leur dynastie au cours de l'histoire. La plupart de ces empereurs auront une politique expansionniste, s'appropriant de larges territoires appartenant au Laos et disputant au Siam (la future Thailande) certaines terres encore sous le controle de l'empire khmer en pleine decadence.

La presence francaise, elle, remonte officiellement a 1862, date a laquelle Tu Duc signe un traite cedant les trois provinces orientales de la Cochinchine a la France. Mais nos petits soldats ne s'arreteront pas la, ils vont attaquer Hue et rentrer en Annam (le centre du pays). Des lors, les francais vont imposer un traite de protectorat a la cour imperiale. L'union indochinoise est creee en 1887, elle sera composee de la Cochinchine (Sud du Viet Nam), de l'Annam (le Centre), du Tonkin (le Nord), le Cambodge et le Laos. Des lors, des troubles vont se faire jour pour lutter contre le colonialisme, se traduisant par des greves a repetition dans les usines, les chantiers navals, etc ... de nombreux intellectuels s'opposent a la presence francaise, et Ho Chi Minh sera parmi les grands leaders a demander le retour a l'independance du Viet Nam. Le 2 septembre 1945, apres quelques annes de domination japonaise (ceux-ci avaient neamoins laisse aux francais la charge des affaires courantes ..), Ho Chi Minh declare l'independance du Viet Nam. La France, neanmoins, qui ne l'entend pas de cette oreille, reprend le controle du pays et en Novembre 1946, la bombardement du port de Hai Phong (en baie d'Ha long) mettra le feu aux poudres : Ce sera le debut de la guerre d'Indochine, qui prendra fin en Mai 1954 par la tristement celebre bataille de Dien Bien Phu, au cours de laquelle le general Giap reussit a installer des centaines de mortiers sur les hauteurs des collines environnantes, a dos d'hommes, sans que l'armee francaise ne se doute de la moindre chose. Apres un siege de 2 mois, 10000 soldats francais se rendent au Viet Minh, agards ...
Ce seront alors les accords de Geneve, en Juillet 1956, qui scelleront - provisoirement - le sort du Vietnam, partage au niveau du 17eme parallele. A la suite de ce partage, l'instabilite au Sud du pays est alarmante : Suite a l'assassinat du president Diem (avec la benediction des Etats-Unis, qui semble-t'il n'etaient deja pas d'accord, a l'epoque, entre leurs differents services, sur la conduite a tenir a son sujet), les chefs d'etat se succedent a une vitesse impressionnante. En fait, et sans la moindre analyse politique serieuse a ce sujet car ils en etaient tout simplement incapables (c.f le bouquin de l'ancien secretaire a la defense, Robert Mc Namara) , les americains ont la trouille que si le Sud-Viet Nam tombe aux mains des communistes, toute la region basculera. C'est ce que l'on appelle la theorie des dominos .... Apres plusieurs annees de guerre meurtriere, au cours desquelles le congres americain devra voter toujours plus de credits pour l'effort de guerre, les vietnamiens, armes par la Chine de Mao, feront tomber les americains. D'abord au cours de l'offensive du TET, en 1968 : Le siege de Khe Sanh, dans le centre du pays, etait prevu pour faire diversion, cependant que le Viet Minh s'infiltrait dans Sai Gon et dans une centaine de villages alentour. Au soir du 31 janvier 1968, en pleine nuit de nouvel an lunaire et devant les cameras de television, le Viet Minh fait irruption dans la cour de l'ambassade des Etats-Unis. Pensez-vous que Bush aurait continue a siroter son milk-shake ? En tout cas, nombre d'americains qui sont devant leur tele sont sous le choc, et malgre les belles paroles des politiques de l'epoque, ce sera pour le peuple americain le debut d'une prise de conscience. Certains d'entre vous se souviennent peut-etre des images de manifs populaires ou etudiantes sur les campus universitaires, ou des chansons de Joan Baez ... Des lors, les americains vont commencer a se desengager, progressivement, en laissant a l'armee du Sud-Viet Nam le soin de regler le probleme ... mais celle-ci, alimentee grace aux credits americains, ne peut rien contre l'armee du Nord. Le 30 Avril 1975, apres 3 jours de debacle qui voient des contingents entiers de soldats et une foule impressionnante de civils se replier vers le Sud dans la plus totale desorganisation, les chars nord-vietnamiens entrent dans Sai Gon, sans avoir rencontre la moindre resistance durant toute cette avancee. Le dernier president Sud-Vietnamien aura exerce durant 42 heures .... Ceux qui furent gros Jean comme devant ce sont les vietnamiens qui s'etaient engages comme soldats Viet-Cong (armee parallele qui s'est battue pour la liberation du Sud, mais n'ayant pas les memes objectifs que le Viet-Minh communiste). Ceux-la croyaient qu'une fois le Sud "libere", ils auraient des postes importants au gouvernement. Que nenni .... au lieu de ca, les communistes se sont installes et ont proprement remercie tous ceux qui s'etaient battus a leurs cotes durant ces dernieres annees de guerre. Puis ce fut la chasse aux intellectuels, aux medecins, aux professeurs, a tous ceux qui pouvaient representer un danger pour le pouvoir. Tous ceux-la, apres avoir ete plumes (maisons et biens confisques du jour au lendemain), se sont vus contraints de quitter le pays ... ils prendront le nom tristement celebre de "boat-people". Contraints de tout donner, jusqu'a leur dernier bijou, il partaient souvent dans des bateaux remplis a ras bord, vers une destination incertaine, les plus chanceux reussissant a atteindre une cote amie (par ex la Thailande) ou a etre recuperes par un bateau complaisant. Pour les autres, la faim, la soif, la vieillesse, le mauvais temps, le mauvais sort qui les faisait revenir vers la cote ou tomber sur des pirates, autant de facteurs qui faisaient que leur sort etait scelle ... c'etait la mort certaine, car de toute facon, ils n'avaient plus rien a donner. Parmi les rescapes, nombre d'entre eux sont arrives en France dans parler un mot de francais et quelques annees apres leur arrivee sur notre sol, etaient a la tete d'entreprises florissantes ...

A present, le Viet Nam redresse lentement la tete. Apres un frein brutal dans les investissements a la fin des annees 90, j'ai l'empression que depuis 2 ans, de nombreux "viet khieu" (vietnamiens expatries) sont autorises a revenir au pays pour y investir l'argent gagne a l'etranger. Il semblerait donc qu'une nouvelle politique se mette en place, et c'est tant mieux pour ce pays qui a toutes les cartes en main pour etre un des leaders economiques dans la region.

Thai Nguyen, 26 Novembre

Voila ce que c'est que de voyager la fleur au fusil ... je suis parti ce matin de Ha Noi, direction Cao Bang. Premiere etape Thai Nguyen, afin de changer de bus. Premiere partie du trajet impeccable, arrive a Thai Nguyen vers 12h30, je me dirige vers un des petits restaurants du terminal de bus afin de me substenter. Car oui, je me substente regulierement, figurez-vous ... Bref, apres avoir ingurgite mon "co'm heo" (riz avec du porc), je me pointe la tronche enfarinee au guichet du terminal et grace a mes trois mots de vietnamien, je demande un ticket pour la destination sus-mentionnee. Mais voila que le gars me regarde avec un air etonne et me repond "sang mai nam gio". Alors la, je me suis dit que la partie n'etait pas gagnee ... je lui ai fait repeter afin d'etre sur d'avoir bien compris, et ... je suis alle trouver une chambre d'hotel. Pour l'equivalant de 8 euros, j'ai droit a une petite piaule tres confortable et tres propre dans ce qui ressemble (pour moi) a un palace. Cet apres-midi, j'ai donc profite de cette pause forcee dans cette petite bourgade pour me balader dans la campagne environnante, ou ma foi il n'y a pas grand-chose a voir, simplement des gens souriants qui me saluent, tous autant qu'ils sont. Je compte me trouver ce soir encore un petit restau de quartier ou les plats depassent rarement 12 000 a 15 000 dongs, c'est a dire moins d'un euro.

Ah oui, au fait, "sang mai nam gio", ca veut dire "demain matin a 5 heures" ...

Je voulais vous parler un peu du vietnamien : L'ecriture actuelle s'appelle le "Quoc Ngu", et cette forme a base de lettres romanes a ete creee par un jesuite francais, Alexandre de Rhodes, vers 1642. Ce jesuite, probablement un brillant sujet, prechait en vietnamien 6 mois apres son arrivee au pays du nem croustillant. A l'epoque, l'ecriture vietnamienne se declinait en ideogrammes, et malgre les efforts des jesuites pour imposer le Quoc Ngu- cela permit tout de meme une meilleure diffusion de l'evangile -, celle-ci ne fut reellement instituee que ... 250 ans plus tard ! En effet, les mandarins qui, seuls, avaient la connaissance des ideogrammes, voyaient d'un mauvais oeil cette nouvelle ecriture accessible a un plus grand nombre. Ce n'est donc qu'au debut du XXeme siecle, apres la fin du mandarinat, que cette ecriture devint celle que l'on connait aujourd'hui.

Quant a la langue, il s'agit d'une langue tonale comportant 5 tons : Par defaut, la langue est plutot parlee sur un niveau haut (c'est le 6eme ton). Ces tons sont identifies par un accent sur le caractere, toujours une voyelle. Les differents tons sont :

- Ton bas et court : represente par un point sous le caractere
- Ton montant : represente par un accent aigu sur le caractere
- Ton descendant : represente par un accent grave sur le caractere
- Ton montant puis redescendant legerement : represente par un point d'interrogation sur le caractere
- Son "ondulant" : represente par un ~ sur le caractere

Et je ne vous parle pas des autres accents, mais qui ne sont pas des tons. Ce sont des sons, enfin plutot des caracteres qui appartiennent de fait a la lettre. Par exemple l'accent aigu decalle par rapport a la lettre, qui indique un son "ouvert". Par exemple "di cho'i", qui veut dire "se promener", se prononce "di tcheuille".

Voila. C'est note ? Dans 3 jours, interro pour tout le monde.

Cao Bang, 27 Novembre

Il fait nuit, le bus est parti depuis 10 mn et deja on s'arrete. Le chauffeur me dit "an com", cela veut dire "manger". Alors on descend et nous voila tous devant une soupe, le fameux "pho". "Pho" se prononce "Feuuu", et c'est une soupe qui tire son nom du "pot au feu" francais, dont les vietnamiens on conserve le dernier mot et le prononcent a la vietnamienne. Avec un "?" sur le o, ce qui donne un son ... un son ... pffff ..... personne n'a revise, c'est nul !

Au fil des kilometres, la brume souleve subrepticement son long manteau de coton blanc pour laisser decouvrir une vegetation luxuriante aux frondaisons encore invisibles. Les rizieres semblent seches, mais leur dessin aux courbes elegantes participent grandement a la beaute des paysages qui defilent sous mes yeux encore un peu endormis. Il nous faudra 6 heures par une bonne petite route de montagne pour arriver a Cao Bang. Cette petite bourgade de 45 000 habitants ressemble a Lao Cai, situee elle aussi non loin de la frontiere chinoise : De larges avenues desertes ou les voitures se font plutot rares, frequentees seulement par quelques mobylettes et des velos qui semblent crier leur douleur tous autant qu'ils sont. A chaque tour de pedale, ils semblent extirper par tous les pores de leur squelette de fer et de caoutchouc des sons inquietants ... Mais peu importe, ici, personne ne semble presse.

La frontiere chinoise est a une vingtaine de km plus au nord, et un peu plus a l'Est, c'est le Col de l'amitie. Drole de nom pour un lieu qui a vu entrer les troupes chinoises envahir le Nord-Vietnam en 1979, mais qui se sont vues infliger une telle fessee par l'armee vietnamienne qu'elles en sont ressorties presque aussi vite qu'elles y etaient entrees, 15 jours plus tard ! Cette intrusion faisait elle-meme suite a l'invasion des troupes vietnamiennes au Cambodge, en Janvier 1979, ce qui allait mettre un terme a la domination khmere rouge dans ce qui s'appelait a l'epoque - et quelque peu abusivement a mon sens - le "Kampuchea democratique". Democratie a la sauce Pol Pot, mais j'y reviendrai plus longuement en Janvier lorsque mes pas me meneront au Cambodge.

Aujourd'hui en fin d'apres-midi, j'ai reussi a negocier (et en viet s'il vous plait !) une mob pour 2 jours. Au depart, le gars en voulait 200 000 dongs par jour, je l'ai finalement eue pour 160 000 pour les deux jours (10 dollars). Je dois avoir du sang chinois pour tirer des prix comme ca ...

Cao Bang, 28 Novembre

Bien, soyons clairs, je ne suis pas chinois. Ce matin, pas de mob en vue ... j'avais prevu de la recuperer a 7 heures, alors lorsque le proprio est sorti a 8 heures, je lui ai fait gentiment remarquer, avec mon meilleur sourire. On dit que la nuit porte conseil, ben en ce qui le concerne elle a plutot ete mauvaise conseillere. Sitot plonge dans les bras de Morphee, une petite voix a du lui sussurer a l'oreille que s'il pouvait tirer 5 USD par jour pour sa becane, il pourrait en avoir plus. Eh ben non, avec Bibi un prix fixe et un prix sur lequel on ne revient pas, alors quand il m'a montre "100" pour 100 000 par jour, je lui ai souri et j'ai tourne les talons. J'ai essaye d'en trouver une autre, impossible. Il semblerait que la location de petrolettes ne soit une pratique connue dans la region, contrairement a Sa Pa, dans le Nord-Ouest. Enfin, quand je dis que l'on en trouve pas, c'est faux : Un des conducteur de ces engins s'est arrete pour me proposer ses services, mais quand je lui ai dit que je voulais en louer une, il m' a propose la sienne a 40 USD ! Par jour ! On croit rever ....

J'ai donc taille la route, car je me suis promis que chaque jour devait m'apporter mon lot de bonheurs, petits ou grands. A 3 km de la sortie de la bourgade, j'ai avise un petit sentier qui se dirigeait vers un pont suspendu, ouvrant la voie a un chemin qui s'enfoncait vers les hauteurs. Je me suis engage et deux heures plus tard, je me retrouvais a traverser des paysages dont je vous livre maintenant la primeur. Et puis ayant passe une partie de la journee a observer nos amies les betes, deux jolies images en verite enfin moi je trouve.



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Cao Bang, 29 Novembre

Grosse rigolade hier soir dans le petit restau ou je suis retourne manger. Visiblement, la fille de la patronne essaye de se caser. Remarquez, a 40 ans, c'est legitime. Sauf que derriere elle, sa mere me faisait de grands signes pour me dire que je ne supporterais pas ses 80 kilos ... d'ou la grosse rigolade, car la fille faisait ca visiblement sans illusion. Le peu de vietnamien que je connais (mais je progresse vite, je n'ai pas le choix ici) nous a suffit a passer un excellent moment ! D'ailleurs, sitot finies ces quelques lignes, j'y retourne !

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas ... il semblerait qu'il y ait une frenesie de construction de routes dans la region, ainsi apres avoir suivi un petit cours d'eau, j'ai passe ma matinee a fuir les tracto-pelles et autres camions bennes. Et dire que quand j'etais gamin, je voulais etre conducteur de pelleteuse ...

Ma journee fut neanmoins recompensee en debut d'apres-midi lorsque j'ai debouche sur des rizieres perdues au milieu de nulle-part :


















Et toujours nos amies les betes a l'honneur, car j'ai passe une bonne demie-heure a regarder ces bestioles !




Rien a voir, une petite derniere maintenant, la fille des voisins a cote de l'hotel :


Cao Bang, 30 Novembre

Derniers instants a Cao Bang ... demain, depart pour Lang Son, avant de redescendre sur Ha Noi, puis direction Hoi An. Ce sera alors l'occasion pour moi de prendre un peu de repos, car les semaines passees ne m'ont pas vraiment permis de me reposer. Il va falloir que je prenne des vacances, en quelque sorte. J'ai commence aujourd'hui : Un mal de chien a sortir de mon lit, les jambes un peu lourdes, le ciel bouche, bref, pas d'entrain au lever du corps pour aller tater du sentier en terre battue. Alors d'abord, aller dejeuner d'un pho, comme tous les matins, et aller decouvrir la ville. Voici quelques cliches pris ce matin, au marche installe le long de la riviere. Deux curiosites, la premiere, photo en haut a gauche. J'avais deja vu ce genre d'etal en Chine, mais jamais sur un marche au Viet Nam ....

Deuxieme curiosite, photo en bas a droite. Deux femmes proposaient des larves d'abeilles se tortillant dans leurs alveoles, ainsi que les abeilles elles-memes, enfermees dans des bouteilles de plastique.




Lang Son, 2 Decembre

Elle essaie de se frayer un chemin parmi la foule compacte comme un vieux fromage de chez Maria, ma fromagere preferee. Puis elle se trouve une petite place, coincee entre deux etals de legumes poses a terre. D'un geste rapide, elle fait basculer la bequille puis s'eloigne tranquillement mais la ruelle, tres legerement en pente, entraine le velo dans une courbe dangereuse. Elle le retient, fouille dans un sac sans age et en sort ... un caillou. Un petit caillou qu'elle depose lentement devant la roue arriere. Puis s'en va. Pendant ce temps, juste a cote, quelques femmes assises autour d'une charette sur laquelle reposent des tiges de canne a sucre ont une discussion animee sur un sujet qui doit surement etre passionnant et assurement passionne, vu le niveau sonore du dialogue. Plus tard, les tiges seront debitees en troncons de quelques 20 cm et epluchees, et seront destinees a un grignotage avide de la part des enfants comme des adultes. D'autres tiges seront passees dans une machine a ecraser l'ecorce, le jus sera recupere et accompagne d'un ou deux glacons, on pourra alors deguster le fameux "nuoc mia". Pour les curieux, on en trouve chez Tang (mais pas aussi bon na na neeereuuu).

A mesure que le temps passe, les paniers se remplissent de victuailles diverses. Aux quatre coins du marche, les fourneaux commencent a s'allumer : Il est presque 11 heures, et les ventres se font vides comme la cervelle d'un flic sous la tutelle de Sarkozy. Les odeurs de viande grillee remplissent l'air de leur fumet si caracteristique, et ca commence a titiller l'estomac ...
Les vendeurs de legumes, de the, de viande rouge, de fruits, d'herbes en tout genre, de tabac, de pieces en fer forge, de poisson, d'encens, de champignons incertains et de pipe a opium, tous se retrouvent sur ce marche pour y faire quelques affaires et ramener les dongs necessaires a nourrir la famille. Quant aux mobylettes, elles essaient de se faufiler a grand renfort de klaxon.
Beaucoup de couleurs egalement sur ce marche : Plusieurs ethnies vivent dans les environs et viennent soit faire leurs emplettes soit proposer leurs produits. Tuniques bleues sur pantalons noirs, chemises rayees, turbans colores, cols et manches cousus de fils vert ... tout participe a faire de ce marche et de cette region en general un enchantement.

Je n'aurai qu'un seul regret en quittant la region demain matin, c'est de n'avoir pas pu m'arreter a Dong Khe, a mi-chemin entre Cao Bang et Lang Son. Cette minuscule bourgade nichee dans une petite plaine est totalement perdue au beau milieu des plus belles rizieres qu'il m'ait ete permis de voir ici. Mais je voulais voir Lang Son, aussi lorsque le bus est reparti, j'ai regarde derriere moi un moment avant que nous n'arrivions au col et que nous nous engagions sur l'autre versant.

D'autres n'auront tout simplement pas eu le temps de se retourner. Au cours de la guerre d'Indochine, toute la region a ete le theatre de combats acharnes et d'embuscades. Les victoires furent aussi heroiques que les defaites furent cuisantes. Quand on evoque Lang Son ou Dong Khe a un "ancien de l'Indo", j'imagine qu'il doit avoir du mal a en parler. Henri, tu etais dans le sud, vers Long Xuyen, mais peut-etre as-tu recueilli les temoignages de certains qui ont connu cet enfer ? Benoit, ton pere y etait peut-etre ?


Cela fait une semaine que j'ai quitte Ha Noi, cela fait 1 semaine que je n'ai pas vu un touriste. Cao Cao Bang etant isole et Lang Son n'etant qu'un point de passage vers la Chine, mis a part les rizieres qui s'etalent autour de ces villes et les grottes amenagees en autels bouddhiques, il n'y a pas grand chose a y faire. L'avantage est que cela m'aura permis de parler un peu le vietnamien, et meme si je n'ai pas forcement appris grand-chose de nouveau, j'ai l'impression d'avoir monte une petite marche.

Ha Noi, 3 Decembre

Lac Hoa Kiem, au sud du vieux quartier de Ha Noi ... il est presque 19 heures, la nuit est tombee depuis un bon moment. A quelques metres de moi, un groupe de femmes se relaxent en pratiquant des exercices de gymnastique qui n'ont rien avoir avec le traditionnel Tai-Chi pratique en Chine. Le style de l'une d'entre elles m'inciterait meme, si j'etais un brin farceur, a deposer a ses pieds un petit magneto regle sur la piste 3, celle de "YYYYYYYMCA".

Mais bon, n'ai pas de magneto ...

Au milieu de ce petit lac trone une tour aux arcades illuminees et qui fait un peu figure de gros nenuphar, plantee la par un dieu bien genereux. Sa base brille de mille feux. La legende dit que ce lac est habite par une tortue geante, qui ne sort que pour les grandes occasions. Visiblement, ma venue n'en etait pas une. Point de tortue en vue, mais plutot quelques touristes qui se dirigent vers leur hotel d'une demarche trainante, epuises qu'ils sont par une journee de marchandage pour gagner 10 balles au final (j'en fais parfois partie). Tiens, pas loin de moi, il y a un de nos amis teutons qui porte un tee-shirt sur lequel est imprime en grosses lettres (pour qu'on les voit bien ?) "Frolic". Ce n'est pas une marque de croquettes pour chiens ou chats, ca ? Je ne suis pas diplome en croquettes mais quand meme, ca me dit quelque chose.

C'est le moment aussi ou le vent se leve imperceptiblement, caressant le visage des amoureux venus declarer leur flamme a leur belle, dans une attitude de tendresse toute contenue, assis sur l'un des bancs qui ceinturent la lac. A moins que ce ne soit pour leur annoncer qu'ils ont plante la bagnole dans un fosse, la veille au soir. La methode peut eventuellement etre la meme. Apres tout, a chacun d'imaginer son histoire ...

Allez, ce soir, je vous laisse sur une photo rigolote. Il s'agit d'un photographe qui propose ses services aux gens qui viennent visiter la petite ile se trouvant au milieu de ce meme lac. Pour rire, je lui ai dit "10 000", il a cru que c'etait pour me prendre en photo. Mais quand il a vu la sienne et qu'il a compris que c'etait moi qui lui demandais 10 000, ca l'a fait rigoler !

Et dire que parfois, je dois ressembler a ca ....

Da Lat, 8 Decembre

Petite visite sur les hauts-plateaux du Viet Nam non prevue a l'origine, mais apres mon vol de Ha Noi vers Da Nang, je me suis rendu dans la charmante petite ville de Hoi An, ou j'y ai de bons amis. Mais bon, le mois de Decembre n'etant pas ideal pour visiter la region, j'ai decide de me replier pour quelques jours vers les hauts-plateaux du Centre Viet Nam pour quelques jours, histoire de "laisser passer l'orage". De plus, je serai sur place pour assister aux premiers jours du festival des fleurs qui debute le 10 Decembre.

Bangkok, 15 Decembre (mais ecrit a Hoi An le 13 Decembre puis sauvegarde)

Tout d'abord, quelques explications sur mon long silence. Tout d'abord, il arrive souvent a Hoi An que les liaisons Internet soient perturbees, et il semblerait que les fortes intemperies qui sevissent en ce moment sur tout le Viet Nam n'y soient pas etrangeres. Dans un premier temps, il m'etait impossible de visualiser mon blog pour des raisons sur lesquelles je reviendrai plus tard. Puis dans un deuxieme temps, il m'etait devenu simplement impossible de rajouter quoi que ce soit, peut-etre a cause de problemes techniques ou pour les memes raisons que je compte vous exposer plus tard. J'ai donc ecrit les lignes qui viennent il y a plusieurs jours, mais c'est seulement aujourd'hui que je peux les mettre en ligne, grace a la generosite d'un monsieur de Hoi An qui, voyant mon profond desespoir devant mon blog qui faisait "plouf" a chaque fois, m'a genereusement donne une disquette afin de sauvegarder le texte que j'avais pris soin d'enregistrer dans un fichier texte.

Retour a Hoi An ce matin par le bus de nuit en provenance de Da Lat, avec arret de 6 heures hier apres-midi a Nha Trang. Quelle ne fut pas ma surprise a cette occasion d'etre reconnue par une jeune fille que j'avais prise en photo il ya 4 ans, puis il y a 2 ans, pratiquement au meme endroit. Il semblerait d'ailleurs que les personnes qui vivent de petits metiers sur la plage (vente de bijoux fantaisie, de bonbons, de cigarettes, de bouquins, de massages) aient leurs terrritoires bien delimites (en fait une portion de plage) et ne soient pas autorises a en sortir.

Voici une photo de Nha Trang, sous un jour qui n'est assurement pas le meilleur :

Le festival des fleurs de Da Lat a donne lieu a une soiree que je pourrais qualifier de plutot foireuse, jugez-en plutot : Apres etre arrive aux abords du lac sur lequel etait montee une scene et autour de laquelle des pontons joliment fleuris avaient ete disposes, et apres avoir joue un peu des coudes pour approcher de l'estrade montee pour l'occasion, je me suis apercu que ces gradins etaient reserves a ceux qui montraient patte blanche, la papatte etant en l'occurence un carton d'invitation. Soit. Je me dirige donc vers l'emplacement reserve au "Viet Nam d'en bas", c'est a dire la petite surface herbeuse et pentue qui plongeait vers le lac, et qui a vu tout de meme deux personnes tomber a l'eau pendant le temps ou j'y suis reste. Cote ambiance, plus l'heure approchait et plus il fallait jouer des coudes, une melee du stade toulousain ressemblant a cote de ca a un flocon de neige s'ecrasant lourdement sur une plume. Heu ... non, la, j'exagere un peu. Un grand gars, d'origine allemande ou autrichienne, a soudain bouscule quelques personnes derriere moi tout en balayant le sol d'un regard incredule, en essayant de se persuader que ce qui venait de se passer ne pouvait pas lui arriver. Pas a lui. Pas ici : plus de banane ... plus d'argent, peut-etre plus de passeport. Je conseille a ceux qui partent dans des pays un peu "chauds" (le Vietnam n'en faisant par partie, je precise), d'acheter une banane "blindee" : Crochets de securite pour fermer les poches autour de la taille et armature incorporee dans la sangle, de facon a empecher un coup de couteau qui libererait immediatement la banane. Ce qui n'empeche pas, bien entendu, de rester sur ses gardes dans ce genre de circonstances et de lieu de grand rassemblement, qui sont le foyer ideal des pickpockets en tout genre. Pour revenir au festival proprement dit, pendant ce temps, des vehicules fleuris defilaient dans mon dos, sans que je ne puisse rien y voir. Comme choix d'emplacement, c'est ce qui s'appelle faire mauvaise pioche. Enfin, vers 21h30, lorsque des danseuses sont entrees sur la scene flottante, j'ai pu apercevoir, au prix d'un effort necessitant une torsion du cou non negligeable et une position sur la pointe des pieds non moins acrobatique, un bout de tutu ... J'ai alors decide que ce serait le clap de fin de soiree. Pour me consoler, je suis alle me taper les fraises que je m'etais achetees sur le marche, pour elles au moins, je n'avais pas besoin d'invitation. Accompagnees d'un yaourt, ce fut un delice. On se reconforte comme on peut ...

Da Lat est la region des fraises par excellence mais aussi de plein d'autres bonnes choses : Le choux (attention, autant les fraises peuvent etre consommees avec un yaourt, autant le choux, c'est a vous de voir), les carottes (idem), les salades (faut voir ...), et bien entendu l'artichaut, qui s'appelle ici "a ti so". Si vous n'avez jamais goute du the a l'artichaut, je vous invite a le faire, pour ma part je trouve ca delicieux. Pourtant, au depart ce n'est pas gagne : Je n'aime que tres moyennement le the et l'artichaut n'a jamais ete mon truc. Comme quoi, il y a des accords qui semblent parfois contre nature mais qui peuvent tres bien fonctionner.

15 Decembre

J'ai consacre une bonne partie de la journee d'hier a une visite a ce qui etait il y a quelques annees l'orphelinat du Sacre-Coeur a Da Nang. De nombreux vietnamiens (et miennes) ont ete adoptes par des familles francaises pendant la guerre du Viet Nam, et j'ai la chance de compter parmi mes amis deux personnes qui sont dans ce cas. J'espere qu'elles ne m'en voudront pas de parler de ce sujet dans mon blog ... J'ai donc fait un petit travail de memoire et de recherche qui n'est pas pour me deplaire, meme si je suis bien entendu moins concerne qu'elles. Bizarrement, le deroulement des conflits reserve parfois des surprises, au regard par exemple de ces GI's qui se rendaient essentiellement le dimanche a l'orphelinat pour prendre soin des enfants qui avaient ete recueillis, peut-etre orphelins de parents tues par les memes GI's quelques jours auparavant. Image contre nature, un peu comme les soldats allemands et francais de la guerre 14-18 qui se tenaient en joue a quelques metres de distance, mais qui passaient parfois la soiree ensemble en jouant aux cartes ou en buvant en coup le plus fraternellement du monde, avant de se dechirer le lendemain dans les tranchees boueuses de la Somme ou d'ailleurs. J'ai rencontre des soeurs qui avaient travaille a l'orphelinat pendant la guerre, d'autres qui sont arrivees apres, mais toutes ont ete d'une grande gentillesse et d'une grande patience pour me parler de ce passe douloureux et me faire visiter les lieux qui sont maintenant une ecole.

J'ai un peu de retard concernant les photos, alors en voici quelques-unes avec les commentaires qui vont bien (enfin, j'espere ...)

Tout d'abord, une sequence "Souvenirs Souvenirs ...." :


Vous pouvez remarquer que sur la photo du bus (prise a Ha Noi), le sigle de la RATP est toujours bien en place .... est-ce a dire que nous refilons nos vieux bus aux viets, et de preference ceux qui ont subit le joug de nos petits sauvageons ? Ce ne serait pas tres sympa, apres tout ce qu'on a deja fait subir a nos amis vietnamiens ...

Quelques photos de Hoi An sous les intemperies :

Une speciale bonne humeur, et pour la bonne bouche. J'avais deja parle de la "soupe tonkinoise", le fameux "Pho". Il peut etre servi avec du porc, mais le plus souvent il est propose avec du boeuf. Il semblerait meme que dans ce restau, on ait les cornes qui soient servies avec ....

Enfin, vous etes quelques-uns a vouloir voir ma trombinette. Alors meme si ce n'est pas trop mon truc, je trouve celle-la sympa. Elle a ete prise hier en rentrant de Da Nang, sous la pluie battante, grace a mon petit numerique etanche.

mercredi, octobre 12, 2005

Preparatifs - Inde - Bangkok

Tant de choses ont déjà été écrites sur les voyages .... nulle envie, donc, de rivaliser avec ces grands noms tels que Alexandra David-Néel ("Négliger les petites choses sous prétexte qu'on voudrait en faire des grandes, c'est l'excuse des lâches") ou Théodore Monod ("J'avais trop longtemps attendu de pouvoir pénétrer un jour dans un monde jusque l' interdit, pour ne pas accueillir avec une émotion profonde l'occasion de pouvoir en franchir enfin les limites"), ou tant d'autres encore ...

Théophile Gautier, lui, avait écrit "Un des grands malheurs de la vie moderne, c'est le manque d'imprévu, l'absence d'aventures". Les chinois, eux, pensent que "Le vrai voyageur ne sait pas où il va" !

Enfin cette dernière, qui se prête particulièrement au moment présent, à quelques heures de mon départ pour ce tour du Monde en 10 mois, qui me mènera de l'Inde au Vietnam en passant par le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie peut-être, la Chine, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili, l'ile de Pâques, la Bolivie et enfin le Pérou : "Et il n'est rien de plus beau que l'instant qui précède le voyage, l'instant où l'horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses". Elle est de Kundera.

Pour ma part, la phrase qui retient toute mon intention et qui - je le sais - ne me quittera pas au cours des 10 mois à venir, qui résume mon désir de me confronter au Monde, d'aller au devant de la rencontre, de l'émotion, de l'aventure, c'est celle que l'on attribue à un marin bien de chez nous, Loick Peyron :

Le plus beau voyage est celui que l'on n'a pas encore fait

Pour les amoureux de belles citations, je vous invite à consulter la page suivante appartenant au site ABM, association dont je suis adhérent, et sans qui les rencontres n'auraient pas été ce qu'elle ont été.

http://www.abm.fr/pratique/ecrivoy.html

Je tiens à remercier ici Sophia et Marco pour leur bonne humeur, leur patience parfois, et aussi leur humour.

Je tiens aussi à dire qu'il est difficile de quitter ses amis et ses proches ... mais sachez qu'à mes yeux, l'amitié est plus importante que le reste. Momo (mon frère) et sa famille, les copains et copines du Tai-Chi, tous les amis, mes parents .... je vous aime, et je vous dit "à bientôt" !

J'essaierai du mieux que je pourrai de maintenir ce blog à jour, en y mettant bien entendu quelques photos des régions traversées !

En attendant, une première photo en forme de clin d'oeil, prise en Mars dernier sur un marché de Battambang, au Cambodge.




MUMBAI, 17 octobre

Mumbai, 16 millions d'habitants. Ancienne Bombay, celle ville cosmopolite et bouillonnante procure une etrange sensation. Pollution extreme, mais nombreux espaces verts ou peuvent jouer les gamins. Et ici, inutile de chercher un ballon, il n'y a que batte de cricket qui vale .....

Le nombre de personnes dormant sur le trottoir est considerable, la ville ne pouvant gerer l'affux quotidien de nouvelles personnes provenant de milieux ruraux. Attirees par les profits a realiser, ils s'entassent le soir venu qui sur une natte, qui sur une planche, qui avec simplement une vieille chaussure en guise d'oreiller. Tandis qu'a quelques metres d'eux, les taxis se frolent la moustache, les chauffeurs rivalisant d'audace et de culot pour se rabattre imperceptiblement vers la voie d'a cote .....

Les sollicitations sont par ailleurs nombreuses de la part des vendeurs de rue, mais il suffit d'un peu de patience et d'un sourire pour faire lacher prise a ses accrocs du "He, friend !". A l'un d'eux, a qui je demandais gentiment de me lacher la grappe, je lui ai dit que j'avais de nombreux amis sur la place. Ca l'a fait rire, la partie etait gagnee !

Apres 4 jours passes ici, je vais quitter cette ville a l'architecture coloniale omnipresente. De nombreux batiments sont de toute beaute, par exemple la gare Victoria qui merite vraiment le detour. Dans un autre style, j'ai passe la journee d'hier aux alentours du reservoir de Malabar Hill. Ce petit lac artificiel, au centre d'un petit quartier entoure par des tours aux allures de grandes dames tristes, abrite une population plutot demunie mais fort sympatique. Les femmes en sari vaquent a leurs occupations tandis qu'une bande de momes s'improvisent champions de cricket, envoyant regulierement la balle a quelques cm de la tete d'une femme rouge de colere, vociferant un peu plus fort a chaque fois. Pour ceux qui connaissent le Nepal, en se croirait un peu a Bakhtapur, ville a l'aspect moyen-ageuse qui accueillit il y quelques annees le tournage de "Little Bouddha" de Bertolucci.

Depart ce soir en train de nuit pour Ahmedabad, ce sera ensuite la montee vers le Rajasthan.

UDAIPUR, 21 octobre 2005

Ca y est, "aille didite" comme disent nos amis grands-bretons. J'ai pris le train en Inde ! Ca parait bete, mais voici quelques chiffres pour vous faire prendre conscience ce que represente le train en Inde : 1,6 d'employes, ce qui au passage en fait le plus gros employeur du monde. 11 millions de passagers transportes chaque jour, 7085 stations. Ca calme .... Et alors donc pour me rendre la vie plus belle (meme si je n'ai deja pas a me plaindre), j'ai fait l'aquisition d'un catalogue certes moins complet que celui de la Redoute, mais neanmoins tres utile. Cette revue (que vous ne trouverez jamais chez le coiffeur mais c'est promis : Comme vous etes tous des petits curieux, je le ramenerai a la maison), cette revue - disais-je - s'appelle "trains at a glance". Elle contient les horaires de tous les trains du pays. Vous conviendrez que comme lecture quand on a la tete farcie de bigoudis, ce n'est pas pire que certaines revues dont je taierai le nom, par pudeur. D'ailleurs ca tombe bien, je les ai deja oubliees.

Il existe plusieurs classes de train en Inde : Les 1st (on oublie), les 2nd avec clim 2/3 (c.a.d 4 lits dans le compartiment, les 2nd 3/3 (a 6 lits), les sleepers (non climatisees, celles qui recoivent parfois des visites insolites ...). Je ne connais pas encore les autres classes en "fauteuils". Enfin, j'ai l'impression que les trains partent et arrrivent tous a l'heure. Remarquez, avec 11 millions de passagers/jour, il vaut mieux ....

Par contre, s'il est vrai qu'ils ne brillent pas par leur rapidite (environ 40 km/h), les tarifs sont ridiculement bas : Quand je suis venu de Ahmedabad pour Udaipur (300 km, 8 heures de trajet), j'ai paye en sleeper la somme de 135 roupies, ce qui nous fait le billet a un peu moins de 3 euros. A ce prix, il n'y a pas de couchage prevu, simplement une simple couchette avec plein de gens autour qui mangent, qui se disputent ou qui se font gratouiller le menton par des hommes deguisees en femmes .... c'est du vecu.

Maintenant je veux vous parler un peu de la langue, enfin plutot DES langues. Il existe en Inde 18 langues officielles ! L'Hindi est la langue officielle de l'administration centralisee, et elle est parlee par un tiers a la moitie de la population indienne (je ne les ai pas tous comptes, enfin je veux dire je n'ai pas termine, mais ils sont parait-il plus d'un milliard). C'est un langue d'origine indo-aryenne, tout comme le Urdu, parle lui par un peu plus de 10% de la population. Le Urdu s'ecrit de droite a gauche alors que le Hindi s'ecrit comme le francais. Dans leurs formes, ces 2 langues sont par contre tres differentes : L'une est d'origine devanagri (le Hindi), alors que l'autre est inspiree d'une forme d'arabo-persique, le nastaliq. En feuilletant un bouquin d'apprentissage de ces 2 langues ce matin, il apparait qu'elles ont en commun de nombreux mots ou expressions alors qu'elles s'ecrivent avec des caracteres totalement differents.

J'etais plein de bonne volonte ce soir, et j'avais envisage de vous mettre quelques photos en ligne, mais il semblerait que ma barette de 1 Go ne soit pas reconnue par le bouzin ... ce sera donc pour une autre fois. Et dans cet autre cyber, les cartes format XD ne sont pas reconnues.

J'ai finalement decide de rester une journee de plus a Udaipur car j'ai eu le coup de foudre. Nous nous connaissions de vue depuis quelques jours, mais ne nous sommes vraiment rencontres qu'aujourd'hui. Elle est tres jolie et ferait rever plus d'un voyageur en quete de beaute et de fantaisie. Oh, pour le moment, nous n'avons pas encore partage grand chose, simplement un petit-dejeuner tres copieux, mais je lui ai promis que je reviendrai. J'y passerai donc la nuit prochaine, je vous enverrai des photos d'elle, enfin j'espere, ne desesperons pas. Elle, elle s'appelle "Sai Niwas", elle a deja une petite vingtaine d'annees, et c'est une ancienne haveli reconvertie en guest-house. Qu'est-ce qu'une haveli ? Il s'agit d'une maison ayant la plupart du temps appartenu a un commercant, et la profusion des decorations interieures comme exterieures refletait la richesse du commercant. En ce qui concerne la guest-house en question, c'est un artiste qui a oeuvre et je trouve que c'est tres reussi. Ce soir, a tout hasard, je regarderai si Iznogoud n'est pas dans les parages !

Et donc la voici la voila, ma chambre des mille et une nuits :

J'attends vos commentaires ....

A present, 2 autres photos prises aujourd'hui. La premiere a ete prise dans le quartier musulman de Udaipur, la deuxieme est le celebre "mansoon palace", abandonne depuis bien longtemps mais duquel nous avons une vue superbe sur la chaine de montagnes des Araveli d'un cote et Udaipur de l'autre.










Mt ABU, 24 octobre

Me voici donc arrive aujourd'hui, apres 5 heures de bus, a Mont Abu, joli petit coin perdu au milieu des montagnes. Ici, c'est glace a la fraise et pedalo ... tres bucolique, tout ca ! Rencontre insolite aujourd'hui : En escaladant une colline, je suis tombe nez a nez avec un ermite en train de fumer une sorte de petard, seul au milieu de la foret. Apres etre reste quelques instants en sa compagnie, j'ai repris mon escalade et la, surprise ! Apres m'avoir offert le "tcha" (the) et etre reste un bon moment en ma compagnie, un autre ermite m'a propose de revenir demain et de rester dormir dans son trou de rocher. Et ca, comme c'est le genre de trucs que je ne ferai pas tous les jours, alors apres quelques instants de reflexion, j'ai accepte. J'irai donc le voir en fin de matinee, nous nous rendrons a pied par les chemins de montagne aux temples de Dilwara, reputes pour etre les plus beaux temples jaina de tout le sous-continent indien, apres quoi nous retournerons la-haut, dans son rocher rien qu'a lui. La situation de sa cabane permet une vue a 180 degres sur la plaine, je ne vous dit pas les sensations ! Au fait, j'ai tire sa trombinette tout a l'heure, je vous mettrai les photos en ligne bientot. En attendant, honneur a une petite vendeuse de rue que j'ai trouve toute mimi ...

Et voici la caverne qui m'a servi de refuge la nuit derniere, ainsi que son "proprio" :

Ca, c'est Ze cabane .................................................. et lui, c'est Ze aouneur of the cabane

Pour arriver a sa cabane, ce "baba" (c'est le nom que leur donne les indiens, sans aucune moquerie, bien au contraire, ce sont des gens tres respectes), ce baba , donc, m'a fait passer par des chemins serpentant a travers les collines. Non content de partager cette experience avec Tomgiri (c'est son prenom), j'ai en plus pu profiter a plein de la beaute de la nature environnante. Les essences sont multiples : Eucalyptus, citronniers, et une sorte de menthe citronnee qui embaume des que les premiers rayons du soleil viennent caresser ses feuilles.

JODHPUR, 27 octobre

Jodhpur .... alors d'abord, ca se merite, et je l'ai bien merite : Pour rejoindre la "ville bleue", j'avais choisi le bus de nuit pour des raisons pratiques, la station de train se trouvant a 27 km de Mt Abu. Mais quand je me suis retrouve dans le bus - je devrais plutot dire l'epave-, j'ai vite regrette d'avoir choisi cette solution : Le bruit des freins ne me disait rien qui vaille, le conducteur semblait tres enerve, les sieges ne se rabaissaient pas d'un poil, les vitres tremblaient, bref, que du bonheur ..... et quand j'ai enfin reussi a commencer a entrevoir la possibilite d'eventuellement pouvoir fermer un oeil, a peu pres vers minuit, le chauffeur s'est soudain rappele qu'il avait oublie quelque chose. Alors que tout le monde dormait ou presque, il a tourne le bouton de la boite a musique. Et regle le volume a fond, probablement pour que ceux du fond (dont je faisais partie) entendent bien.

Apres tout ca, je suis arrive a Jodhpur a 3h30 du matin, heure ideale comme chacun sait pour negocier un rickshaw ... mais bon, apres avoir reveille le proprio de la guest-house et apres une bonne douche, je me suis ecroule sur mon lit a 4h. Et reveille ce matin avec de l'enchantement dans les yeux. Jodhpur, la "ville bleue" ..... En effet, ici, nombre de maisons sont peintes en bleu indigo, quand elles ne sont pas vertes ou marrons ou roses ... j'ai passe la journee a me perdre dans les petites rues de la vieille ville, c'etait tout simplement extraordinaire ! En fin d'apres midi, une gamine (Chouba) m'a invite a visiter sa maison. Nous avons partage le the au lait avec sa famille, comme cela se fait ici, apres quoi son pere m'a demande d'etre de la fete avec la famille la semaine prochaine, pour Diwali. Diwali, c'est la plus grande fete indienne, haute en couleurs, et particulierement semble t-il au Rajasthan. C'est la fete la plus joyeuse et coloree du calendrier indien. C'est aussi l'occasion pour ceux-ci de repeindre leur maison. En ce moment-meme, des millions d'indiens ont le pinceau a la main et se preparent a feter Diwali dans tout le pays. Cette annee, ce sera a partir du 1er Novembre.

Voici quelques photos prises aujourd'hui. Certaines refletent assez bien le type de maisons que nous rencontrons ici, quant aux autres, c'est un hommage a tous ces momes qui me sollicitent a longueur de journee pour avoir leur trombine dans l'objectif, c'est donc une galerie de portraits. Pour mon plus grand bonheur, les indiens adorent se faire prendre en photo et les sourires parfois espiegles des momes me rejouissent ! Il y en a meme une qui se prepare visiblement a devenir starlette ...





























Pour ma part, je m'apprete a passer 3 jours a Jaisalmer, "The Golden City" (en opposition a Jodhpur appelle "The Blue City"), citee situee aux confins du desert de Thar, a quelques pas de la frontiere avec le Pakistan. Puis retour pour feter Diwali a Jodhpur.

Le reve continue .....

JAISALMER, 29 octobre

Jaisalmer, c'est d'abord un fort. Un fort qui domine la ville et qui prend un ton ocre/or des que le soleil commence a descendre, d'ou l'appelation de "Golden City". Voyage en train de nuit, arrivee 5h15 ce matin, mais pour une fois je voyage leger, car j'ai laisse le plus gros de mes affaires a Jodhpur, dans la haveli ou je retournerai passer Diwali en compagnie du proprietaire des lieux et de sa famille, et Joshi - c'est son nom - m'a tout l'air d'etre un bon vivant. Apres un premier arret dans un hotel minable (tenu par le frere de Joshi), j'ai repris mon baluchon pour rentrer dans le fort et j'ai finalement trouve une superbe petite haveli, avec un "roof-top restaurant" qui domine la ville, tout en bordure des remparts.

Comme partout en Inde, les vaches sont tout aussi omnipresentes mais quand les ruelles sont etroites comme c'est le cas ici, on fait plutot gaffe a ses roubignolles quand il s'agit de croiser la bete. Tiens au fait, savez-vous que les indiens, pour la plupart d'entre eux, mangent vegetarien ? Quel gachis, avec autant de belle viande bien garnie a portee de fourchette ... Je dis ca mais a force de croiser autant de vaches, c'est sur que dans quelque temps je finirai par voir une belle entrecote avec de la bearnaise autour plutot qu'un ruminant ....

Demain, depart pour le desert de Thar, j'ai pris un "camel safari". Je rappelle pour les non-inities qu'il ne s'agit pas de descendre pour aller chercher des cigarettes mais bel et bien d'une balade a dos de chameau. Je dors donc demain dans les dunes, encore de l'emotion en perspective.

JAISALMER, 31 Octobre

Assis confortablement sur un petit coussin (ceux qui ont deja fait plus d'une journee a dos de chameau comprendront ...), je m'apprete a repartir pour Jodhpur feter Diwali. Ces deux jours furent merveilleux. Le desert de Thar en lui-meme n'est pas le plus beau des deserts, loin s'en faut, mais c'etait pour moi une premiere experience plutot sympatique. Nous avons recupere les bestiaux vers 8h30 (vous avez un apercu de deux d'entre eux ci-dessous), et apres une journee de balade, nous sommes arrives vers 16h dans les dunes de sable, lieu de notre campement pour la nuit.

Pendant que nous prenions quelques photos et que nous attendions le traditionnel coucher de soleil, et que de petites bestioles ressemblant a des scarabees partaient a l'assaut des dunes (voir photo ci-dessous), nos cuisiniers s'affairaient deja. Curry de legumes, chapati (des sortes de crepes, plus epaisses, que les indiens utilisent comme pain ou plus simplement pour prendre les aliments qui se trouvent dans leur assiette), tout fut goulument absorbe pour notre plus grand plaisir. Notre groupe ne comprenait que 3 personnes, mais un couple d'allemands nous avait rejoint pour la soiree et la matinee du lendemain.

Lorsque l'heure d'aller fermer ses yeux arriva, il fallu bien rendre a l'evidence : Dans le desert de Thar (et dans plein d'endroits dans le Monde), le ciel est d'une beaute a couper le souffle. La tete dans les etoiles ... Je ne me souviens pas d'une telle richesse dans aucun ciel contemple jusque maintenant. Parfois, les etoiles semblaient vouloir composer de la dentelle, et leur nombre ne faisaient qu'amplifier cette impression. De temps en temps, une etoile filante venait dechirer de sa longue queue ce bel ensemble, pour disparaitre a tout jamais ...

Nous faisons parfois des rencontre etonnantes, telle que celle-ci :






Cet oiseau qui ressemble a un vautour s'est laisse approcher jusqu'a moins de 50 cm ! J'en etais arrive a me demander s'il n'etais pas blesse, mais non : Il a pris son envol des que j'ai voulu lui caresser le museau ... je ne sais pas s'il s'agissait d'un vautour, je ne connais que ceux qui sont dans Lucky Luke et c'etait assez ressemblant. En tout cas, une chose est sure : Ce n'etait pas rantanplan ...

Voici ce que je voyais de ma fenetre la nuit derniere :






A present, je ne peux vous laisser sans mettre en ligne encore quelques photos de gens rencontres au hasard de mes balades. Certains m'ont offert une tasse de the en me demandant qui j'etais, d'ou je venais, pourquoi je restais si longtemps a contempler ce qui pour eux represente le quotidien, d'autres, tels ces enfants, m'ont simplement offert leur sourire. Quant a la derniere photo (l'indien barbu), je vous laisse deviner qui il est, ou plutot quel est le metier qu'il exerce la, sur le trottoir. Reponse dans quelques jours ....


Bien, Dagui est donc l'heureuse detentrice d'une carte a vie pour aller se faire soigner chez ce specialiste de la quenotte qui sevit en pleine rue, a Jodhpur. Quant a savoir si cet arracheur de dent est un fiefe menteur, j'avoue avoir oublie de lui poser la question.

Diwali est termine, ce fut une fete incroyable. Le premier jour, des 19 h, la ville a soudain ete prise d'une frenenie de lancer de petards et de feux d'artifice qui partaient dans tous les sens, a un rythme incroyable. Certains petards sont d'ailleurs tres impressionnants, pour ne pas dire inquietants. Quand certains modeles explosent, il vaut mieux ne pas etre devant. Ils vendent meme des "chenilles" : 3000 petards mis bout a bout, ce qui represente une guirlande de 10 metres, on allume, et ca petarade pendant 15 a 20 secondes. Et ce n'est pas la plus grande ...

A l'occasion de cette fete, les femmes revetent leurs plus beaux habits et portent leurs bijoux les plus precieux. Tout le monde se retrouve dans la rue et souhaite"happy Diwali" a qui veut bien l'entendre ! Pour plus de precisions sur cette fete, vous pouvez vous reporter a certains sites internet tels que http://fr.wikipedia.org/wiki/Dipavali.

JAIPUR, 5 Novembre

Me voici donc a Jaipur. Tout le monde a deja vu la facade de la maison "Hawa Mahal", construite a une periode ou la tete de notre bon vieux Louis XVI avait deja roule dans la poussiere, mais pas depuis longemps. Jaipur ... la ville "ocre". Cite suractive, tres commercante, et surtout chargee d'histoire. Le fort de Amber, et son voisin du dessus, le fort de Jaigarh, represente une place forte qui n'a jamais ete conquise par aucun envahisseur. J'ai pu d'ailleurs y voir hier une des plus belles collections d'armes d'Inde. Epees aux lames droites ou courbes, aux contours travailles, dotees de manches richement decores representant une tete de cheval, de lion, de perroquet, de mouflon, ou encore une fleur, selon le souhait de celui qui la portait. Couteaux finement ciseles aux manches en ivoire, en jade, en argent ou couverts d'or, ou encore en cristal. Dagues aux formes insolites, doublees parfois d'un systeme rappelant le pistolet. Les forgerons et autres artisans avaient visiblement l'amour du travail bien fait. Les incrustations de pierres precieuses sont bien entendu de mise sur un certain nombre de ces joyaux. Et puis les haches, les arcs, les fusils dont on se demande comment un homme seul pouvait manipuler un tel engin. Certaines de ces armes ont presque 500 ans d'age ...

J'ai deniche ici un hotel qui ressemble a un palace, avec un jardin dont la pelouse ferait palir de jalousie un jardinier grand-breton. Au petit dejeuner, les ecureuils me tiennent compagnie, ainsi que les perruches. J'ai toujours cru que les perruches naissaient avec une cage autour d'elles, et bien non. Ici on en voit souvent, et leur cri si particulier me fait lever la tete a chaque fois.

J'espere pouvoir trouver un cyber avec lecteur de cartes bientot, afin que je vous post quelques photos prises ces derniers jours. Et puis je vous parlerai aussi de l'histoire de l'Inde, dont les invasions musulmanes et surtout les regne de certains empereurs moghols ont faconne l'Inde d'aujourdhui, en particulier au Nord et surtout au Rajasthan. Simplement une chose : Vous avez surement deja entendu parler des rajput ? Qui etaient-ils ? Les rajput etaient organises en clans, il s'agissait de tribus de farouches guerriers, reputes comme tels et employes pour ces qualites au sein de l'armee moghole. Leur reputation n'etait pas usurpee : Lorsque la place allait tomber, suivant le code chevaleresque, ils revetaient la couleur safran du martyre, ouvraient les portes du fort et se lancaient fierement pour leur dernier combat, celui qu'ils savaient perdu d'avance, courant vers la mort. Pendant ce temps, les femmes construisaient un enorme bucher au sein du fort avant de s'immoler avec les enfants.

La mort plutot que le deshonneur de la defaite .... ca s'appelait le "Jauhar".

BUNDI, 7 Novembre

Desole de vous avoir parle recemment de petards et de feux d'artifice, il semblerait que vous ayez les votres, vous aussi, meme s'ils ne sont pas tout a fait de meme nature ... quand je jette un oeil sur les nouvelles en France, je me dis que j'ai decidemment bien fait d'aller visiter le Monde. Je ne sais pas ce que cherche ceux qui font ces conneries, mais on ferait bien d'en envoyer certains voir ce qui se passe ailleurs, ca les calmerait peut-etre un peu. Ici, par exemple, il y a des familles entieres qui vivent dehors sur le trottoir, de generation en generation, il y a des des millions de gens qui s'en sortent avec plus ou moins de bonheur, mais toujours avec dignite.

Il faudra aussi qu'un jour nos politiques se decident a descendre dans la rue, mais en sortant de leurs grosses bagnoles aux vitres fumees, au risque de crotter leurs belles Weston payees par le contribuable, et qu'ils ecoutent ce que la "France d'en bas" a a leur dire. Ils seraient surement surpris ...

Enfin, si le bonheur existe, c'est sans aucun doute aussi a Bundi. Cette petite ville aux maisons couleur pastel est vraiment reposante, et elle est reputee pour etre une des deux grandes ecoles de peinture du 18eme/19eme siecle avec Udaipur (mais si, rappelez-vous, ma chambre des milles et une nuits !). J'envisage d'ailleurs de rester une journee de plus, si toutefois je peux changer mon billet de train pour une date raisonnable. J'ai donc ete accueilli hier soir dans une guest-house ouverte recemment par une famille absolument delicieuse, qui aime plaisanter a tout propos, et c'est assez sympatique. Les conditions sont rudimentaires, chiottes a la turque, douche froide le soir et seau d'eau chaude le matin (oui j'aime bien une douche chaude le matin, et alors ?). La chambre dont j'ai herite est sur les toits, une sorte de cabane de jardin sans la tondeuse ni le bois qui seche. Ni le solex ... et toc !

Anecdote : Ce matin, j'avais le dos tourne pendant que je buvais mon cafe, et bien il y a un singe qui m'a pique ma confiture et qui a essaye d'ouvrir le couvercle de la boite a pleines dents. Le couvercle a resiste, mais pas moi : J'ai pris une photo.

J'ai visite aujourd'hui encore une site extraordinaire. Honte a moi, je ne connaissais pas les fresques de Bundi ... alors afin de combler ce manque de culture impardonnable, j'ai passe une bonne partie de l'apres-midi a visiter le fort qui renferme ces fresques, je vous mettrai quelques photos en ligne quand je le pourrai. Vous pouvez peut-etre en voir sur Internet si ca vous interesse, elles sont absolument uniques. J'y retourne d'ailleurs demain car le site fermait a 17h, le gardien m'a laisse prendre des photos jusqu'a 17h10, mais il m'a fait comprendre que ca lui ferait grand plaisir de me revoir demain ... comme c'etait si bien presente, j'ai remballe le matos, et puis ca tombait bien, les batteries de mes 2 appareils commencaient a montrer des signes de fatigue











Ce monsieur m'a invite a boire une tasse de the, un jour ou j'etais poursuivi dans les rues de Bundi par une horde de gamins, m'empechant par la meme de prendre la moindre photo ...

AGRA, 10 Novembre






Si Agra ne vous dit peut-etre rien, le Taj Mahal vous cause surement plus. Ce mausaulee, construit par l'un des plus grands empereurs moghols, Shah Jahan(fils de Jahangir et petit-fils du grand empereur Akhbar), a ete termine en 1653 pour y accueillir la depouille de la seconde epouse de celui-ci, morte en couches. 20 000 ouvriers furent effectes aux travaux, dont certains (les plus habiles ?) eurent la main ou le pouce tranches afin qu'ils ne puissent jamais reproduire la beaute du "Taj". L'architecte principal venait semble t'il de Shiraz, en Iran, mais les ouvriers venaient de toute l'Inde mais aussi d'Asie centrale, et certains experts venaient meme d'Europe. Le prix d'entree est carrement exorbitant, 750 roupies, ce qui represente tout de meme 15 euros. D'apres deux guides que j'ai rencontres dans l'enceinte, le prix etait meme monte a 950 roupies. Pour ce tarif, une fois que l'on a laisse a l'entree les samosas et les oranges qu'on s'etait reserves pour le midi (bisque bisque rage !), on peut aller admirer les jardins qui sont dans l'alignement du Taj, et lorsque l'on a reussi a se frayer un passage jusqu'a l'entree du mausolee lui-meme, on a gagne le droit de ne pas faire de photos ...

Tiens, une photo d'un restau dont le nom est disons ... pour le moins etonnant.






Bon, a part ca, la vie est belle, et c'est tant mieux comme disait un humoriste sur Inter il y a quelques annees. Je voulais remercier tous les ceux et les ceusses qui participent au blog, c'est vraiment tres sympa de votre part ! Et ne m'en voulez pas de ne pas toujours vous repondre de maniere individuelle, mais quand l'Internet se traine lamentablement et que je viens de passer 1 heure sur mon blog et a lire mes mails, j'ai parfois envie d'aller croquer dans un tandoori ou dans un thali ... miam miam !

Au fait, j'ai appris un truc de la plus haute importance. Les singes etant devenus mes voisins proches a Bundi, j'ai eu droit a une demonstration tres interessante : Figurez-vous que les singes sont maintenant habitues a piquer des affaires, quelles qu'elles soient, pour obtenir de la bouffe en echange. Hier matin, c'etait le jean d'un gars qui le faisait secher sur la terrasse (le jean, pas le singe). Un chapati plus tard, le jean est retombe dans la cour, comme par miracle. Autre chose : On m'a dit que lorsque l'on en croise un sur sa route (un singe, pas un jean), il ne faut surtout pas sourir ! Car le fait de monter les dents, pour un singe, est un signe d'agressivite. Donc, pensez a faire la gueule ! Je suis sur que c'est un animal qui s'adapterait facilement dans le metro ....

Dans les jours a venir, il est possible que cette premiere etape de mon voyage soit "compilee" sur le blog, et donc plus accessible directement. Il faudra - je pense - cliquer sur le mois concerne. Pour le mois a venir, une nouvelle page vous sera proposee, a moi de la remplir du mieux possible. Et bien entendu, vos commentaires sont toujours les bienvenus !

Pour rattraper un peu mon retard en photos, en voici quelques unes prises recemment :

Vieilles femmes a Jodhpur ...






... et quelques vues des fresques de Bundi, dont je vous ai parle plus haut :




VANARASI, 13 Novembre

Vanarasi, ou la cite des Dieux ... anciennement denommee Benares,cette cite nous plonge directement et tres profondement vers les racines de la culture indienne et de sa religion majoritaire, l'hindouisme. D'apres un indien rencontre hier soir sur un ghat sur lequel avait lieu une cremation, Vanarasi peut se prevaloir de plusieurs noms : Kasi (ou Kashi), le nom originel, Benares, Vanarasi et ... "L et B", pour "Learning and Burning". Vanarasi, repute comme ayant ete de tout temps un haut lieu de l'apprentissage des textes sacres et de bien d'autres choses, et "Burning" car c'est le souhait de tous les hindousde venir se faire incinerer ici, sur les bords du Gange (qu'ils appelent "Mother Ganga"), car le seul moyen parait-il pour arreter le cycle des reincarnations et atteindre enfin le Nirvana ...

Les femmes ne sont pas autorisees a assister aux cremations, fussent t-elle celles de leur defunt mari, car elles sont - d'apres ce que m'a explique ce responsable des cremations - plus sensibles que les hommes, et de telles ceremonies ne doivent pas se faire sous les pleurs. Et encore, le situation s'est arrangee .... il y a encore une trentaine d'annees, devant la famille reunie pour l'occasion, la veuve etait tenue de rejoindre son mari sur le bucher, car son avenir se limitait de toute facon a demeurer seule dans une piece, sans plus aucun contact possible - ne serait-ce que visuel - avec un autre homme. Et lorsqu'elle refusait de se soumettre au rituel, la famille du defunt la precipitait dans les flammes ...

La situation ou se deroule la cremation indique tres precisemment si le defunt est issu d'une famille riche ou non. Bucher tout pres de "Mother Ganga", eleve sur une petite plate-forme en beton, et feu alimente au bois de santal pour les plus riches, quelques buches et eloigne de quelques metres du fleuve pour les autres. Le prix est en consequence, de quelques centaines de roupies a 2, 3 voire 10 millions de roupies. Il y a quelques annees, la consequence de la cremation d'un individu issu d'une basse caste et sans le sou etait que le corps etait plonge dans le Gange lorsque les quelques buches que la famille avait pu offrir au defunt s'etaient consumees. Ainsi, il y a quelques annees, nous pouvions apercevoir ici ou la qui un bras, qui une jambe flotter tout pres de la barque qui vous emmenait d'une rive a l'autre du Gange. Le gouvernement a mis fin a cette pratique, et il existe a present un systeme (info a verifier) par lequel les bijoux des defunts sont recuperes par une sorte d'association, et le prix de la vente de ceux-ci servent a acheter du bois pour les moins fortunes. Ainsi, tout le monde peut maintenant esperer pouvoir disposer d'une cremation decente. Sur le ghat principal, 250 a 300 corps sont incineres chaque jour, 24 heures sur 24. Le protocole fait qu'un membre de la famille du defunt, generalement le fils, se rase la tete pour l'occasion, puis il ira chercher une braise dans le feu eternel pour allumer le bucher. Le feu eternel .... celui qui ne s'est jamais eteint depuis des centaines d'annees, son atre etant alimente par des braises issues elles-meme de cremations sur le point de s'achever. Enfin, les femmes enceintes, les enfants en bas age, les victimes de mort violente (meurtre, electrocution, empoisonnement, etc ..), ceux qui ont succombe a une morsure de serpent, tous ceux-la n'auront pas la chance de finir sur le bucher. Recouverts de leur linceul et fixes sur leur lit de bambou, ils finiront dans le Gange, leste par une grosse pierre.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ces rites funeraires, ce site est tres bien fait : http://www.unites.uqam.ca/pelerin/nouvelles/980401.html

Sur les ghats de Vanarasi. Une photo qui decoiffe ?

J'avais deja evoque ces jolis bijoux que portent les femmes indiennes, et bien figurez-vous qu'en Inde, il y des boutiques specialisees dans le "Foot Wear", ce qui - je precise - ne prejuge en rien de la tenue de la boutique. Contrairement a d'autres qui ne donnent pas dans le collier de pied ...

Et j'arrete la pour aujourd'hui, car ca fait 3 fois que le PC plante. Allo, Bill ? T'aurais mieux fait d'aller planter des patates dans le Nevada ....

DARJEELING, 16 Novembre

29 Mai 1953 ... les hommes sont epuises, les bourrasques de vent sont violentes, mais ils continuent tout de meme ... ils doivent reussir, et Edmund Hillary, lui le neo-zelandais, chef de cette expe montee par les grands-bretons, le sait plus que d'autres : Si cette tentative echoue, l'exploit echappera a la couronne anglaise, et il n'en est pas question .... apres 25 heures d'efforts dont les mots manquent probablement pour expliquer quelle fut leur intensite, celui qui deviendra Sir Hillary et son compagnon de glacier Tenzing Norgay, sherpa emmerite s'il en est, atteindront enfin le sommet. Le depart du dernier bivouac, perche sur une corniche a 8500 metres, fut donne a 6h30 du matin et 5 heures plus tard, ces deux-la pouvaient etre fiers de leur exploit ... l'Everest etait vaincu. Les premiers mots de Edmund Hillary, en revenant au camp de base, furent "Well, George, we knocked the bastard off" ! Nous l'avons eu, ce salaud .... Quelques chiffres, tout de meme : Pour arriver a cet exploit, il fallut 350 porteurs de moyenne montagne, 20 porteurs specialises dans la tres haute altitude, 6 grimpeurs de pointe, un correspondant du Times,1 cameraman, 2 medecins, 1 scientifique et ... quelque 7 tonnes de materiel !

Tenzing Norgay, surnomme "le tigre des neiges", parlait couramment plusieurs lanques mais ne savait ni lire ni ecrire. Il est est mort en 1986, mais sa succession est dignement assure, ses fils et une de ses filles ayant aussi reussi a vaincre le monstre. Il passa la plupart de sa vie a Darjeeling, ou je me trouve aujourd'hui.

Darjeeling .. ses plantations de the, bien sur, mais aussi son cadre singulier. Des maisons sortent des petits bonhommes, beaucoup ne depassant pas 1,55 metre, alors pensez, a cote de moi ..... mais ce sont ces memes hommes, petites mais rables et aux muscles en beton, qui portent des charges hallucinantes. J'en ai encore vu un ce matin avec sur le dos (veridique) 2 valises et 3 sacs de voyage bien garnis ..

La specialite culinaire du coin, devinez quoi ? Et bien c'est le MOMO !!! Desole pour toi, Momo, mais c'est comme ca. Ce sont des petits chaussons fourres generalement avec des legumes, et c'est un plat que l'on trouve egalement au Nepal. Je vais donc gouter ca ce soir, car hier c'etait thali. Le thali, c'est une grande gamelle avec du riz, du dal (puree de lentilles ou de pois), et quelques legumes autour. J'ai dine hier soir avec Udo, un allemand chomeur qui vient depenser ici les sous que lui file le gouvernent, et nous avons dine pour 1/2 euro. Enfin, 1/2 euro chacun, faut pas exagerer ...

Bon, premiere mauvaise nouvelle de mon periple, j'ai eclate aujourd'hui mon 80/200 ... et je n'ai pas fait dans la demi-mesure, lentille neutre de protection et verre du zoom explose. J'essaierai de le faire reparer sur Bangkok, ca devrait le faire, comme disent les djeunes.

Demain, si le temps le permet, j'irai jusqu'a "Tiger Hill", depart prevu 4 heures du matin. La recompense a cet effort surhumain (pour moi ...) est le lever de soleil sur le Manaslu, le Lohtse, le Kanchenjunga et sur... la pointe de l'Everest. Quatre sommets de plus de 8000 metres, sachant qu'il y en a 14 en tout. Ca vaut le coup, non ?

Malheureusement, le temps est couvert sur la region, il se peut que je reparte sans avoir cette opportunite. Cela me rappelle Mai 1996. J'etais parti depuis quelques jours pour le trek du "Sanctuaire de l'Anapurna", qui devait nous mener au camp de base Sud si mes souvenirs sont bons. Au petit matin de la derniere etape, nous nous etions reveilles avec 25 cm de neige, cela signifiait que nous devions revenir sur nos pas, l'ascension etant beaucoup trop dangereuse dans ces conditions. J'etais au pied de l'Anapurna, mais jamais je n'ai pu le voir ....

Plusieurs d'entre vous n'ont semble t-il pas reussi a poster des commentaires sur mon blog.Avant de valider votre message, il est imperatif de retaper dans le cadre prevu a cet effet les caracteres qui apparaissent en forme "ondulee". Ceci est une simple protection contre les envois en masse (spams).

Quelques photos de Darjeeling, prises hier apres-midi.Vous pouvez constater que la meteo,c'est pas ca ...



Apres ma visite aux temples bouddhistes de Ghoom :






Cette derniere photo est la pour rappeler une des tragedies que vit actuellement le peuple Tibetain. Simplement, eux non plus, ne les oublions pas.









KOLKATA, 19 Novembre

Apres un voyage de nuit eprouvant de Siliguri a Kolkata (13 heures sur des routes defoncees, avec le courant d'air qui va bien et la sono au dessus de ma tete), je m'apprete a quitter l'Inde demain matin a l'aube. Que dire de ce debut de periple ? Que l'Inde est un pays indefinissable, du moins en quelques mots. Fascinante ? Captivante ? Ennivrante ? Repoussante ? Repugnante ? Probablement tout ca a la fois. Comme me disait Marco avant de partir, une des choses les plus surprenantes est le fait que les odeurs les plus variees se succedent a un rythme fou. En se baladant dans les rues, on passe devant un temple dedia a Shiva ou a un autre Dieu du Pantheon hindou, dans lequel se consume un baton d'encens a l'odeur agreable de santal, mais deux pas de plus et une odeur d'urine vous prend subitement a la gorge pour se fondre immediatement dans des vapeurs de cuisines subtiles melees au parfum sans nul autre pareil de la coriandre fraiche etalee la sous vos yeux, entre autres herbes, salades, fruits, legumes divers, etal pose au dessus d'un egout aux effluves nauseabondes ..... Ca, c'est l'Inde.

Je n'ai pas aime la nature de mes relations avec les conducteurs de rickshaw qui ont cherche a m'embrouiller, et a qui j'ai donne du boulot avant qu'ils comprennent qu'il etait inutile qu'ils insistent. Pas plus que la pression lourde et repetitive des vendeurs de rues dans pratiquement toutes les villes que j'ai visitees, et pour cause : C'etait mon premier voyage ici et je n'ai visite pratiquement que des villes a forte densite touristique. Je n'ai pas aime la pollution, qui n'a rien a voir avec celle que l'on connait chez nous. Les engins a moteur (bus, camions, rickshaws) deversent des tonnes de fumee noire a chaque demarrage et on traverse quotidiennement des nuages malodorants. Le bruit peut egalement etre un facteur de fatigue ou d'exasperation, meme si, au fil des jours, on n'y prete plus vraiment attention.

J'ai beaucoup aime la nourriture, excellente, et particulierement les laitages (lassis, cremes, etc ..). C'est fou ce que les indiens peuvent faire avec de simples legumes en les melangeant avec toute sorte d'epices ou d'herbes. Le Rajasthan, quoique tres touristique, demeure une region chargee d'une telle histoire qu'il est - a mon sens - impossible de faire l'impasse dessus, du moins lors de son premier voyage dans le sous-continent indien. J'ai aime le contact avec les indiens de maniere generale, qui ont plutot le sens de l'humour, et qui sont toujours curieux de savoir d'ou l'on vient. C'est l'un d'eux qui m'a dit un jour "oh, lot of trouble now in France ...". Je ne comprenais pas de quoi il parlait, j'ai du regarder surInternet. J'ai aime egalement la facilite avec laquelle on se deplace en train, une fois que l'on a compris comment ca fonctionnait. Enfin, mention speciale a tous les momes qui adorent de faire tirer le portrait.

Une derniere photo, elle est dediee a tous les enfants qui representent l'avenir du pays. Mais quel avenir ? Parait-il que dans 10 a 15 ans, la population de l'Inde aura depassee celle de la Chine. Qu'adviendra t'il alors de ces millions de personnes qui sont deja dans une misere noire et qui vivent d'expedients, tendant la main quotidiennement dans l'attente d'une piece d'une ou deux roupies et dormant sur un bout de trottoir ?

Quant a moi, j'ai choisi tres egoistement de rester sur une note plus joyeuse, voici donc cette derniere photo. Je pars demain matin pour Bangkok, pour seulement quelques jours, mais je dois maintenant y deposer mon zoom en esperant une reparation rapide, et aussi trouver un vol pour le Vietnam, d'ou je reprendrai mon blog.


Ha Noi, 24 Novembre

Apres quelques jours pour me remettre de mes emotions indiennes et m'occuper de mon materiel photo en souffrance, me voici de retour a Ha Noi, 4 ans apres ma premiere visite dans la capitale du Vietnam. J'ai donc profite de mon sejour a Bangkok pour faire reparer mon zoom (lentille neutre de protection eclatee, mais lentille frontale intacte, ouf ...), echange d'une pastille de caoutchouc sur mon flash (reparee dans la journee), et j'ai laisse mon appareil en depot. En echange, j'ai reussi a avoir pour pas trop cher (3000 baths, a peu pres 65 euros pour 3 semaines) un appareil de rechange. J'ai egalement trouve un labo qui m'a developpe mes diapos sur l'Inde (non-montees), de cette maniere mes 32 rouleaux ne prennent pour ansi dire pas de place. J'envisage maintenant de partir pour le Nord du pays, vers Cao Bang, a une quinzaine de km de la frontiere chinoise, pour aller admirer les paysages de montagnes, de cascades et de lacs, bien loin des circuits touristiques. Retour prevu sur Ha Noi dans une bonne semaine.